ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE et de RADIO

  • Episode 18 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE et de RADIO - Souvenirs d'une passion

    Cela dit, les studios d’aujourd’hui sont très sophistiqués et  permettent de réaliser des émissions extraordinaires.

    Encore faut-il que l’on en ait l’envie ! Ce qui ne me paraît pas évident lorsque j’écoute la Radio !

    Avez-vous encore un moment à m’accorder ?

     

    L’intervieweur : Le temps que vous voudrez.  On en découvre des choses passionnantes avec Vous.

     

    C’est gentil de me le dire.

    Je vous propose de nous replonger aux temps héroïques de la Radio et plus précisément dans le studio des dramatiques avec ses petites  portes, son petit escalier en bois, ses tapis lignés…

    Avec  un seul magnétophone, qui ne se trouve pas dans la cabine technique mais dans un tout autre local et à un étage différent.

    Alors, me direz-vous comment procédait-on pour enregistrer  une histoire ?

    studio01.jpg

    On répétait une séquence  plusieurs fois et au moment de sa mise en « boîte », le réalisateur (on disait plutôt le metteur en onde) téléphonait au technicien qui logeait au quatrième étage du bâtiment (alors que le studio où l’on travaillait était au premier étage) et on lui disait que l’on était prêt pour l’enregistrement.

    Au top, le technicien du quatrième faisait démarrer le magnétophone qui était près de lui. S’il y avait une erreur en cours d’enregistrement, la reprise se faisait par téléphone.

    On repassait – au bout du fil- la bande qui venait d’être impressionnée et, à l’endroit exact où devait se faire la reprise, le réalisateur faisait signe au comédien…

    Vous vous rendez compte combien était compliqué ce boulot d’enregistrements  !

     

    Les bruits étaient obtenus grâce à des disques commerciaux…

    En 78 tours, donc cassables…

    Si l’on avait besoin d’un bruit de foule par exemple  d’une durée de deux minutes, on devait faire des « repiquages » car il n’y avait que 30 secondes sur la «plaque » !

    Cela devenait une boucle et cela s’entendait. On avait l’impression de rester sur le même sillon.

     

    Mais il est vrai  que l’on n’était pas très exigeant à l’époque et que le fait seul d’écouter des acteurs à la Radio (ou pour les anciens : à la TSF) était déjà une chose merveilleuse !

     

    Le montage a extraordinairement évolué avec des machines aux multipistes… Avec des possibilités de coupes dans la bande, de triturage, de décorticage …

    stuido_live.jpg

    Et puis tout cela a changé !

    Avec des appareils dotés de phasemètres (pour le trucage, le fading, la variation des voix, des phases),

    modulateur en anneaux (appareil qui rejoint un peu le synthétiseur ),

    un super limiteur-écraseur-compresseur-expanseur (pour la stéréophonie)

    une machine à 8 pistes à vitesse variable,

    une table de modulation ressemblant étrangement au tableau de bord d’un avion supersonique,

    38 microphones,

    une machine à distorsion et toute une série de gadgets.

     

    Mais tout ce matériel était étonnant dans les années 80 !

    Aujourd’hui, c’est apparemment simple, on peut tout faire en un temps record, et sur l’ordinateur ! Encore faut-il comprendre l’informatique !

     

    Je ne renie certes pas les nouvelles techniques, mais je vous avouerais que je préférerais toujours partir sur les routes avec un magnétophone up to date (j’entends le Nagra !) et enregistrer tous les bruits, toutes les ambiances que je rencontrerais au passage.

    Ou même procéder à l’enregistrement d’une nouvelle histoire.

    Ce serait pour moi encore et toujours une  merveilleuse aventure radiophonique !

    Ce n’est pas de l’amour passionnel ça ?

     

    Ah ! que la vie est riche , qu’elle est belle !

    Ah ! que d’occasions de jouer avec elle !

    Ah ! que la vie nous donne du plaisir !

    Ah ! que c’est bon de pouvoir s’en servir !

    « Félicitations »/P.Delanoé-G.Bécaud)

     

     

     

    50 stars nous attendent dans notre auditorium.

    Ces comédiens, chanteurs,  réalisateurs, vont  nous faire revivre des moments de leur vie…

    Vous allez vous régaler…

     

     

     

    NAISSANCE DE L’EMISSION :« LES FEUX DE LA RAMPE »

     

    Dans les années 70…

    La première chaîne radio de la RTBF voulait lancer une émission le dimanche après-midi  consacrée à l’art théâtral, en réalisant des « dramatiques » d’une heure environ.

     

    La Direction- craignant un manque d’intérêt de la part des auditeurs de la « Première » habitués à une émission dynamique, vivante qu’avait animée le célèbre Jean-Claude Menessier :  « Les 230 Minutes »- modifie sa décision et propose un programme plus animé…   

     

     

    La Direction du Service Dramatique, dirigé par Fernand Abel, me convoque dans son bureau exigu de la place Flagey  (ancien empire de la Radio !) pour me demander d’imaginer des interviews d’acteurs autour de « la dramatique ».

     

    Je bondis dans l’instant et commençai  à prendre des contacts avec de grands comédiens (théâtre et cinéma confondus) pour obtenir leur accord d’une rencontre – interview, soit à Bruxelles, soit à Paris.

    La capitale française m’excitait. Et pour cause, je m’y rendais déjà  souvent  depuis quelques années pour alimenter d’autres émissions dont j’étais le producteur et l’animateur.

     

    Ces séquences : « rencontres avec… » devaient constituer le « prologue » de l’émission  et n’être pas longues, la « dramatique » étant le point  important  de ces deux heures d’antenne !

    J’avais demandé à un ami- à la fois poète, écrivain et régisseur à la télévision belge- d’écrire un scénario pour  la mise sur orbite des  interviews : Jacques Panier, «  Mr Jacques » comme il aimait dire.

    Une comédienne lisait ses textes et l’émission était balancée à l’antenne.

    Deux/trois mois plus tard, j’ai repris ce rôle de présentateur, toujours avec les textes de mon  ami talentueux, Mr Jacques.

     

    Puis, j’ai abandonné cette formule de texte écrit pour passer à une présentation cool et directe.

     

    Et cela a très bien fonctionné encore quelques mois, puis tout a changé. Les auditeurs s’intéressaient nettement plus aux   « compléments interviews »  qu’aux dramatiques qui suivaient !

    Il fut donc décidé de supprimer les dramatiques et de remplir l’émission d’interviews glanées un peu partout.

    Gros succès ! Très gros succès, ce qui a démangé quelque peu le nouveau chef du service dramatique.

    Les premiers «  Feux de la Rampe » ont gagné le purgatoire pendant que revenaient à l’antenne des dramatiques plus ciblées, plus intellectuelles. Avec un titre compliqué :  « Proscénium »

    Insuccès total ! Arrêt de l’émission !

    Retour triomphant des   « Feux de la Rampe », une seule émission mensuelle de deux  heures.

    Une vedette « principale » (venue souvent de Paris) constituait le point de mire de l’émission, entourée de nombreux artistes :

    Comédiens, chanteurs, musiciens, écrivains…

     

    L’émission se faisait depuis le studio 5 Flagey, en présence d’un public passionné et enchanté de cette soirée.

    J’étais très proche de la formule de l’émission de Jacques Chancel à la télévision  française : «  Le Grand Echiquier ».

     

    Cette émission des « Feux de la Rampe »  avait tellement de succès  qu’une quinzaine de jours après la première mensuelle la Direction décidait de lui accorder un rythme  hebdomadaire.

    Dois-je vous dire que j’étais un producteur des plus heureux.

     

    Cette émission ne m’empêchait pas de réaliser des tonnes d’autres émissions, mais toujours axées sur le théâtre et le cinéma avec la présence au micro  des plus grandes vedettes.

    Et, bien entendu, de continuer à réaliser d’autres « tonnes » de feuilletons diffusés quotidiennement sur la première chaîne.

     

    La première personnalité française qui accepta de participer à l’ouverture des «  Feux  de la Rampe »  fut Jacqueline Delubac, troisième épouse de l’illustre Sacha Guitry !

     

    Ces soirées en compagnie de personnalités et d’un public très fidèle (de 100 à 200 auditeurs en puissance ayant l’envie de connaître  les artistes et …l’animateur !) ???

     

    Et puis, tout a changé !... comme cela se passe dans la vie !

    D’une émission publique hebdomadaire, l’émission est devenue une émission quotidienne diffusée du lundi au vendredi soit à 18 h ou 23 h mais, sans le public !

     

    Et au début des années 90, l’émission célèbre des « Feux de la Rampe » est passée à la trappe définitivement…

     

    Et c’est maintenant en l’an deux mille douze que l’auditeur, vieilli mais toujours intéressé à l’art radiophonique, pourra réentendre des bribes d’interviews.

     

    Et puis, il y a ce livre que je viens de terminer  qui vous permet  de revivre ces beaux moments de radio où vous retrouverez ou découvrirez une cinquantaine d’artistes sélectionnés parmi les milliers rencontrés dans ma longue carrière,  ces artistes que nous avons tant aimés…

     

    Que retentissent les douze coups de théâtre ou les notes vibrantes et en jazzées de Duke Ellington


    podcastIndicatif LES FEUX DE LA RAMPE

    qui donnent le départ de l’émission des « FEUX DE LA RAMPE » 

     

    PLUIE DE STARS

     

    JEAN-JACQUES ANNAUD

    FANNY ARDANT

    ARLETTY

    MICHEL AUDIARD

    JEAN-LOUIS BARRAULT

    MARIE CHRISTINE BARRAULT

    JULOS  BEAUCARNE    

    JANE BIRKIN

    MICHEL BOUQUET

    JEAN CLAUDE BRIALY

    JEAN CARMET

    PAULINE CARTON

    CESAR LE FERRAILLEUR

    FRANCOIS CHALAIS

    FANNY COTTENCON

    MICHEL DANSEL, LE PERE LACHAISE

    LES DARDENNE  &  BRUNO CREMER

    JACQUELINE DELUBAC

    RAYMOND DEVOS

    ISSUR DANIELOVITCH DEMSKY

    FRANCOISE FABIAN

    LEO FERRE

    EDWIGE FEUILLERE

    DANIEL GELIN

    ANNIE GIRARDOT

    JULIETTE GRECO

    ROBERT HOSSEIN

    CHRISTOPHER LEE

    SOPHIA LOREN

    JEAN MARAIS

    GIULIETTA  MASINA

    DANIEL MESGUICH

    MIOU MIOU

    JEAN-PIERRE MOCKY

    YVES  MONTAND

    JEANNE MOREAU

    MICHELE MORGAN

    GERARD OURY

    FRANCOIS PERIER

    JEAN PIAT     

    MICHEL PICCOLI

    BENOIT  POELVOORDE

    POIRET & SERRAULT

    CHARLOTTE RAMPLING

    JEAN ROCHEFORT

    HENRI SALVADOR

    ALICE SAPRITCH

    MICHEL SIMON

    JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

    PETER USTINOV

     

     

     ROGER SIMONS

    PLUIE DE STARS

     (ENTRE SCENE ET MICRO – A suivre)

    Avec Roger Simons ... Michel ... Metteur En Web

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  • Episode 17 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE et de RADIO - Souvenirs d'une passion

    L’intervieweur : Vous avez eu l’art aussi de passer allègrement d’un siècle à un autre, si l’on pense  à  « La Grande Peur de 89 » une histoire qui était en avance sur le temps, et « Waterloo » ?

    Ici, une toute autre aventure vécue à Waterloo sur les lieux mêmes de la bataille.

    Une œuvre écrite par Théo Fleischman, le premier directeur de la Radiodiffusion Nationale Belge…

    Un tout grand Monsieur !

    Tout le camp sommeille

    Le général veille

    L’aurore vermeille

    Ne luit pas encor ;

    Sur l’enceinte immense

    Dans l’ombre s’élance

    Et plane en silence

    L’oiseau de la mort… 

    (Extrait  de la chanson d’Eugène De Pradel sur l’air de « La Rosière » (XVIII e)

    J’étais flatté le jour où il m’avait convoqué dans son bureau directorial pour me demander mon accord pour la réalisation de sa pièce touchant la Grande Histoire !

    J’ai bondi de joie et quelques jours plus tard, je travaillais à la mise en onde de ce doc fiction.

    Avec, bien entendu l’idée de faire l’enregistrement à Waterloo.

    J’ai engagé une cinquantaine d’acteurs dont Julien Bertheau, sociétaire de La Comédie Française, pour faire revivre Napoléon, et des figurants « sonores ».

    J’ai fait à nouveau appel aux gendarmes de Waterloo et leurs chevaux pour reconstituer les évènements du 18 juin 1815.

    Les séquences qui se passaient avant cette bataille ont été enregistrées dans les studios de la Radio.

    Pour les grands moments de la « bataille », j’ai choisi la Ferme de la Papelotte, une sorte de ferme château

    Papelotte2.jpg

    (photo: wiki-braine-lalleud.be )

    qui se trouve à hauteur de la Butte de Waterloo, dissimulée dans les vallons, le long de la petite chaussée d’Ohain, derrière le couvent de Fichermont, un lieu historique par excellence.

    Deux camionnettes transportaient tout le matériel technique indispensable au tournage, on peut dire tournage…Radio !

    Un monde fou était réuni sur les lieux historiques, dont les gendarmes.

    Toutes les routes qui conduisaient à la Ferme de la Papelotte furent bloquées durant trois jours, le temps d’enregistrer les nombreuses séquences.

    Il ne s’agissait pas d’entendre les bruits des voitures des années 60, vraiment pas en relation avec les voitures « à chevaux » de l’Empereur.

    Un lieu complètement isolé du bruit moderne – à l’exception des avions qui frôlaient la Ferme et là je me trouvais complètement impuissant d’agir ! On ne pouvait pas enrayer les couloirs aériens tout de même !

    Avec un peu de patience, j’ai obtenu des effets sonores extraordinaires avec de superbes champs de profondeur, des échos à 50, 80, 100 mètres de distance.

    Des séquences d’ambiance avec cris, charges de chevaux,  commandements d’officiers sur des distances de plans sur une centaine de mètres.

    Il est clair qu’en studio, je n’aurais jamais obtenu ces effets-là !

    150 ans après, la Ferme de la Papelotte avait retrouvé l’effervescence qui l’a rendue célèbre dans l’Histoire !

    Ces « moments historiques »  se sont déroulés sans trop d’incidents techniques quoique…

    Lors de la bataille, il pleuvait. C’est écrit et prouvé !

    Lors de l’enregistrement, il y avait du soleil.

    Au montage, on s’est servi des voix des acteurs mixées à une bonne pluie émanant de ma propre collection de bruits.

    Autre problème : Comme il faisait très beau, on entendait des chants d’oiseaux.

    Impossible d’enregistrer car, en temps de pluie, les oiseaux ne chantent pas. 

    Alors l’un des techniciens de l’équipe a dû tirer quelques coups de carabine en l’air (balles à blanc) pour effrayer et faire déguerpir ces « perturbateurs parasites », ce qui s’est passé en un quart de seconde.

    L’intervention d’un agent de police de Waterloo (les gendarmes étaient mobilisés aux extrémités des routes) fut également nécessaire pour arrêter la machine d’un agriculteur qui - au moment précis de l’enregistrement - mettait son grand tracteur en route à quelques pas de là…

    … Sans oublier de demander au fermier d’éloigner une truie qui prenait le premier plan, une vraie cabotine cette truie et qui criait drôlement ! C’était en plus au moment où l’Empereur donne ses dernières instructions…

    « Cher Monsieur Simons,

    Votre «  Waterloo » que j’ai écouté avec émotion est une admirable réussite.

    En face d’évidentes difficultés, vous avez conféré à cette réalisation une réalité frappante, usant à la fois d’une heureuse audace, d’une discrétion de bon goût et d’un sens raffiné des effets procédant tant du théâtre que de la Radio.

    Cette émission est la meilleure de toutes celles que j’ai pu entendre de cette évocation… »

    Signé : « Théo Fleischman. »

    Cela ne s’oublie pas une lettre semblable émanant d’une forte personnalité du monde littéraire et directeur de la Radio Nationale !

    L’intervieweur : Vous suscitez l’envie d’entendre à notre tour cette formidable évocation historique !

    Oui, moi aussi ! L’enregistrement se trouve dans les archives de la RTBF/SONUMA. www.sonuma.be

    Vous savez, les gazettes de l’époque ont suivi de très près la réalisation de cette dramatique me donnant le surnom de « Cecil B. de Mille du Micro ! »

    Alors, pourquoi ne pas écouter la composition d’Elmer Bernstein, pour le film de Cecil Blount De Mille « Les dix commandements » version 1956, pas la première de 1923…

    Nous n’étions pas encore sur cette planète, ni Bernstein ni moi…

    Pause !  Écoute !  Clic !  Recording !

    Toujours à propos de « Waterloo », une autre réalisation me revient en mémoire.

    Claude Vial, journaliste à la RTBF, et excellente adaptatrice d’ouvrages littéraires, avait en charge la production d’« histoires belges vraies » vécues en Belgique et ceci en anglais…

    On lui avait commandé entre autres une dramatique « In English » sur Waterloo…

    L’intervieweur : (riant) Waterloo, morne plaine…

    Qui l’était moins au moment où j’ai procédé à des enregistrements sur le territoire de la célèbre Bataille …

    Il était de bon ton de me confier la réalisation de cette courte dramatique…Claude Vial écrit un scénario…Nous en parlons tous les deux.

    Nous établissons une distribution en choisissant des comédiens belges qui manipulent facilement la langue anglaise.

    Nous en trouvons et nous voilà partis vers Waterloo… Je connaissais bien l’endroit y ayant vécu pendant une semaine…

    Je commence les répétitions du texte, Claude m’aide solidement pour  la traduction…

    Les acteurs sont impeccables. Tout étant mis au point avec mes techniciens et mes comédiens, nous commençons à enregistrer…

    Et une petite heure plus tard, alors que ça marche du tonnerre, nous entendons un bruit bizarre – nous cherchons d’où provient ce son… et nous découvrons une vache isolée, distraite par nos bruits à nous, qui s’était mise à  meugler  pour signaler sa présence.

    Cela me rappelait  le son de la truie dans la version précédente sur cette grande Histoire Belge !

    Nous avons tous rigolé – il y avait de quoi- et nous avons  gavé notre adorable vache (elle aimait beaucoup le chocolat) et nous nous sommes éloignés…  Elle devait déguster la belle…Mais elle s’est tue durant tout le reste de l’enregistrement !

    J’ai voulu indiquer son nom au générique. Encore fallait-il lui en trouver un…

    Et l’un des comédiens s’est écrié : « Et  si tu la baptisais : Josette ? » Nous sommes tous d’accord et l’acteur d’aller rejoindre la vache pour vérifier s’il s’agissait d’un mâle ou d’une femme, pardon, une femelle … Oui, c’était bien une « nana » !

    Authentique !

    Waterloo, Waterloo, morne plaine

    Te souviens-tu de…la vache gloutonnant ?

    N’avoue jamais, never, never

    Waterloo Waterloo Waterloo… »

    (Adaptation de la chanson « Rognons » d’Alain Bashung)

    L’intervieweur : Que de moments haletants et palpitants au cours de vos réalisations en extérieur ou si vous préférez vos tournages…

    Affolants ! Epuisants ! Formidables ! Tournage oui, en plein centre de Bruxelles et en voiture. Pour un polar. J’aime  beaucoup  ce genre …

    Dans la voiture, deux acteurs. L’un  au volant de ma voiture, l’autre à ses côtés.  

    Le technicien, avec le magnéto et la perche micro – ainsi que moi-même, nous trouvions à l’arrière.

    enr_voiture.jpg

    Le comédien qui tenait le volant avait déposé sa brochure  sur la  petite plaquette au-dessus du volant. Cela dit, il avait mémorisé son texte.

    J’ai toujours veillé à ce que les dialogues d’un polar soient percutants, parlants, courts.

    Ce qui est intéressant, c’est le côté « vrai » dans l’interprétation des personnages.

    C’est une obsession chez moi qui m’a toujours chatouillé comme… les jolies femmes !

    Et dans une voiture  roulant dans une circulation intense, le  comédien devait ralentir, s’arrêter aux feux rouges, redémarrer, klaxonner, prendre les virages, hausser le ton à chaque voiture qui le doublait, avoir même des réactions à propos d’une voiture qui le doublait d’une manière intempestive, s’énerver – ce qui arrive souvent - enfin, bref,  une ambiance réelle …

    En studio, impossible  d’obtenir ce résultat !

    Une autre fois, j’ai failli devoir renoncer à l’enregistrement  en extérieur d’une histoire qui reconstituait une autre bataille, celle des Ardennes.

    Les cris émis par les soldats sonnaient mal en studio, étaient plats, écrasés. Aucun champ de profondeur.

    Or, nous étions en plein hiver et malgré la neige abondante, toute l’équipe a accepté de travailler en forêt. Le résultat a été remarquable et a donné à l’œuvre d’autant plus  d’authenticité !

    L’intervieweur :  Comment avez-vous procédé lorsque vous avez mis en chantier l’œuvre de Robert Merle « Malevil » ?

    malvil.jpg

    wikipedia Robert_Merle 

    Oh là là ! Une expérience difficile ! L’action se situe dans un château - à la campagne- de nos jours, mais à la suite de l’explosion d’une bombe atomique, les populations humaines et animales ont disparu, sauf quelques êtres qui ont résisté à cette tragédie !

    Plus de Radio, plus de télévision, plus de voitures, plus de chants d’oiseaux- ils sont tous morts. Un silence total à Malevil !

    Bien entendu, il n’existe aucun endroit silencieux, même dans les Ardennes.

    J’ai donc été obligé d’enregistrer ce long feuilleton en studio.

    Une fois le texte terminé, je suis parti avec l’équipe technique enregistrer des ambiances « zéro » mais perceptibles.

    Un travail effectué uniquement la nuit et cela, en pleine forêt ardennaise. Nous avons eu besoin de quatre nuits.

    Le mixage en studio a été très compliqué, difficile, ardu. Mais le résultat final, positif à l’antenne. C’est ça qui était essentiel !

    « Malevil » a bien vécu !

    « Non, je n’ai pas oublié

    Bien que ma vie est changée

     Mais le silence est souvent une façon d’aimer

    Non non non je n’ai pas oublié

    Et je n’oublierai jamais

     Mais aujourd’hui vous et moi ne pouvons rien changer… » 

    (« Non, je n’ai pas oublié »/Enrico Macias)


    L’intervieweur : Vous avez une panoplie de feuilletons plus alléchants les uns que les autres.

    On peut le dire, oui.

    Ainsi cette autre histoire imaginée par Yves Duval (décédé hélas), grand spécialiste de la BD : « Chasseurs sans armes ».

     Couv_28089.jpg

    Deux frères -17 et 23 ans- filent vers la Turquie pour y tourner un film documentaire. Et bien entendu, ils vont vivre mille et douze aventures…

    Et bien, j’ai « tourné » ce feuilleton à Istanbul, durant une semaine. Toutes les prises de son ont été captées dans des conditions d’authenticité très poussée.

    Nous étions quatre : les deux acteurs, un technicien et moi.

    Un gag involontaire : pour avoir le son et l’ambiance de la Turkish Airlines, j’ai demandé au Commandant de bord son accord pour procéder à cet enregistrement le temps d’une escale à Bruxelles National. 

    On « met en boîte » le dialogue, les bruits, les voix des hôtesses turques… et l’on prolonge ainsi de trente minutes l’escale normale de l’avion.

    La dernière séquence enregistrée, toute l’équipe redescend très vite sur le tarmac, laissant l’appareil repartir- enfin…pour les passagers en attente…Vers Istanbul, avec la serviette contenant tous les papiers et les bandes magnétiques déjà enregistrées !

    Force me fut de gagner Istanbul le lendemain pour récupérer mes « biens ». Une distraction bien agréable.

    istanboul.jpg

    L’intervieweur : J’imagine. Vous n’avez jamais imaginé écrire un long feuilleton sur cet homme incroyable (à la fois Homme de Théâtre et Homme de Radio) à la carrière inépuisable ?

     Non, mais je pourrais y penser ! (rires)

    L’intervieweur : Dites, Monsieur le Voyageur au long cours, avant que de pénétrer dans l’antre des studios où vous attendent de très nombreuses personnalités, avez-vous encore un feuilleton à nous proposer ?

    Oui, mais le listing est interminable.

    Allez, deux ou trois titres évocateurs :

      « Le Fond du Problème » de Graham Greene,

      « L’aîné des Ferchaux » de Simenon,

    « L’Adieu aux armes » d’Hemingway,

    « Thyll Ulenspiegel » de Charles de Coster,

    et d’autres encore plus ou moins importants,

    sans oublier tous ceux dont je vous ai parlé longuement…

    Mais, avez-vous encore un peu de temps à consacrer aux dramatiques et aux feuilletons ?

    L’intervieweur :  Difficile à préciser, mais allez-y…

     Je voudrais vous faire écouter un extrait du Journal Parlé…

    Info Radio: « L’évacuation de la Base Polaire se poursuit en hâte mais sans panique. La Base Scott a envoyé des hélicoptères pour servir de relais. Toutes les unités de la Force Internationale susceptibles de s’approcher des côtes, sans trop de danger, foncent vers le continent antarctique ».

    J’évoquais – il y a quelques pages – le nom du romancier Siodmark que vous m’avez avoué ne pas connaître.

    En est-il de même pour René Barjavel ?

    L’intervieweur : Non, j’ai lu des romans  de ce grand écrivain français dont « Ravage ».


     

    Et « La Nuit des Temps » ?


     

    L’intervieweur : Non. Pourquoi ? Vous en avez tiré un feuilleton ?

    Plutôt oui. 36 épisodes. Je vous raconte l’histoire ?

    L’intervieweur : ( souriant) Je ne demande que cela.          

    René Barjavel que j’ai eu la chance de rencontrer et d’interviewer, à l’occasion de la réalisation de ce feuilleton, a écrit une histoire d’anticipation, fantastique et de science-fiction…

    Et j’ajoute : ce n’est pas seulement un roman de science-fiction.

    C’est à la fois une utopie, un conte philosophique, une critique de la société du vingtième siècle.

    On y trouve notamment la préfiguration des évènements de mai 68Mais c’est avant tout une extraordinaire histoire d’amour.

    Claude Vial, ex-journaliste à la RTB et adaptatrice du roman pour la Radio, avait, elle aussi, interviewé le célèbre écrivain.

    Claude Vial :  « Vous convenez qu’il s’agit avant tout d’une histoire d’amour ? »

    René Barjavel (Précurseur de la Science-Fiction) :

    « Oui, il y a – comme d’ailleurs dans  tous mes livres – l’histoire d’un homme et d’une femme (riant). Rien à voir avec le film de mon ami Claude Lelouch.

    L’amour est, je crois, le grand moteur de la vie humaine et c’est la source de tous nos bonheurs… et de tous nos malheurs ! »

    « La Nuit des Temps » est l’histoire d’un couple si parfait, si uni qu’il ne peut que mal finir, comme tous les couples célèbres, je pense à Roméo et Juliette ou encore à Tristan et Yseult.

    Dans le cas d’Eléa et Païkan, le sort de la civilisation, de cette fameuse civilisation de Gondawa qui a existé il y a… 900 000 ans et dont on retrouve des vestiges sous les glaces du Pôle, dépend de leur séparation !

    Et l’on assiste à la lutte de ces deux êtres contre le reste de l’humanité.

    L’intervieweur : Oh mais dites donc, c’est passionnant cette histoire.

    Oui, mais je ne vous en dirai pas davantage. C’est une tragédie fertile en rebondissements, que je ne veux pas dévoiler.

    Il n’est pas impossible que ce feuilleton soit à nouveau diffusé.

    En tout cas, ce fut pour moi et toute mon équipe d’acteurs et de techniciens un travail d’envergure car il s’agissait de créer un lieu sous terre crédible dans lequel allaient évoluer les personnages : Elea, Païkan, Simon, Coban, Hoover, Léonova, Brivaux et tous les autres…

    Je les cite pour les lecteurs qui auraient lu le fabuleux roman.

    Coban : Païkan…il est temps de partir.

    Païkan : Laissez-moi, Coban. Je veux lui dire adieu…Eléa…Eléa…(pleurant) Oh, Eléa, c’est trop  absurde…c’est atroce…je ne puis supporter cette séparation…

    Coban : Païkan !…n’entendez-vous pas ? La bataille se rapproche…PÄIKAN… Mais regardez la plaque images : l’Arme Solaire se déploie.

    Païkan : Peu m’importe ! Eléa…je suis à toi…je veux mourir près de toi…

    L’intervieweur : C’est impressionnant ! Cela me fout la trouille…

    A vous écouter, j’ai l’impression que vous écrivez une anthologie sur la Radio !

    Pourquoi pas ? Tous ces feuilletons et dramatiques entrent dans l’Histoire même de la Radiodiffusion Belge,

    remises à jour par Sonuma ! Ainsi…

     L’intervieweur : Un feuilleton ou une dramatique ? Signée ?

    Une dramatique de Jean Le Paillot, un homme de forte culture avait écrit un récit radiophonique sur ce fameux train qui devait quitter Bruxelles en direction de l’Allemagne en 1944, emmenant avec lui de nombreuses personnes. Cela s’appelait « Cycle fermé ».

    Alors, j’ai mobilisé des voies de chemin de fer à Schaerbeek pour réaliser cette dramatique.

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    L’enregistrement a pris une semaine. En réalité, le convoi en question partait d’Uccle- Callevoet. Mais  dans cette gare, il était impossible de bloquer des  voies…

    Je voulais que mes acteurs vivent vraiment la situation dramatique  dans laquelle vivaient ces hommes.

    Je les ai placés dans des wagons à bestiaux complètement fermés.

    Il y avait une ambiance incroyable ! Et les acteurs  adoraient travailler de la sorte.

    Et d’autre part, toutes les séquences extérieures où intervenaient les Allemands ont été enregistrées près de Francfort avec de vrais Allemands, des étudiants qui s’amusaient beaucoup à jouer au « nazi »…

    Die Fahne hoch !

    Die Reihen fest

    (dicht/sind) geschlossen !

     SA marschiert

    Mit ruhig(muting) gestem

    Scritt

    I :Kam’raden , die Rotfront

    und Reaktion erschossen

    Mrschier’n in Geist

    In unser’n Reihen mit…

    ("Horst-Wessel-Lied" – hymne officiel des SA )

    Curieux ! Toutes ces époques me reviennent à la mémoire,  à l’exception toutefois, et je ne comprends pas pourquoi de « Si ceci est un homme » une œuvre maîtresse de Primo Levi, qui nous racontait – tantôt par la voix du narrateur, tantôt par le truchement de nombreux personnages, le martyre que lui, Primo Levi – juif italien- et des milliers d’hommes, avaient enduré pendant la deuxième guerre mondiale dans le camp d’extermination d’Auschwitz,  en Pologne.

    « Vous qui vivez sereinement dans vos maisons tièdes,

    Vous qui trouvez en rentrant le soir un repas chaud et des visages amis,

    Dites voir si ceci est un homme !

    Vous qui travaillez dans la boue,

    Qui ne connaît  pas la paix,

    Lutte pour un quignon de pain,

    Meurs pour un oui ou pour un non,

    Dites voir si ceci est un homme… »

    Une très grande partie de cette dramatique a été enregistrée en studio et des extérieurs dans différents lieux de Bruxelles avec la participation de comédiens professionnels mais aussi avec des hommes fixés à Bruxelles pour exercer leurs métiers mais venant d’horizons différents :  Russie, Allemagne, Italie, Pologne…

    Ainsi que des étudiants du Jeune Théâtre de l’ULB et un groupe de jeunes filles israélites du Centre des Jeunes.

    Toujours évidemment pour donner le plus de vraisemblance au récit. Avec des dialogues en français, allemand,  anglais,  polonais, hongrois, espagnol…

    Evenou shalom alerhem ! Evenou shalom alerhem !

    Evenou shalom , alerhem

    Evenou shalom , shalom, shalom alerhem »

    (Chant d’Israel )

    Trou de mémoire également avec « Graal 68 » d’après Chrétien de Troyes et les vieux contes celtiques, une œuvre de Jean Mogin, écrivain, homme de lettres et directeur de la Radio.

    Il me confiait de la sorte la création de la première dramatique réalisée en stéréophonie à la RTB !

    « Graal 68 » : la  quête du vase d’or dans lequel  aurait été recueilli le sang du Christ !

    Perceval : jeune Gallois fruste et illuminé, mystique à l’état brut, hirsute et métaphysicien sauvage…

    Perceval, adolescent, à la recherche d’un absolu d’une perfection terrestre et céleste unifiée…

    Une forte et merveilleuse découverte pour moi, les techniciens, les comédiens et les auditeurs du langage stéréophonique.

    Tout en studio ! Mais j’ai mis aussi en scène ce texte de Jean Mogin au Château des Comtes de Gand, avec  la même équipe et des microphones un peu partout…

    Le Festival des Flandres avait commandé cette oeuvre pour commémorer un fait  historique et artistique important du Moyen Age.

    En effet, il est établi que le poète français Chrétien de Troyes a écrit  son « Perceval ou le conte de Graal » sur commande de Philippe d’Alsace, le comte de Flandres qui, en 1180, fit construire le Château des Comtes.

    Ce fut un honneur pour moi de m’avoir confié ce travail  sur un sujet Historique et la création du Son Stéréophonique en Radio.

    La voix des comédiens (une trentaine) et la musique de David Van de Woestijne raisonnaient avec ampleur dans tout l’espace du Château des Comtes de Gand.

     

    Ce qui était merveilleux également, c’est que les acteurs avaient appris leur rôle par cœur, comme au théâtre. Pas la moindre brochure en main !

    Une nouvelle réussite sans la moindre anicroche avec seulement quatre jours de répétitions.

    Une réalisation dont on a beaucoup parlé dans les gazettes, considérée comme l’une des meilleures réalisations et productions contemporaines…

    Lors des enregistrements au studio Flagey, il y avait beaucoup de curiosité des « ertébéens » qui voulaient savoir comment fonctionnait la stéréophonie. Et moi donc !

    Un jour, j’ai demandé à l’une des comédiennes de retirer un collier dont on entendait comme une espèce de crachotement dès qu’elle bougeait un temps soit peu.

    Puis, de connivence avec mes techniciens, je lui ai demandé de retirer sa blouse qui faisait également du bruit !

    Avec un ton désespéré, je lui disais : « Ah là là, ce problème des micros stéréo… Quelle engeance ! » Evidemment, nous jouions la comédie car on n’entendait aucun bruit bien sûr ! Mais cette charmante actrice – avec qui j’étais copain- s’est retrouvée en soutien-gorge… La nouvelle s’était répandue partout dans les locaux de Flagey.

    On murmurait :

    « Roger Simons est en train de faire son cinéma au studio…Allez voir, vous allez bien vous marrer… »

    Il y a eu alors un véritable défilé derrière la vitre du studio. Tout le monde était mort de rire, même le directeur.

    Et cette amie comédienne a bien ri, mais elle avait tout de même remis sa blouse. Et quand il m’arrive de la voir au théâtre  (c’est une toute grande comédienne), on se rappelle encore ce moment inénarrable, érotique et exceptionnel dans un studio de Radio !

    Déshabillez-moi, déshabillez-moi

    Oui mais pas tout de suite, pas trop vite

    Déshabillez-moi, déshabillez-moi

    Et vous…Déshabillez-vous !

    (Chanté par Juliette Gréco )

     

    Je voudrais dire que je  ne suis pas passéiste.

    Au contraire. Je vis pour le moment présent et celui de tout à l’heure…

    Mais je suis bien obligé de faire référence au passé pour vous conter mes folles aventures, délirantes souvent, passionnantes toujours, étonnamment merveilleuses,  fantastiques…

     

     A la semaine Prochaine...

    Michel Metteur En Web pour Roger

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  • Episode 16 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE et de RADIO - Souvenirs d'une passion

    Oui et c’est d’autant plus exact le jour où je me suis rendu  en Norvège et au Canada, accompagné par une équipe de quatre comédiens, pour y enregistrer un feuilleton (40 épisodes):

    DAN COOPER, héros des bandes dessinées d’Albert Weinberg, auteur aussi de l’adaptation radiophonique.

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    bedetheque BD-Dan-Cooper )

    L’histoire de Dan Cooper était axée sur le sabotage de l’aviation militaire canadienne.

    Cooper, major dans l’aviation canadienne et son coéquipier, le capitaine Gagnon, quittent tous deux le Canada pour se rendre en Norvège où se déroulent de grandes manœuvres militaires.

    Ils passent par la Belgique et ils y rencontrent Agnès, une infirmière appartenant à l’armée canadienne.

    Or, à peine arrivé sur le sol norvégien, l’un des ailiers de Cooper perd tout contrôle à bord de son jet et va s’écraser.

    Le même phénomène apparemment inexplicable se reproduit avec d’autres pilotes.

    Cooper et Gagnon vont mener l’enquête dans cette mystérieuse et troublante histoire…

     

    J’allais vivre ma première aventure avec Dan Cooper en Norvège.

     

    Départ de Melsbroeck en DC. 4 vers Orland (Norvège), puis, un avion militaire, un C.119 (avion transport de troupes) vers Bodö, notre destination.

     

    Nous avons reçu notre certificat de passage pour entrer dans le Cercle Polaire Arctique, d’où il est possible d’observer  le « Soleil de Minuit ».

    Donc : pas de nuit, pas de lune ! Des jours de 24 heures !  Fabuleux !

     

    C’était extraordinaire de nous voir répéter et enregistrer des séquences qui se passaient sur les quais du petit port de Bodö et ce, à 3 heures du matin ! On ne se rendait plus compte de l’heure qu’il était ! Nous avions la compagnie des mouettes qui se régalaient de ce spectacle « sonore »  inattendu !

     

    Par contre, c’était vachement dur d’enregistrer au bord du Saltstraümen, l’un des fjords de Bodö. Le vent était d’une force inouïe, la température des plus basses, les rochers de la rive, abrupte, étaient recouverts d’une couche de glace traîtresse. C’était laborieux de manipuler nos brochures.

    Mais quels décors fascinants avec cette Nature complètement déchaînée !

     

    Passé le Cercle Polaire Arctique, près de Bödö, sur le fleuve du Saltstraümen, les tourbillons d’eau qui déferlaient à toute allure, provoquaient un bruit très puissant. Les comédiens devaient dominer ce bruit.

    Ils y arrivaient facilement, naturellement, puisqu’ils se trouvaient « dans le décor véritable ».

     
    podcast(Extrait du feuilleton Dan Cooper)

    Nous étions donc en Norvège, car dans l’histoire imaginée par Albert Weinberg, intervenaient des Vikings.

    Alors plusieurs Norvégiens ont joué leur propre rôle.

    Fantastique ! Tout comme de voir à tout moment de la journée ou de la nuit – dans une clarté totale – l’auteur en train de griffonner des dialogues – je le répète – en  fonction du lieu et des habitants de la région.

     

    Nous étions pris en charge par l’armée norvégienne, nous mangions avec les officiers, nous dormions dans leurs bâtiments. 

    Parfois, nous nous évadions pour un court moment et nous allions nous balader dans la ville. Diablement belles les jeunes Norvégiennes !

     

    Nous étions un jour dans un petit restaurant. J’avais à payer la note. Je m’adresse à la caisse et je dis : « Please, give me the waf ! » La préposée me regarde, étonnée !  J’insiste:    « The waf please ! ». Je montre des billets de banque…

    La caissière, souriante, comprenant enfin ce que je veux dire :  « Oh ! OK, the Bill! » 

    Fameuse différence entre « waf » qui signifie  « gaufrier »  en wallon liégeois et « bill » ! Toute l’équipe était morte de rire !

    Je vous avoue que je n’ai jamais eu la bosse des langues… 

     

    Les accents norvégiens, canadiens, esquimaux étaient authentiques et cela se percevait à l’écoute. Non seulement les accents, mais les expressions, le langage, le vocabulaire… Passionnant !

     

    De nombreuses séquences furent enregistrées dans l’avion, ce qui donnait aux comédiens le ton juste.

    D’autres fois, j’ai essayé de reproduire une scène semblable en studio en demandant aux acteurs de parler fort mais dans le ton précis d’une conversation échangée en avion, en appliquant par la suite le son des réacteurs.

    Un résultat  moyen où l’on pouvait se rendre compte  du mixage fait en labo : bruits des réacteurs – voix des comédiens.

     

    Rentré à Bruxelles le 16 juin à bord d’un DC 6, j’allais vivre quelques semaines plus tard ma deuxième aventure Dan Cooper, cette fois au Canada.

     

    Moi mes souliers ont beaucoup voyagé …

    (Chanson canadienne / Félix Leclercq)


     

    Un mois plus tard...

    Nous avons gagné tout d’abord Chièvres en voiture. Nous attendions le petit avion qui devait nous conduire à Lahr en Allemagne.

    Nous apercevons un avion qui décolle et l’un des acteurs s’écrie joyeusement : « Tiens, voilà notre avion qui part sans nous ».

    Et nous rions. En fait, c’était bien le nôtre d’avion, mais le pilote ayant déposé des militaires et croyant sa mission terminée, était reparti oubliant l’autre mission, celle de nous emmener.

    La tour de contrôle l’a rappelé. Le petit avion – un Dakota 455-

    DC3.jpg

    a fait demi-tour et est venu se poser près de nous ; nous avons grimpé à toute vitesse dans la carlingue et l’avion a gagné Lahr sans aucun autre incident !

    Quelques heures dans cette petite ville allemande, puis le lendemain, embarquement à bord d’un Yukon CL-44 D -4,

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    un gros avion cette fois, dans lequel les sièges à rayures (brun, orange, jaune - dossiers en tweed chiné) étaient installés dans le sens opposé à la marche, car, en cas de problème grave en vol, les sièges sont projetés vers l’arrière, le choc est paraît-il, moins  brutal !… Je n’en suis pas convaincu.

     

    Après quelques heures de vol bien agréable, nous sommes arrivés à la base de Trenton (Ontario/Canada).

    En débarquant de cet excellent avion aux sièges à l’envers, après avoir parcouru environ 6.000 Kms en toute quiétude et dans la bonne humeur, Albert Weinberg, l’auteur liégeois, s’écrie avec son bon accent :« On est arrivé à Coronmeuse ! »

    Coronmeuse, c’est à Liège évidemment,  un lieu situé tout à côté du hall des foires et d’une patinoire, à deux pas du centre ville…

     

    Les  officiers canadiens qui nous recevaient n’ont pas compris la raison pour laquelle Albert Weinberg faisait cette réflexion mais nous, nous étions morts de rire.

    Cela commençait bien !

    On nous reçoit comme des VIP et l’on nous invite à monter dans le « char ». Nous rigolons tous, mais à notre tour de ne pas comprendre pourquoi  nous allions prendre un char… Nous ignorions que « char » en langage québécois signifie « voiture » !

     

    Nous avons parcouru, l’auteur, les trois comédiens et moi,

    plus de 30 000 Kms à l’intérieur du Canada pour réaliser ce long feuilleton : 382 séquences.

    De Trenton à Fort Churchill, de Fort Churchill (Baie d’Hudson) à Bagodville, de Bagodville à Chicoutimi…

    Une aventure exaltante ! Un voyage émaillé de mille souvenirs…

     

    L’intervieweur : Vous deviez disposer d’un solide budget ?

     

    Pas du tout. Tout était pris en charge par les Forces Aériennes Belge, Norvégienne et Canadienne.

    La RTB se chargeait du paiement des acteurs au nombre de quatre. Vous me direz que c’est peu de comédiens pour un grand feuilleton.

    En réalité, j’engageais sur place des acteurs ainsi que des gens qui jouaient leur propre rôle.

    Je les recrutais sur le terrain. Passionnant ! Je faisais passer un genre d’audition, j’expliquais le rôle à jouer, un petit bout de répétition, et si c’était ce que j’attendais, le rendez-vous était fixé au lendemain…

    J’ai obtenu ainsi d’excellents résultats, que ce soit en Norvège ou au Canada.

     

    L’armée canadienne avait mis à notre disposition un petit avion, avec à son  bord : le pilote, l’auteur, le réalisateur et  les acteurs, sept personnes au total.

    Formidable, non ? Cet avion « personnel » nous permettait de gagner en un minimum de temps les différentes régions où se situait l’action. Mais d’une manière totalement imprévisible ! Nous étions libres. Génial !

     

    Vous me direz : « Pourquoi se trouver sur place pour faire de la Radio ? » Tout simplement parce que c’était des plus agréables, que je trouvais une équipe technique différente dans chaque lieu, et comme je vous l’expliquais quelques lignes ci-avant, la découverte d’autochtones pour interpréter les personnages du feuilleton.

     

    Le synopsis de l’histoire avait été imaginé et écrit à Bruxelles par notre sympathique et talentueux auteur, Albert Weinberg.

    Mais les dialogues se construisaient  chaque jour, au fur et à mesure, selon les possibilités de l’endroit et les « acteurs en herbe ».

     

    Et c’était amusant de voir l’auteur écrire les textes en fonction de ces gens rencontrés sur le terrain, tel le Commandant du destroyer « Ottawa » et tout son équipage.

    Avec l’accord de l’Amirauté, nous avions l’autorisation de monter à bord pour simuler, jouer et enregistrer une alerte au sous-marin.

    On se serait cru en plein combat avec sirènes et survols de l’aéro-navale ! Gigantesque ! Jamais fait pour une Radio, de Service Public qui plus est !

     

    Quelques heures plus tard, nous étions dans une autre base aérienne où stationnaient d’impressionnants quadrimoteurs, les Argus,

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    dont la mission était de traquer les sous-marins suspects !

    Nous avons pu nous enfermer avec l’équipage dans la longue carlingue de ce redoutable chasseur de sous-marins…

    Incroyable mais authentique ! Nous étions tellement dans l’action que nous nous sommes mis à repérer le moindre submersible qui aurait louvoyé sous la mer… Extra et inédit !

     

    A la Baie d’Hudson, le Père Bel Air, étonnant missionnaire qui partageait sa vie avec les Esquimaux, a joué son propre rôle et établi des dialogues avec ses amis aux curieux vêtements de daim frangés.

    On les a tous réunis et ils se sont mis à chanter des chants typiques. Quelle ambiance inimaginable dominée par les cris et les danses d’un peuple lointain.

    Les Esquimaux qui ont donc participé au feuilleton, n’ont jamais compris pourquoi une équipe européenne venait d’aussi loin pour les enregistrer (le son uniquement) et quel en était l’intérêt principal, réel…

    Cela constituait un événement pour eux ! Et pour nous donc !

     

    Et que de belles rencontres avec ces femmes Esquimaux et aussi avec de belles jeunes femmes de Chicoutimi, un endroit que j’ai baptisé du reste : « Chicoutimi mon amour » en relation avec le titre du film d’Alain Resnais, sans plus ! Quoique…

     

    Nous devions nous rendre auprès des Indiens Montagnais, mais il y a eu une erreur sur  le plan de déplacement.

    Nous ne les avons jamais vus. Par contre, nous avons rencontré les Indiens Hurons, complètement « modernisés » donc, pas  de danses, ni de chants traditionnels ! 

     

    Avec notre petit avion, nous avons  parcouru le lendemain des centaines de kilomètres pour retrouver la trace de Gros Louis, le chef des Montagnais ! Mais sans succès.

     

    Vingt jours de tournage au Canada et retour à Bruxelles où j’ai procédé à plusieurs enregistrements au simulateur de vol à Florennes, d’un  F.104 ( avion supersonique)– au sol  bien sûr ! Les acteurs avaient pris place à l’intérieur, étant sensés être en vol !

     

    Il est certain que cette façon de procéder eut été plus difficile, voire impossible à l’époque où n’existait pas le « Fabuleux Nagra » le compagnon de toute une vie de reporter…

    (sur l’air de «  J’ai ma caméra » par Ward Single et Serge Rezvani)

     

    J’ai mon  petit Nagra

     Tu as ton p’tit Nagra…

     

    Pour la petite ou grande  « Histoire de la Radio », saviez-vous qu’avant  la deuxième guerre mondiale, lorsqu’on désirait faire une interview avec une personnalité, il fallait faire appel à tout un car de captation ?

    Et sur place, il s’agissait de déployer le nombre de mètres de fil nécessaire pour rejoindre l’endroit où se passait l’entretien.

    Et en plus, on enregistrait sur grand disque souple, incassable. Pas question de faire du montage par la suite. S’il y avait une erreur, il fallait recommencer le tout.

    Il fallait également posséder deux appareils d’enregistrement disque (des graveurs) car on disposait de peu de minutes par face. Et lors de la diffusion du document, il fallait déployer une attention vigilante pour réussir un enchaînement parfait d’un disque à l’autre !

    Temps héroïques d’autrefois ! 

    Un autre temps !  Une autre époque ! Aujourd’hui, avec le moindre petit ordinateur, on réalise des miracles …

     

    Elle est repartie vers l’Océan Indien

    Elle ne m’a laissé qu’un chagrin qui sonne

    Des messages d’amours

    Sa voix au magnétophone »

    (« La Voix du magnétophone »/ J.P.Millers-D.Barbelivien)

     

    Je voudrais tout de même vous dire que je n’ai pas connu cette fameuse époque héroïque de la Radio.

    Mais j’ai vécu toutefois celle où j’emmenais tout un matériel d’enregistrement pour faire une seule interview de quelques minutes. 

    Seul, en tramway ou bus, avec un énorme magnétophone  (le « Carad » dont je vous ai déjà parlé, très lourd) et une valise plus énorme encore contenant les fils de secteur, les microphones, des outils, les bandes magnétiques, tout quoi !

    Je me souviens du jour où j’ai grimpé les marches de l’église du Béguinage qui me conduisaient au sommet de la tour, pour enregistrer « en gros plan » les cloches.

    Il fallait être dingue ou passionné ! Je pense que j’étais les deux…

    Et je le reste toujours…

    J’aime faire ce que j’ai envie de faire ! 

     

    Aujourd’hui  -enfin déjà depuis une trentaine d’années – la captation est devenue plus facile grâce à l’autonomie du magnétophone Kudelski « Nagra » … et en ce début du vingt et unième siècle, le tout dernier modèle Nagra pèse quelques grammes et paradoxalement le micro qui l’accompagne est démesuré et, vous ne l’ignorez pas, le micro est l’une des pièces maîtresses d’un magnéto.

     

    J’ai travaillé aussi avec un tout petit Nagra de poche, que je dissimulais dans ma veste avec un micro-espion fixé dans la ceinture du pantalon ou encore fixé sous la cravate !

    Ni vu ni connu lorsque je voulais procéder à des documents sonores…  Secrets … C’est ce que je faisais souvent au cours de mes longs voyages reportages à travers la planète.

     

    Ah ! La Radio, l’extraordinaire bonheur de ma vie !

     

    J’enregistre !

    J’enregistre soir et matin

    J’enregistre sur mon chemin

    Je suis heureux, j’ai tout et j’ai rien

    J’enregistre sur mon Nagra…

    (sur l’air de «Je chante » de Charles Trenet)

     

    L’intervieweur : Vous arrive-t-il de procéder aujourd’hui encore à des enregistrements ?

     

    Oui oui, bien sûr.  Mais je ne jouis pas d’un matériel de haute qualité… Un « bête » petit cassettophone, d’une grande modestie. J’enregistre la voix, oui.  J’écoute, oui, mais quelle médiocrité !  J’ambitionne l’achat du dernier Nagra. Fastueux, tout comme son prix, colossal !

     

    L’intervieweur : Vous aimez enregistrer votre voix ?

     

    Oui oui, quelle question ! C’est évident ! Tiens, j’ai subitement une idée…

     L’intervieweur : Vous n’arrêtez pas d’avoir des idées…

    (riant) Oui et c’est tant mieux !

    Si j’enregistrais  tout mon bouquin…Pour un bonus quoi !

    L’intervieweur :  Et comme disait je ne sais plus quel écrivain : «  Si c’était à refaire… ? »

     «  Je referais ce chemin… ! »   Vous en doutez ?

     L’intervieweur : Absolument pas ! Et allez-y d’une autre de vos grandes aventures radiophoniques…. Celle de «La Grande Peur de 89 » par exemple ?

     

    1. Magnéto. . Décompte : 9 8 7 6 5 4 3 2 1Zéro. C’est parti !

     

    LA GRANDE PEUR  DE   89 …

     

    Philippe Dasnoy, directeur de la Radio, me propose de réaliser : « La Grande Peur de 89 » une œuvre de science-fiction de Max Gallo, publiée chez Robert Laffont en 1966 , dont il vient de faire une adaptation radiophonique.

    la grande peur 1989.jpg

    Ce texte évoque la possibilité d’un nouveau  conflit mondial dans lequel la Chine apparaît comme leader des pays pauvres face à une coalition URSS-USA-EUROPE !

    Le conflit sera évité in extremis, entre autres par une mission diplomatique du Pape à Pékin…

     

    Bien sûr que je vais mettre en chantier cette histoire qui me fait un peu penser à celle de H.G. Wells « La Guerre des Mondes ».

    Je veux donner à cette « dramatique » un maximum  de réalisme.

    Donc, au départ, je ne veux pas enregistrer en studio et moins encore engager des acteurs.

    Les personnages de ce manuscrit sont uniquement des journalistes. Je vois mal des comédiens rendre authentiques  ces reporters-là. Même avec les meilleurs comédiens, cela sentirait le « fabriqué », le «composé», le « joué » !

    Je veux donc faire « jouer » de vrais journalistes, et quoi de mieux que d’utiliser ceux de la RTBF ? Encore faut-il qu’ils soient d’accord… 

    Tous acceptent avec joie et exaltation.

    Cela m’entraîne à modifier le texte initialement conçu pour une dramatique conventionnelle.

    Philippe Dasnoy accepte, me faisant entièrement confiance.

    J’ai donc à ma  disposition une armée de journalistes attachés à notre Radio de Service Public. Tous des grosses pointures !

    Je leur demande à chacun de modifier le texte dans leur « jargon » habituel de journaliste, à seule fin de le rendre le plus vivant possible.

    Mon souhait était de « piéger » les auditeurs en les faisant croire à des évènements dramatiques qui se déroulaient dans le monde.

    Et j’y suis totalement parvenu ! 

    Selon leurs spécialités au sein de  l’« Institut », j’établis la distribution des journalistes qui vont représenter tous ceux du monde, tant aux Etats-Unis, qu’en Asie  ou qu’en Europe !

    Une trentaine  d’« intervenants » choisis sur le gril du talent.

    Je réunis les chefs techniques de la RTBF et nous mettons au point  les nombreuses captations dans différents endroits de Bruxelles.

    Des cars dotés d’un appareillage complet d’enregistrement sont mis à ma disposition.

    Une antenne spéciale, appelée « antenne réceptrice » sera placée sur le toit de la « Maison de la Radio », captant le son en provenance de ces cars… Les services adéquats  sont déjà au parfum.

    Certains journalistes se trouveront à l’aéroport de Zaventem, sur le tarmac, les micros placés aux endroits les  meilleurs pour capter le son et éviter une saturation  provoquée par les moteurs des avions.

    Des séquences importantes seront enregistrées à cet endroit, entre autres celle où l’avion arrivant de Rome atterrit avec à son bord le Pape (qui sera joué par un vrai Italien  appartenant au Marché Commun).

    Lui et moi, avons travaillé le ton et la voix du Pape, et son interprétation était tout à fait extraordinaire, plus vrai que vrai !

    D’autres journalistes allaient se trouver dans les cars de captation qui étaient censés circuler dans les grandes  capitales et grandes villes planétaires dont New York.

    Une journaliste, envoyée spéciale aux USA, censée être à Harlem, menait les interviews en « américain » auprès de responsables/journalistes.

    Je les avais trouvés à l’Ambassade et dans certains établissements de Bruxelles.

    D’autres encore occupaient un bureau de Flagey, figurant Londres, Paris, Berlin…

    Radio-Pékin appelait Bruxelles et l’on entendait l’indicatif de cette chaîne chinoise. J’en avais demandé copie.

    Le quartier général – Centre Alpha – était basé au  studio  7 –Flagey- connecté aux cars de captation.

    Une table spéciale appelée « console de mélange » avait été fabriquée pour recevoir toutes les captations.

    J’ai répété durant deux jours, le troisième étant consacré à l’enregistrement définitif.

    Bien évidemment, plusieurs enregistrements complets de cette histoire de science-fiction furent nécessaires à seule fin de pouvoir en extraire les meilleures séquences au moment du montage final.
    Exactement comme dans un film…

    Un travail de titan, mais super passionnant !

     

    Après trois jours de montage, nous avons  écouté le tout : on vivait les évènements à un point tel…que la Direction en a interdit la diffusion !

    On voulait éviter la panique, telle qu’elle avait été vécue aux USA lors de la diffusion de « La Guerre des Mondes » de G.H.Wells,  mise en onde par Orson Welles.

    De nombreux auditeurs s’étaient suicidés à l’époque…

    Une autre époque où la Radiodiffusion jouait un rôle prépondérant dans la vie des citoyens : 1938 !

    J’étais perturbé par cet interdit mais d’autre part, vachement flatté. J’étais devenu un nouvel Orson Welles… 

     

    Plus tard, l’interdiction fut levée et l’émission diffusée à l’antenne.

     

    « La qualité de l’œuvre, le pouvoir dramatique et brillant  de la réalisation, la vérité de l’interprétation qui rassemble les journalistes de la maison, justifient que l’on mette  à l’antenne cette « Grande Peur de 1989 »  réalisée par Roger Simons.

    Cette émission dramatique, réalisée en 1968, n’a jamais été diffusée. Elle avait été  à l’époque arrêtée  par la Direction qui craignait des réactions dans le public étant donné le contexte politique international (Guerre d’Israël). »

     

    (Extrait d’une note de service du chef des émissions dramatiques, envoyée à la Direction  de la Radio – le 08/11/1976)

     

    Annonces répétées toutes les heures sur les antennes de la RTBF :

    « L’oeuvre radiophonique « La Grande Peur de 89 », un roman de Max Gallo, adapté  pour la radio par Philippe Dasnoy, interdite d’antenne, sera finalement diffusée dans  son intégralité sur nos antennes en 1976, dix ans après sa réalisation.

    Il s’agit d’une œuvre de fiction réalisée par Roger Simons et interprétée par les journalistes de la RTBF. »

     

    La Direction Radio m’avait prié de faire cette annonce une huitaine de jours avant sa diffusion.

    Ce que j’ai fait, mais malgré tout, il y a eu de nombreuses réactions venant des auditeurs inquiets demandant s’il s’agissait d’une fiction réalisée d’une façon trop vraie, trop réaliste.

    Mais c’est justement ce que je voulais.

    Une auditrice m’avait même avoué qu’elle avait téléphoné à New York pour savoir ce qu’il s’y passait réellement.

    Plusieurs  auditeurs m’ont reproché d’avoir engagé un fonctionnaire appartenant au Marché Commun, ayant trop la voix et le ton du Pape Jean XXIII !

    C’est évidemment cela  aussi que je voulais : que tout le monde pense que c’était le Pape qui parlait.

    Je triomphais donc sur tous les plans, chaleureusement  félicité par la direction de la Radio.

     

    La Grande Peur de 1989', réalisation Roger Simons (1967)
    podcast

    La Sonuma nous raconte ....

     

    Plus après, on a rediffusé l’émission et à nouveau des réactions d’auditeurs inquiets.

    Remarquez, ils auraient pu changer de chaîne et écouter France –Inter, RTL ou Europe 1, pour écouter ce que l’on disait de la situation internationale !

    Est-ce que cela signifiait que nous avions des auditeurs fidèles à ce point ?

     

    Et j’avais imaginé de commencer l’émission par l’écoute de la  « 9ème Symphonie » de Beethoven, interrompue après quelques minutes,  le « Centre Info » réclamant l’antenne en urgence…

    Inquiétude des auditeurs malgré mes annonces précisant que c’était de la fiction… Génial, non !

     

    L’intervieweur : En fait, vous avez vécu de nombreuses expériences de cet ordre d’importance ?

     

    Oui oui, mais j’adorais ça. La difficulté, le risque, l’acharnement dans les idées. Et je n’ai pas du tout changé !

    Bon. Quelques mesures de la Neuvième, d’accord ?

     

    L’intervieweur : Bien sûr ! Qui aurait l’envie de refuser !

     

    (Musique dirigée par Von Karajan et jouée par l’Orchestre Philharmonique de Berlin.)

     

    Cut. Arrêt de bande magnétique. Rideau !

     

     A la semaine Prochaine... Oufti ... A l'année Prochaine

    Michel Metteur En Web pour Roger

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