ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE RADIO CINEMA

  • Episode Michel BOUQUET - Souvenirs d'une passion - PLUIE DE STARS

    B- Michel BOUQUET

     

    L’un des grands comédiens français tant au cinéma qu’au théâtre !

    Je l’ai rencontré au Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve lorsqu’il est venu jouer une œuvre dramatique d’une violente intensité : «  La Danse de Mort » de Strindberg.

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    Michel Bouquet : Un travail passionnant car mis en scène par Claude Chabrol – un évènement  que Claude abandonne un certain temps sa caméra pour  tâter les planches d’un théâtre !

    J’ai tourné beaucoup de films avec Claude dont le dernier : « Poulet au vinaigre ».

    Bien évidemment, il est un personnage qui me restera toujours en mémoire, celui de Javert des « Misérables »

    de Victor Hugo. C’est mon ami Robert Hossein qui nous a mis en action, Lino Ventura,  moi et les autres dont Jean Carmet.

     

    Michel Bouquet est un comédien de haute culture, d’une grande connaissance littéraire et  théâtrale.

    Un homme d’une belle discrétion. Un homme tranquille qui vous conte sa vie professionnelle  avec discernement, précision.

     

    - Michel Bouquet, je  vous avais vu également en scène dans la pièce de Pinter «  Hot house ». Un texte difficile mais d’autre part, vous aviez de longs moments en scène sans dire un mot et dans le noir. 

    Qu’est-ce qu’un acteur peut ressentir dans un cas pareil ?

     

    Michel Bouquet : La nécessité de suivre l’action  avec une grande attention. Mais vous savez au théâtre, une action n’est jamais la même.

    D’une représentation à l’autre, il y a un monde.

    Surtout dans des pièces qui sont des chefs d’œuvre.

    Celle que vous évoquez de Pinter a mille possibilités d’être lue, je dirais même jouée, selon les jours, selon la gravitation, la marche de la pièce au fond de chaque individu qui la joue.

    Chaque soir,  nous faisons connaissance de toutes nos introspections différentes vers le cœur de la pièce, vers sa vérité profonde.

    Et nous sommes tous étonnés des choses que l’on découvre. Et forcément, toutes ces choses font que la représentation devient un événement.

    Bien entendu, il s’agit de rester dans la ligne d’intention d’action, avoir le sentiment du danger que constitue une représentation et le faire partager par le public.

     

    Quelle saveur dans les expressions, les mots, les composées d’une phrase inventée par Michel Bouquet.

    Quelle richesse de langage !

     

    Michel Bouquet : Au théâtre, il y a la parole mais la parole ne dit pas tout et très souvent avec la parole, les personnages mentent. Ils mentent à eux-mêmes et mentent aux autres par la parole tandis que par l’action, la vérité qui est derrière la pièce, qui est dans la situation de la pièce, cela dit beaucoup plus la vérité que les paroles dites par les personnages.

     

    Je me délecte de ses mots, de son discours.

    Je me retrouve un peu comme un étudiant en art dramatique qui écoute un maître de science théâtrale venu donner une conférence sur ces sujets  passionnants quand on brûle du désir de faire du théâtre, de devenir un comédien.

    Ce qui a toujours été mon cas et qui  l’est toujours du reste !

     

    Michel Bouquet : La grande force d’un auteur dramatique est de construire quelque chose par derrière qui soit véritablement grand, horrifique, dangereux, terrifiant, qui ne sera jamais dit mais que la pièce contient et croyez-moi, le public ne s’y trompe pas.

    Je pense que le public  est plus intéressé par ce qui n’est pas dit que ce qui est dit !

    Tout au moins, c’est mon point de vue ! Le public retient vraiment mon attention. Il a besoin de la vérité, de l’art, du témoignage des grands hommes qui ont fait le théâtre.

    Il a besoin aussi de savoir que ces génies que sont Shakespeare, Molière, Beckett, Pinter, tous ces grands, sont comme eux. Ce sont leurs frères qui témoignent pour eux et en fonction d’eux.

    Les gens qui viennent au théâtre n’ont rien  à apprendre mais ils aiment se reconnaître et se dire que les grands auteurs parlent en leur nom et pour eux de façon à essayer de le libérer de tout ce qui peut les rendre malheureux, les angoisser et également fortifier les certitudes.

    Donc, si vous voulez, tout ce travail, c’est un échange.

    Et on ne peut pas prendre le public pour un imbécile parce que c’est soi-même que l’on prend alors pour un imbécile parce que la chose se retourne. 

    Et parler du public, c’est essentiel que ce soit pour ceux qui se destinent au théâtre et pour tous ceux  qui aiment le théâtre.

    Je me demande si je ne suis pas en train de vous ennuyer avec  tous mes propos tellement sérieux, austères…

     

    - Non, tout au contraire.

    C’est passionnant de vous écouter.

    Je vous en prie Michel Bouquet, continuez votre exposé.

    Il est d’une qualité supérieure !

     

    Michel Bouquet : Je vous remercie pour ce compliment.

    (Avec le sourire) Je continue  alors…

    Je pense sincèrement et avec conviction que le public a  droit aux plus belles choses.

    Il faut tendre vers ce but pour s’honorer soi-même.

    Ce que l’acteur fait avec l’auteur, c’est essayer de trouver le plus beau témoignage possible dans la matière universelle du théâtre et la restituer humainement.

    C’est là le sens de notre démarche et je considère que l’on ne peut pas se prétendre un acteur si l’on n’est pas animé de ça.

    Un acteur n’a rien à apprendre au public.

    Il a tout  à découvrir de lui, mais rien à lui montrer.

    Et un acteur qui déraille, c’est un acteur qui se met à penser à lui comme personnage important, intéressant. Alors là, c’est fichu. S’il regarde son nombril, ça n’intéresse personne. Non.

     

    - Est-ce ainsi que vous vous adressez à vos élèves  au Conservatoire de Paris ?

     

    Michel Bouquet : Ah oui bien sûr. Vous savez, on ne peut pas apprendre à jouer la comédie à quelqu’un, c’est absolument impossible.

    Ce que l’on peut dire à un élève, ce sont les responsabilités qui sont les siennes, de prendre le personnage tel qu’il a été écrit par l’auteur et de le respecter le plus possible.

    Essayer aussi de lui faire comprendre la responsabilité d’ordre moral qui est la sienne, de respecter la vie à l’intérieur du personnage, de respecter le public qui est devant lui.

    Voilà ce que l’on peut apprendre. La leçon est nécessaire …

     

    Quelle  merveilleuse et intelligente démonstration de ce que représente et le théâtre et l’acteur qui s’y produit !

     

    - Michel Bouquet, vous jouez les grands auteurs. Vous n’avez pas l’envie de les mettre en scène ?

     

    Michel Bouquet : Ah non, pas du tout, c’est un travail particulier la mise en scène.

    Moi, je suis trop occupé avec mon travail d’acteur, je ne peux pas en plus m’occuper de choses matérielles de cet ordre parce que je ne le ferais pas bien. Et puis, j’ai besoin de toute mon attention, de toute ma concentration pour mon jeu de scène.

    Vous savez, jouer une pièce tous les soirs, une pièce importante  j’entends, même si on la joue deux cents, trois cents fois, c’est une épreuve terrible.

    Alors, si on veut le faire  bien, c’est très compliqué.

    Non vraiment, je le  répète encore, il ne faut pas mélanger les choses. On est dans une époque où l’on mélange justement trop les choses.

     

    - C’est intéressant ce que vous dites là, Michel Bouquet.

    Tant de gens s’imaginent que le métier d’acteur consiste uniquement à  jouer le soir.

    Que c’est un métier totalement reposant et facile.

     

    Michel Bouquet : Oui, je sais, cela m’a  été dit souvent…

    Etre un acteur, c’est une somme de réflexions  incroyables sur des milliards de pensées.

    C’est un travail énorme, gigantesque et passionnant !

     

    Une fois encore, un tout grand merci Cher Michel Bouquet pour vos propos plein de richesse…

    Nous vous reverrons bientôt, nous l’espérons.

    Peut-être encore au Jean Vilar de Louvain-la-Neuve de notre ami Armand Delcampe, son directeur.

     

    Michel Bouquet : Armand, c’est un  ami, un être très cher et quelqu’un  pour qui j’ai une très grande  admiration…

     

    Qui sait ?  Michel Bouquet  reviendra peut-être  y jouer un Molière : « Le Malade Imaginaire »   par exemple…

     

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    Michel Bouquet : Ce serait un bonheur  de jouer Molière ! Et plus encore ce « Malade… »

     

    Michel Bouquet, une toute dernière question :

    Vous avez un rêve de bonheur ?

     

    Michel Bouquet : Ah non, je n’ai pas de rêve de bonheur. Je fais mon bonheur avec les choses que j’ai sous la main.

    Non, non, je n’ai pas de rêve de bonheur particulier, non. On n’est pas là uniquement pour ça quand même…

     

    - Merci encore pour cet entretien…

     

    Michel Bouquet (souriant de son petit air malicieux) :

    Merci à vous.  Votre compagnie m’a été très agréable !

     

    Vraiment, un tout grand Monsieur que Michel Bouquet,

    qui a commencé sa longue carrière d’acteur au lendemain de la seconde guerre mondiale…

    Que le cinéma et plus encore le théâtre, lui prêtent  vie encore longtemps…

    En attendant impatiemment son retour en Belgique…

    Michel Bouquet est né le 06 novembre 1925.

     

    26 décembre 2011 : Michel Bouquet annonce qu’il renonce dorénavant à se produire sur scène.

    Il continuera néanmoins, à participer à des productions de films  tant pour le cinéma que la télévision.

     

    Quelques mois plus tard…

    On peut lire sur l’Internet que l’acteur français bien connu jouera bientôt au Théâtre des Nouveautés de Paris la célèbre pièce d’Eugène Ionesco   « Le Roi se meurt »,  mis en scène par Georges Werler !

    Il n’a jamais que 87 ans, tout est possible…

    A vous revoir au Théâtre, Cher Monsieur Bouquet !

     

     de Roger Simons - PLUIE DE STARS  (ENTRE SCENE ET MICRO) - 

    et  Michel  Metteur En Web

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  • Episode Jane Birkin - Souvenirs d'une passion - PLUIE DE STARS

    B- Jane BIRKIN

     

    « Signalement

    « Yeux  bleus

    « Cheveux châtains

    « Jane B.

     

    Jane  avec son délicieux accent anglais qu’elle conserve pour le plaisir : Je suis Jane B.

     

    « Anglaise

    « De sexe féminin

    « Age : entre vingt et vingt et un

    « Apprends le dessin

    « Domiciliée  chez ses parents

     (Chanson « Jane B » - Gainsbourg/Birkin)


    Jane Birkin : (riant) Je mesure 5 pieds et 7 pouces.

    Pas de signe particulier.

    Pas de don exceptionnel mais je suis là.

     

    De dons peut-être pas quoique…mais de qualités, certes, oui.

    Elle en possède à l’infini.

    C’est une femme avec qui on est bien immédiatement : gentille, simple, authentique, amicale,  tendre, affectueuse, chaleureuse, généreuse.

    Et qui dégage un charme des plus séduisants.

     

    « Les dessous chics

    « C’est une jarretelle qui claque

    « Dans la tête comme une paire de claque

     

    « Les dessous chics

    « C’est se garder au fond de soi

    « Fragile comme un bas de soie

    (« Les dessous chics –/Serge Gainsbourg/ Jane Birkin)

     

    Je l’ai rencontrée et interviewée une belle poignée de fois  à Paris, Cannes, Bruxelles.

    Sur un tournage, dans sa loge  de théâtre,  chez elle rue de Verneuil 5 Bis, la maison de Serge, à l’époque où ils vivaient ensemble !

     

    Jane Birkin : Je ne me suis jamais beaucoup aimée pour ne pas dire : pas du tout, et s’il m’est arrivé de me trouver jolie ou même belle, c’était  toujours par le regard des autres, plutôt de ceux qui étaient amoureux de moi, ou même qui me regardaient tout simplement  C’est sans doute pour ça qu’on devient actrice…

     

    Jane a joué dans moult pièces, elle a reçu le « Molière »  de la meilleure comédienne pour son interprétation dans la pièce d’Horowitz : « Quelque part dans cette vie ».

    Je l’ai vue aux côtés du grand comédien, ex administrateur de La Comédie Française, Pierre Dux.

    Elle était  touchante, émouvante, authentique.

     

    Jane : Je suis venue au théâtre malgré moi.

    Pour moi, à chaque pièce doit correspondre un climat.

    Au théâtre, on a le droit de discuter avec son metteur en scène.

    Au cinéma, on ne discute pas. On « obéit » !

    C’est extraordinaire de travailler  avec Jean-Loup Dabadie, tout comme avec Patrice Chéreau qui m’avait mise en scène pour « La Fausse suivante »  de Marivaux…

    Je vais te faire un aveu : je ne connaissais même  pas Marivaux quand on m’a proposé le rôle.

    Je n’avais jamais fait de scène et  - comme tu l’as souligné - j’avais conservé (elle rit)…pour le plaisir… mon accent anglais.

     

    -Jane, comment vois-tu l’acteur ?

     

    Jane : L’acteur qui m’intéresse, c’est celui qui a une personnalité en dehors du rôle qu’il interprète.

    J’ai toujours été  intéressée par des êtres qui sont différents, marginaux. Je suis pour que les gens puissent vivre leur différence.

    J’aime aussi être excessive.

    J’aimerais tellement qu’on me filme comme si j’étais transparente, anonyme, comme si j’étais n’importe quoi…

     

    Agnès Varda (réalisatrice) : Tu es belle comme la rencontre fortuite sur une table de montage d’un androgyne tonique et d’une Eve en pâte à modeler.

     

    Jane Birkin (à Varda): J’ai accepté de faire l’actrice et aussi d’être ton modèle !

     

    « C’est un aquoiboniste

    Qu’a pas besoin d’oculiste

    Pour voir la merde du monde

    A quoi bon.

     

    Un aquaboniste

    Qui me dit le regard triste

    Toi je t’aime les autres ce sont

    Tous des cons.

    (« L’aquoiboniste » – Gainsbourg – Birkin)

     

    J’ai passé des moments délicieux et inoubliables avec Jane.

     

    1. Festival de Cannes –Une villa.

    Jacques Doillon  tourne « La Pirate » avec  Jane Birkin, Andrew Birkin (son frère), Philippe Léotard et Marushka Detmers.

     

    Je demande  à l’attaché de presse sur ce film  un rendez-vous avec Jane…

     

    Jane Birkin Filmographie.jpg

    Allocine filmographie Jane Birkin

    L’attaché de presse (son  nom m’échappe) : Non, ce n’est pas possible. Elle est de tous les plans.

    Pas une seule seconde de liberté.

    Je regrette.

    ...

    Je suis quelqu’un de persévérant.

    Je me bats jusqu’au bout pour obtenir ce que je désire ! Je guette Jane au passage.

    Je la vois.

    Je me précipite sur ses pas.

    Je lui dis ce que m’a dit son attaché de presse.

     

    Jane : N’y prête pas attention.

    Il ne sait pas ce qu’il dit.

    Écoute : patiente une quinzaine de minutes.

    J’ai un plan raccord à faire… Va m’attendre au bout du jardin…

     

    Et elle m’embrasse.

    Elle s’encourt et je vais jeter un œil sur les vagues duveteuses de la Méditerranée.

    Il fait délicieux. Un peu de vent, juste ce qu’il faut !

    Moins de quinze minutes plus tard, elle « me » revient souriante et détendue.

     

    Jane : Allons-y ! J’ai une bonne demi-heure à passer avec toi.

    Comment fait-il à Bruxelles ? Tu as vu Marushka ?

     

    - Ton attaché de presse m’a dit qu’elle était malade !

     

    Jane (riant) : Pas du tout. Je lui dirai que tu es là.

     

    Une sacrée femme tout à fait  exceptionnelle  Jane !

     

    « Di doo di doo di dah

    « o di doo di doo dah

    « mélancolique et désabusée

    « di doo di doo di dah

    « j’ai je n’sais quoi d’un garçon manqué

    « di doo di doo di dah…

    (« Di doo dah- Gainsbourg/Birkin)

     

    Jane : Je suis arrivée à Paris en 1965,  revêtue d’un uniforme.

    C’étaient  les mêmes vêtements, le même petit panier, la même minijupe que je portais dans « Passion Flower Hôtel ».

    Je venais de jouer cette comédie musicale à Londres au « Prince of Wales Theater ».

    Tu connais ?

    Je n’avais rien d’original, mais les Français m’ont  trouvée originale.  (riant) Je le suis devenue par sursaut d’humour.

     

    17 heures 15 : Marushka Detmers descendait le perron de la villa où se tournait le film avec une élégance rare et un petit air de santé des plus vivifiants.

     

    1. Bruxelles. Un grand hôtel de la capitale européenne situé dans le quartier de la Porte de Namur.

    Une magnifique rencontre avec Agnès Varda, réalisatrice du film « Kung Fu Master » dans lequel Jane joue le personnage d’une femme de quarante ans amoureuse d’un garçon  d’une quinzaine d’années, passionné par les jeux électroniques.

     

    - Jane, c’est surprenant cette histoire de cette femme  pratiquement amoureuse de ce jeune garçon, non ?

     

    Jane : Pas pratiquement, elle est  amoureuse de ce garçon par manque de lui déjà.

    Il est épris de moi un petit peu, moi je me suis laissée prendre au jeu. Pour lui, c’est peut-être plus confus.

    Va savoir ! En tout cas, c’est une histoire d’amour…

    Pour tout te dire, c’était une idée qui me trottait dans la tête depuis un bon moment.

     

    - Jane, peut-on imaginer une femme dans la quarantaine amoureuse d’un garçon de 15  ans ?

     

    Jane : Mais oui. Je suis sûre que dans les écoles par exemple où il y a un petit garçon un peu plus solitaire que les autres, il doit y  en avoir de ces femmes ! Ça les fascine  qu’il puisse être intéressant.

    On peut être troublé par un jeune qui prend le temps de discuter avec toi et qui te trouve attrayante, captivante.

    J’en rencontre souvent de l’âge de Charlotte.

    Ce qui me plaît, c’est que ce jeune garçon dans le film est  joué par Mathieu, le fils d’Agnès Varda et Jacques  Demy !

    Entièrement concentré au moment du tournage et capable  de donner des émotions d’une grande intensité. Il dit juste. A moi aussi de l’être.

    Il a été très pudique dans son comportement et moi, j’espère que je n’ai pas du tout violé sa jeune personne en faisant ce film avec lui.

    Je trouve que c’est très dangereux d’être un enfant de parents connus, c’est très embarrassant pour lui !

     

    Et Agnès Varda est intervenue dans notre conversation pour  nous donner son point de vue en ce qui concerne le problème de ces enfants de la balle…

     

    Agnès Varda : Vous savez, Jacques et moi, tous deux cinéastes, nous avons conscience que c’est parfois étouffant pour un enfant de travailler avec ses parents.

    Cela dit, dans des familles de cirque par exemple, on ne trouve pas du tout anormal que les enfants funambules montent sur le fil très jeunes, et que dans les familles d’acrobates, les gosses fassent des acrobaties,  dangereuses parfois…

    C’est une façon de vivre avec eux.

    D’apprendre un métier !

    Et comme le disait tout à l’heure Jane, ils ont un don de concentration supérieure aux adultes.

     

    -Agnès Varda, j’aime beaucoup votre façon de définir  Jane…

     

    Agnès Varda : Dans le monde du  spectacle -que ce soit au théâtre ou au cinéma – Jane est très différente des autres.

    C’est la petite sœur, la fiancée de tout le monde, c’est la petite adolescente qui n’a jamais vieilli, c’est la longue Jane Birkin avec ses petits tee-shirts, ses souliers plats, jamais de maquillage, jamais de coiffure, ses cheveux dans les yeux, sa façon de raconter sa vie privée…

    Et l’on s’aperçoit qu’elle est pudique, très particulière, très respectueuse, très loyale, d’une loyauté extraordinaire d’ailleurs envers les hommes qu’elle a aimé, envers les choses aussi, les époques de sa vie, les gens avec qui elle a travaillé.

    Un incroyable respect du métier.

    Une magnifique et vraie professionnelle.

    Une fantastique comédienne capable de s’investir dans une fiction ou une pièce très loin d’elle-même.

    Jane est souvent émouvante– et en même temps- pathétique, sincère ou hystérique, passionnée.

    Mais vous la connaissez bien…

     

    « Norma Jean Baker

    « One two three o five

    « Norma Jean Baker

    « Fifth Helena drive

    « Qui sait maintenant où elle est

    « Peut-être plus à L.A…

    («  Norma Jean Baker » – Gainsbourg/Birkin)

     

    Paris, il y a longtemps… 

    Je me dirige vers la rue de Verneuil au numéro 5 bis…

    Je frappe à la porte de la maison avec un petit marteau en fer, un heurtoir quoi…

    Trois fois comme au théâtre … Un temps.

    La porte s’ouvre et apparaît Serge Gainsbourg, étonné de me voir et ne sachant pas qui je suis, ni pourquoi je frappe à sa porte…

     

    - J’ai rendez-vous avec Jane…

     

    Il me propose de m’asseoir, il m’offre à boire et disparaît…

    J’attends Jane…Serge  repasse sans dire un mot…

    Encore quelques minutes, le temps d’observer les objets et meubles se trouvant dans cette pièce du rez-de-chaussée,  presque un musée,  toute habillée de noir…  et arrive Jane.

    Elle s’excuse du petit retard.

    Je commence à l’interviewer, je dirais presque comme un ami…

    c’est plus un bavardage qu’une interview,  et pendant ce temps-là, Serge passe et repasse devant nous…

    Il sourit mais ne dit pas un mot…

    Aurait-il l’envie d’être lui aussi interviewé ? 

    C’est un moment où l’on s’intéresse plus à Jane qu’à lui…

    Tout en regardant avec passion Jane, je me demande ce que je vais faire…

    J’hésite et à l’instant même, Jane m’invite à la suivre dans sa chambre du premier étage pour continuer  notre conversation enregistrée…

    Quelle belle chambre de…femme pleine d’objets divers et, alors quand Jane vide son grand sac, c’est la caverne d’Ali Baba.

    J’oublie Serge que je ne reverrai plus…

    Mais j’entends subitement le son du piano noir qui se trouve dans la pièce noire du rez-de-chausée…

    Le poète, le provocateur est toujours là…

    Jane se rapproche de moi et continue  à me parler de choses et d’autres…

    L’envie que j’ai ressentie à ce moment-là : la prendre affectueusement dans mes bras et l’embrasser…

    Mais… Coupez.

    Pause !

    Jane Birkin Serge Gainsbourg 1976.jpg

     

    « Gainsbourg et son Gainsborough

    « Ont pris le ferry-boat

    « De leur lit par le hublot

     »Ils regardent la côte

    « Ils s’aiment et la traversée

    « Durera toute une année

    « Ils vaincront les maléfices

    « Soixante-neuf année érotique

    « Soixante-neuf année érotique…

    («  69, année érotique »/Gainsbourg/Birkin)

     

    J’ai revu Jane, souvent, à Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts où Jane nous a offert un récital tout à fait extraordinaire, unique !

    J’étais installé au balcon de la salle Henri Le Bœuf.

    Jane se déplaçait un peu partout, micro en main.

    Elle était merveilleuse.

    Elle m’a repéré.

    Elle est venue vers moi.

    J’étais très intimidé.

    Je ne savais pas où me mettre.

    Elle a continué à chanter tout contre moi…Je craquais, je fondais de plaisir…

    Et tout le monde me regardait…

    Ce fut pour moi une soirée restée sur le disque dur de ma mémoire…

     

    jb_jteme.jpg

    everyone-loves-jane-birkin

    « Je t’aime

    « Oh oui je t’aime

    « Moi non plus

    « Oh mon amour

    « Comme la vague irrésolu

    « Je vais,  je vais et je viens

    «Entre tes reins

    «  Je t’aime. Je t’aime. Moi non plus » / Gainsbourg/Birkin)

     

    Stop. Censure…

     

     Aussi sur le Site Officiel Jane Birkin

     de Roger Simons - PLUIE DE STARS  (ENTRE SCENE ET MICRO) - 

    et  Michel  Metteur En Web

     

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  • Episode Julos Beaucarne - Souvenirs d'une passion - PLUIE DE STARS

    B- Julos BEAUCARNE

    C’était un opéra où il y avait 80 personnes des deux sexes en scène qui chantaient «Intimité » devant 3.000  personnes.

    Une musique qui s’écouterait avec les yeux comme des yeuses dans du vent fou,  comme un climat extra doux une musique comme Vous.

    Le rire s’est flanqué par terre. Quand il s’est relevé, il est devenu gravité.

    (Julos Beaucarne)

    beaucarne1.jpg

     

    Paris. Rive droite Un cabaret.

    En scène, des musiciens et le poète.

     

    Julos  Beaucarne: Nous sommes 180 millions de francophones dans le monde.Voilà  pouqwe no ston firs dyesse wallons. (Voilà pourquoi nous sommes fiers d’être wallon)


     

    Et le public d’applaudir avec chaleur Julos Beaucarne, le poète, le troubadour de Tourinne-la-Grosse (Brabant Wallon Belgique)

    Une fois encore, Julos triomphe à Paris au 23 Avenue du Maine, près de la gare Montparnasse au lieu dit : « La Cour des Miracles »

     

    Julos  Beaucarne: Mes chansons en wallon  plaisent beaucoup.

    On les comprend.

    Bien sûr, j’explique un petit peu le sujet avant de chanter.

    Il faut dire aussi que le wallon est une langue latine.

    Les Parisiens aiment beaucoup « Les intellectuels fatigués », une chanson qui se termine par ces mots :…

    « À force de péter trop haut, le cul prend la place du cerveau ».

     

    Julos est un grand ami, de longue date. Je l’ai toujours apprécié.

    Non seulement le  poète wallon mais aussi l’homme !

    C’est  lui qui a fait découvrir l’âme wallonne, à travers tout le pays mais aussi en France, en Suisse et au Canada !

    Julos, un chanteur très populaire !

     

    « Les mots sont très sympathiques, ils gagnent à être connus. »

    (Julos Beaucarne)


     

    Je suis allé le voir une fois au Théâtre Mouffetard de Paris.

     

    Julos  Beaucarne: Le Théâtre Mouffetard, ce n’est pas à proprement parler un théâtre. C’est ce qu’on appelle « la maison de tous ».

    Il y a beaucoup d’activités dans ce bâtiment : du karaté, du judo, de la voile aussi pour les gens du Grand Large.

    Chaque jour, des activités particulières. Chaque soir aussi, et même le dimanche, c’est le Théâtre !

    Les artistes se produisent à 8 heures, à 10 heures. C’est toujours plein comme un œuf.

     

    -Dis-moi, Julos, la rue Mouffetard, c’est un peu spécial ?

     

    Julos  Beaucarne: Oui. C’est un peu les souks parisiens.

    Quand on y passe, on sent la mer, comme si on était en bord de mer. C’est merveilleux la mer à deux pas de l’Etoile.

    Et puis, on y vend  tous les fruits de la Création !

     

    Y a-t-il une corrélation quelconque entre la rue et le théâtre ?

     

    Julos  Beaucarne:  En fait, le théâtre fait partie de la rue et la rue fait partie du théâtre.

    Il y a des gens de la rue qui sont montés dans le théâtre et puis moi, à un certain moment, je suis allé dans la rue chanter pour que les gens viennent au théâtre.

     

    « Je rêve d’un concert que je donnerais, où je pourrais me taire pendant deux heures et que personne ne s’ennuie »

    (Julos Beaucarne)

     

    -Julos, je te connais depuis un bon moment.

    Nous bavardons souvent toi et moi, de choses différentes.

    Mais finalement, je ne connais pas vraiment l’univers dans lequel tu vis, dans lequel tu te plonges à loisir !

     

    Julos  Beaucarne: Mon univers est très changeant parce que, ce que j’écris aujourd’hui n’est plus pareil à ce que j’écrivais, il y a 10 ans.

    Tout évolue en fait. Aujourd’hui, je ne suis pas tout à fait pareil de ce que j’étais hier, et demain sera différent.

    C’est la même chose pour la chanson.

    Pour moi, mon univers, ce serait de coller à la vie, de prendre le cheval au galop.

    Mais à la réflexion, il n’est pas bien précis mon univers.

    On ne peut pas l’étiqueter. Si on lui met une étiquette il est foutu. 

     

    « Le tracteur  du crépuscule se démonte avec l’aurore !

    (Julos Beaucarne)  

     

    -Julos, c’est où exactement l’endroit où tu vis, où tu es né ?

     

    Julos  Beaucarne: Ce n’est pas loin de Louvain-la-Neuve, pas très loin non plus de Wavre.  C’est près d’Hamme Mille.

    Il y a un fleuve immense qui passe chez nous : la Nethen.

    Ce n’est pas le Saint-Laurent bien sûr mais enfin, on fait ce que l’on peut.

    C’est un endroit relativement calme.

    Il y a l’air pur de la campagne puis parfois, des musiques qui viennent non pas du vent mais de certains engins qui sont comme de gros oiseaux qui se promènent dans l’air dans un vacarme assourdissant.

    On se demande parfois pourquoi.

    Quand il fait beau, le vacarme monte de quelques décibels encore.

    Les dimanches et les jours fériés, c’est la trêve !

    Les avions ne sortent pas du hangar. Merci Seigneur ! 

     

    -Beauvieuxchien est à côté de Tourinne…

     

    Julos  Beaucarne: Excuse-moi, ce n’est pas «  beauvieuxchien »

    mais bien Beauvechain, tout à côté de Tourinne la Grosse.

     

    -Pardon Julos…Comment y vis-tu à Tourinne ?

     

    Julos  Beaucarne: Comme chacun. La vie chez nous, c’est un peu comme toutes les vies.

    On se lève le matin. On se couche le soir. Pas toujours très tôt.

     

    « Petites fermes campagnardes avec vos gros lapins et vos gros cochons, nourris de l’herbe des prés.

    Petites poules, poulettes pondant à votre gré, vous êtes presque passées dans la légende.

    Les cochons aujourd’hui sont enfermés les uns sur les autres dans des building clapiers de campagne.

    Ils reçoivent des aliments pré mâchés soigneusement préparés.

    On a mis les poules et les poulettes au travail à la chaîne.

    Elles pondent comme des mitrailleuses.

    Rien de ce qui fait l’aliénation humaine ne sera épargné aux animaux de basse-cour.

    (Julos Beaucarne)

     

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    Julos  Beaucarne: C’est un constat.

    Les fermes sont devenues des usines.

    Mais malgré tout, la nature me  passionne !

    Je suis un peu comme un sanglier qui revient à sa tanière quand je retrouve les bois, les forêts.

    Il y en a une près de chez nous : la forêt de Merdael.

    Il y a un grand chêne là-bas qui a 300 ans.

    Si on ne va pas lui dire bonjour au moment où l’on pénètre dans la forêt, il peut vous arriver malheur.

    Il faut aller l’embrasser parce que c’est le Maître.

    Moi, je vais toujours l’embrasser.

    Je lui donne deux ou trois bisous et puis, je m’en vais tranquille.

    C’est comme si je regardais Saint Christophe !

     

    « Des primevères ont fait leur apparition dans le bois de la Houssière.

    Le front de libération  des arbres fruitiers revendique la responsabilité de cette manifestation de la vie »

    (Julos Beaucarne)

     

    Un dimanche, j’avais demandé à Julos Beaucarne de participer  à l’une de mes émissions radiophoniques  dans les studios  de la RTBF à Mons.

     

    Julos  Beaucarne: Je suis arrivé par un petit sentier qu’on appelle l’autoroute de Wallonie.

    Il faisait très beau sur la route.

    J’ai croisé sur ma gauche, avant de rentrer dans Mons, une espèce de grande mer intérieure qui s’appelle « Le Grand Large », et il y avait beaucoup de vent parce que tout le monde était penché dehors.

    Puis, j’ai aperçu le beffroi et je me suis dit, parce que télépathiquement j’entendais des appels répétés à la radio :

    « Où est Julos ? Où est-il ? Que fait-il ? »,

    j’ai compris que je devais accélérer le pas.

    Je suis arrivé marche forcée comme les romains jusqu’à Mons et puis là, j’ai essayé de découvrir le maïeur.

    Il était absent, mais on m’a dit qu’il était dans le jardin.

    Et c’est comme ça que je suis arrivé au Jardin du Maïeur.

    Je venais de Tourinne-la-Grosse…Quel beau voyage j’avais fait !

    Et c’est ainsi que  je t’ai rejoint dans ton studio hennuyer.

    Tu ne m’en veux-tu pas de ce retard ?

    - Mais non, Julos,

    j’ai passé plusieurs de tes chansons.

    Allez, je demande l’antenne…

     

    (A l’antenne, en direct  de la RTBF) :

     

    Julos, tu  procèdes souvent  à des enregistrements.

    Tu as toujours un petit magnétophone sur toi.

     

    Julos  Beaucarne: Oui, mais pas un Nagra comme toi.

    Un tout petit enregistreur, une sorte d’agenda.

    J’enregistre tout ce qui me passe par la tête.

    Quand je suis seul en voiture, j’ai beaucoup d’inspiration.

    Dans les trains aussi. Le mouvement peut-être.

    J’emporte également de nombreux petits carnets sur lesquels je prends  des notes en chemin de fer, en voiture ou au bistrot.

    Ces petits carnets, c’est peut-être l’œuvre de ma vie !

     

    (Hors antenne)

     

    On s’écoute deux de ses chansons.

    Une habitude, une tradition de la radio : couper un entretien de plusieurs musiques ou chansons pour éviter la fatigue d’écoute de l’auditeur.

    Une erreur profonde, car si quelqu’un s’exprime bien et vous raconte de belles histoires, pourquoi lui enlever la parole pendant 2, 3, 4 ou 5 minutes.

     

    (A l’antenne, en direct de la RTBF)

     

     Julos, tu as dirigé le ballet de Soignies, m’a-t-on rapporté ?

     

    Julos  Beaucarne: Oui, mais tu sais, j’ai un passé très chargé.

    On m’avait demandé à Soignies de diriger le Corps de Ballet pour une opérette classique : « No No Nanette »  de Franz Léhar je crois.

    On m’avait donné une partition et les jeunes danseuses du Ballet devaient évoluer  selon la mesure.

    Elles devaient  suivre le rythme.  Comme de ce temps-là, je n’étais pas très fort en musique, mes danseuses arrivaient toujours trop tôt et elles se cabraient dans une attitude hiératique  qui n’était pas de bon ton.

    Ou alors, elles arrivaient trop tard et la scène suivante avait déjà commencé.

    J’ai tout de même amélioré mes connaissances  musicales…

     

    -Tu joues d’un instrument ?

     

    Julos  Beaucarne: Pas un seul. Trois : de l’accordéon, de l’harmonica – pas comme Toots Thielemans évidemment- et de  la guitare.

    Et tu ne me croiras pas : je fais des claquettes aussi !

     

    « Avoir grimpé des monts d’histoire pour arriver seulement là. »

    (Julos Beaucarne)

     

    Julos Beaucarne !

    Un homme exceptionnel !

    Un vrai et grand poète du vingtième siècle !

    Ne l’appelle-t-on pas : « Le Brassens wallon » !

    Il est plus que cela : il est Julos !

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    julos-beaucarne chansons-et-contes-pour-les-enfants

     

    Quelques semaines plus tard, je recevais une boîte de construction avec dedans un contact humain et un plan de montage.

    Un cadeau magnifique !

    Sacré Julos ! Je t’aime !

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    sur youtube           Julos beaucarne

     

     de Roger Simons - PLUIE DE STARS  (ENTRE SCENE ET MICRO) - 

    et  Michel  Metteur En Web

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