• Episode 2 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion

    Si vous voulez connaître la suite de ma vie,

     remontez votre gramophone à rouleaux ou si vous préférez votre phonographe à disques…

     

    Bonjour à Vous...


     

    Une petite pièce éclairée par un lampadaire à l’abat-jour couleur café.

    Tout à côté, une femme courbée sur sa machine à coudre : ma mère au travail, couturière. On disait «tailleuse » à l’époque.

    C’est elle qui m’a fait découvrir le théâtre alors que je n’avais que huit ans.

    Fatiguée, car elle se tuait à l’ouvrage pour gagner quelques sous, elle me conduisait

    au Théâtre Royal où l’on jouait l’opéra et l’opérette,

    au Trianon où se dépensaient des acteurs wallons,

    à la Populaire – Théâtre de l’Ambigu, situé au fin fond du grand café,

    au Théâtre Royal du Gymnase «  Un théâtre assassiné » comme l’a écrit Marcel Conrad, où l’on jouait de belles comédies écrites par de grands auteurs dramatiques de l’époque :

    Henry Bernstein, Jean Sarment,  Henry Bataille, Georges Neveux, Louis Verneuil, Henri Becque, René Fauchois, Jean-Jacques Bernard, Jacques Deval, Robert de Flers et Gaston Arman de Caillavet, Marcel Achard et les autres…

    Personnellement, j’aimais bien la scène du Gymnase sur laquelle j’ai diablement joué pendant trois ans.

     Claude-André Puget (dramaturge) :

    « Le Théâtre Royal du Gymnase, qui symbolise à Liège cette union intime entre les cultures belge et française et qui en est un des hauts lieux, ne doit pas disparaître ! »

     Maurice Escande (comédien) :

    « Le Théâtre Royal du Gymnase à Liège, c’est l’un des derniers refuges du bon, du vrai théâtre »

     Pierre Fresnay :

    « Pour tout acteur qui aime son métier, le Gymnase est une maison modèle. »

     Raymond Gérôme (dramaturge, comédien et metteur en scène):

     « Un vrai théâtre, bien tyrannique. Une de ces maisons où l’on entre à neuf heures du matin, et d’où on sort vers minuit, rompu, sale, la gorge brûlée de café et de cigarettes, mais heureux d’avoir exercé ce Métier ».

     Claude Etienne (comédien, metteur en scène, fondateur et directeur du Rideau de Bruxelles) :

    « D’abord, le Gymnase, c’est un beau, un vrai théâtre, un rouge vaisseau dont il est gai de hisser la voile et dont le capitaine est l’homme le plus respecté des capitaines d’ici, et le second, un fils de la bonne et belle tradition (Joseph et Charles Joosen).

    Heureux passagers de ce paquebot de haute ligne, savez-vous qu’il est aussi bon pour nous de jouer devant vous que d’assister à nos jeux, baignés que nous sommes, nous et vous, par ces rouges, ces ors et ces lumières incomparables que l’on ne trouve que dans ces hauts lieux de rendez-vous de l’esprit et du cœur, tel le Gymnase… »

    Je remercie de tout cœur  Marcel Conrart d’avoir publié dans ses ouvrages « Histoires des Théâtres de Liège » (Editions du Céfal) ces beaux textes écrits par de grandes personnalités qui rendent hommage à ce Théâtre Royal du Gymnase, témoin de mes premières armes d’acteur !

    J'étais heureux de jouer au Gymnase et de quitter le théâtre à la fin de la représentation, applaudi par le public ... Cabot va!


    Hélas, ce « Palais de la Comédie » allait se perdre dans les décombres de la place Saint-Lambert.

    Mais avant de descendre le rideau rouge pour la dernière représentation, la star de ce théâtre, René Rongé - le sympathique auteur - acteur que j’avais admiré et applaudit môme et avec qui j’avais joué au Gymnase par la suite, avait écrit une pièce au titre révélateur (déjà jouée  plus de deux cents fois en Belgique, France et Suisse) : « J’aurai le dernier mot », un vaudeville à la sauce anglaise…

     Janine Robiane  (autre star du Gymnase, décédée en  février 2011) : « Je ne voudrais pas qu’on s’imagine que la fermeture du Gymnase fut un enterrement de première classe. Au contraire, cette fermeture s’est terminée en apothéose ! »

     José Brouwers (ex-directeur du Gymnase) :

    « L’ancien Gymnase a sombré dans l’océan de la bêtise politique. »

    De grandes stars françaises étaient venues dans le passé se produire au Gymnase :

    Sarah Bernhardt, Maurice Chevalier,  Louis Armstrong, Django Reinhardt, la môme Piaf, Charles Trenet, Marie Bell, Pierre Blanchard, Bernard Blier, Pierre Brasseur, Simone Renant, Danièle Delorme, Jean Poiret, Raymond Rouleau, Paul Meurisse, Juliette Gréco, Michel Serrault et d’autres, et d’autres…


     « Ne pas se rendre au théâtre, c’est comme faire sa toilette sans miroir » (A. Schopenhauer)

     

    A suivre...    A dimanche prochain !

    Pour un nouvel extrait de mon livre mémoire "ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE"

    Roger Simons

     

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  • Episode 1 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion


    " Itinéraire d'un saltimbanque fou de théâtre "

    Episode 1

    L’intervieweur : Quel âge avez-vous ?

    L’interviewé : Ca change tous les jours…J’ai un trou…

    Le souffleur : … de mémoire !

    J’ai la mémoire qui flanche

    J’me souviens plus très bien

    (dixit: Jeanne Moreau)

    Ce dont je me souviens bien, c’est de ma naissance, une belle journée du mois d’août sur le coup de vingt heures trente, le moment où le régisseur du théâtre frappe les douze coups et que se lève le beau rideau rouge.

    Sur la place St Lambert

    Sur la place d’la République française

    Sur la place du Perron

    Sur la place de l’Université

    (Extrait: Les Places de Liège/Françoise Laroche)

     

    Je suis né à Liège (ardente province belge « Viv ‘ Li nom Lîgeois ») au lieu dit « Café des Artistes » place du Théâtre, en côtés des rues Haute et Basse Sauvenière, face à la statue d’André Modeste Grétry (la statue et le cœur du compositeur, déménagés en 44 par les Allemands et récupérés… heureusement en 45).

    Grétry - la tête de proue de l’Opéra !

    Côté coeur : C'est au Théâtre Royal de Liège, que se joueront les opéras d'André Modeste Grétry tel " Zémire et Azor" dont la première représentation a eu lieu le 04/11/1820

    Un peu après, toujours Grétry " Pierre le Grand"


    Ah ! le boulevard de la Sauvenière avec son théâtre wallon « Trianon », (l’incontournable théâtre communal wallon, l’un des trois survivants de la grande époque avec « Le Trocadéro » en Pont d’Ile, et à côté du fameux Trianon, le cinéma « Crosly ».

     

    Et en face de ce cinéma que je fréquentais tous les vendredis avec ma tante, le « Carrefour » où l’on passait des films interdits aux enfants de moins de 18 ans. L’entrée m’était donc refusée. Je râlais évidemment.

     

    Un cinéma incendié en octobre 1950 au lendemain de la projection du film d’Orson Welles : «  Macbeth », et ré-ouvert en avril 51 avec le film d’Allan Dwan : « Sand of Iwo Jima » joué par l’extraordinaire John Wayne.


    Côté jardin : la place de la République Française, ses fleurs, beaucoup de fleurs, son aubette à journaux : « Demandez La Meuse »… et son cinéma … le…J’ai un trou…

    Sur la place d’la République française

    Il y a des marchands de fleurs

    Sur la place d’la République française

    C’est le règne de la bonne humeur…

    (Extrait de la chanson «  Les places de Liège » Françoise Laroche)

    Et, non loin de la place du Théâtre où passaient les trams 1 et 4, à une centaine de mètres, tout d’abord la place du Maréchal Foch (ex place Verte) avec sa brasserie-théâtre « La Populaire » (ex Maison du Peuple)!

    Endroit mythique de Liège, haut lieu de la vie politique d’antan, devenu par la suite le Théâtre de l’Ambigu avec ses célèbres et populaires mélodrames), et quelques millimètres parcourus, la célèbre place Saint-Lambert où se trouvait le magnifique Théâtre Royal du Gymnase, le plus vieux théâtre de Liège ouvert en 1806, abattu plus tard, en 1975, par de vilains promoteurs. Ah les salauds !

    C'est dans ce théâtre que j'ai fait mes débuts d'acteur.

    Sur la place Saint Lambert

    Il y a un marchand d’oiseaux

    Aux cages de bois, aux cages d’osier clair

    Ré do ré fa sol si la si do…

    («  Les Places de Liège » Françoise Laroche)

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    La place Saint-Lambert ! En plein centre de la Cité Ardente (Elle l’était vraiment à cette époque) avec ses centaines de pigeons en quête de nourriture et de crottes…

    La place Saint-Lambert ! Avec ses « trams » qui tournaient en rond et embarquaient leurs passagers, faisaient résonner leur petite sonnette et s’éloignaient avec fierté vers un ailleurs, autour de la Ville, loin de la Ville.

    Quelques petits pas, un regard vers le Palais des Princes- Évêques… et tout juste en face, le bâtiment qui abritait ce fabuleux Théâtre Royal du Gymnase (tout à côté du square Notger avec son large escalier appelé « les degrés Saint-Pierre ») .

    Ah ! Je viens de récupérer le nom du cinéma de la place de la République Française : l’Astoria… à deux pas de la rue Saint- Gangulphe avec sa vieille église du XIIIe siècle.

    Retour à l’angle du Bld de la Sauvenière et de la place du Théâtre.

    Mes parents occupaient un petit appartement au premier étage de l’illustre "Café des Artistes", dont le nom devait disparaître pour faire place à celui de "Café des Sports" !

    Horreur : c’est peut-être pour cela que je ne me suis jamais intéressé à n’importe quelle sorte de sport, quoique j’aie interprété un joueur de foot sur une scène de théâtre… bruxellois.

    Mais de cela, je vous en reparlerai dans quelques pages.

    Une musique ? Pourquoi pas le " Valeureux Liégeois " ?

    Valeureux liégeois

    Marchez à ma voix

    Volez à la victoire…

    A suivre...    A dimanche prochain !

    Pour un nouvel extrait de mon livre mémoire "ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE"

    Roger Simons

     

    Mais aussi...   Sur le blog                       

    Les Feux de la Rampe

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