• Episode 7 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion

    Une page de pub.  Murmures dans la salle.

     

    Au bar : bière et vin et « pralines glacées bruxelloises » …

    La sonnerie retentit annonçant la fin de l’entracte.

    Les lumières  s’estompent…Les spectateurs toussent abondamment et bruyamment, ce qui n’a pas changé du reste…

    Les trois coups sont frappés avec amour car vous le savez, c’est une tradition chère au théâtre d’antan …

    Le rideau rouge va se lever…

     

    Rideau…Retour de l’acteur  Roger  Simons dans « Le Satyre du 18 ème » une pièce d’André Daufel …

     

    -C’était aussi un grand acteur André Daufel qui s’est suicidé un jour de détresse. Il avait abandonné bien avant sa carrière de comédien et était devenu pasteur.

    N’ayant pas vraiment la foi, il avait repris son métier d’artiste.

    Je l’avais souvent engagé dans mes feuilletons à la RTB… pas encore  F !

     

    «  Le Satyre du 18ème », une pièce comique où j’interprétais ce personnage. J’apparaissais en scène avec un maillot blanc très collant.

    Et je me frôlais à trois femmes : Sylviane, Betty Lyne et Germaine Duclos… Et mon partenaire homme avec lequel je n’avais aucun rapport tendancieux (rire) était  le grand acteur belge Marcel Roels !

    J’ai souvent joué avec lui au Vaudeville.

     

    Par la suite, j’ai dû m’occuper d’une autre femme, comédienne bien entendu…et de quatre autres femmes …toujours des actrices,  avec la pièce de Jean de Létraz, au titre évocateur :  « Une femme… ça s’dresse »

    Puis après, en avalanche, de « La folle du 27 » (pas une mais deux) de Jean Guitton,  de l’« Amélie » de Feydeau, et de l’épouse de « Monsieur Chasse », encore et toujours de Georges F.

    Comme vous pourrez le remarquer, des pièces des plus joyeuses et très bien écrites et très bien…jouées. Quelle vanité!

     

    Mais…j’ai travaillé avec différentes troupes avec lesquelles je me produisais un peu partout en Belgique.

    Je voudrais rendre hommage à FERNAND PIETTE, chef de troupe du « Théâtre de l’Equipe ».   Il me proposait de jouer une pièce de Molière  «  Georges Dandin ». J’ai tout de suite accepté bien entendu.

     

    J’ai beaucoup appris avec Fernand Piette que je compare à ce que fut Jean Vilar en France.

    C’était un directeur d’acteurs tout à fait extraordinaire.

    Exigeant en diable ! N’acceptant pas le moindre mot déplacé, la moindre erreur de texte ou de mouvement.

    Un grand Monsieur !

     

    Jacqueline Piette, sa fille, a écrit un merveilleux texte en hommage à son père, disparu le 04/08/1978.

    «  Chère lectrice, cher lecteur

    «  Quand tu te mettras à lire

    « Ce recueil de souvenirs

    « Tu te rappelleras

    « Toutes les fois

    « Où Piette et ses comédiens

    « Par leur talent et leur entrain

    « T’ont apporté

    « De rêves et de joies

    « Dans ton quartier

    « Dans ton village, chez toi…

     

    Fernand Piette a fondé une équipe, une troupe de comédiens entièrement dévoués à ce théâtre populaire, du vrai populaire !

    Les comédiens étaient heureux de faire partie de ce «  Théâtre de l’Equipe » où l’on pouvait  les voir planter les décors sur une place publique ou dans l’arrière-salle du café du village.

    Valmy Féaux (Historien de l'Evolution Politique, ancien bourgmestre PS) : C’est à Fernand Piette  que je dois mon amour au théâtre. Il a apporté à ces hommes et à ces femmes et ce,  pendant plus de 50 ans, non seulement une part de bonheur, de rêve mais surtout les a aidés à retrouver leur dignité.

    Merci, camarade PIETTE !

    piette fernand.jpg

    (photo: Fernand Piette )

    Je n’ai joué qu’une seule pièce hélas  dans son théâtre, étant engagé dans différents théâtres de la capitale.

     

    Lerme : Sa Majesté La Reine demande que vous lui accordiez la grâce de l’entendre.

    Le Roi : Maintenant ? Il m’est impossible de la  recevoir en ce moment … impossible !

    Lerme : Voici Sa Majesté !

    Lerme : Que faites-vous Prince ?

    (Extrait de «  Don Carlos », une opérette dans une libre adaptation d’après Schiller)

     

    Pendant ces temps-là, entre deux vaudevilles, j’ai été engagé au Théâtre de l’Alhambra pour y jouer  le personnage de Lerme,  l’officier de Don Carlos – aux côtés de Georges Guétary.

     

    Un rôle parlé bien entendu, pas spécialement intéressant, mais c’était flatteur de jouer avec ce grand chanteur populaire avec lequel je n’ai guère eu de relation amicale.

    C’était la star ! J’étais l’acteur…Et je draguais sa partenaire !

     

    Par contre, je me suis beaucoup amusé en jouant l’opérette   « Colorado » où je côtoyais Armand Mestral, Maurice Baquet et…Line May avec laquelle j’ai passé d’excellents moments.

    Elle interprétait une jeune Indienne toute recouverte de rouge.

    Et moi, un cow-boy.

    Un rôle parlé, mais je chantais tout de même avec le chœur final : «  Colorado… »  J’ai oublié les paroles mais pas la belle Line…Mes après-midi étaient chauds lorsque j’allais la rejoindre dans  son studio de la petite rue des Bouchers !

     

    L’intervieweur : Vous est-il arrivé souvent de tomber en amour avec vos partenaires féminines ?

     Ah oui, bien souvent. Plus des amourettes qu’un véritable amour. C’est rare de trouver l’amour ! Et puis, j’étais marié tout de même…

     

    Focus sur Philippe (moi) et Gringalet : 

    Gringalet : Je peux vous dire deux mots, Philippe ?

    Philippe : Si vous voulez.

    Gringalet : Cela ne vous ennuie pas que je vous appelle Philippe tout court ? A notre âge,  il serait ridicule de se dire  « monsieur », pas vrai ? Vous n’y voyez pas d’inconvénient ?

    Philippe : Aucun.

    Gringalet : Je suis désolé pour l’incident de tout à l’heure. Papa a eu tort d’insister…On ne peut pas obliger quelqu’un à avoir de la sympathie pour son prochain, n’est-ce pas ?

    Philippe : C’est évident !

    Gringalet : Enfin, comme c’est moi qui suis la cause involontaire de cet…incident, j’ai tenu à faire le premier pas.

    Philippe : C’est très chic de votre part.

    (Extrait de la pièce «  Gringalet » de Paul Vandenberghe)

     

    Le Théâtre Royal des Galeries m’a engagé pour y jouer de très beaux rôles de jeune premier auprès de très jolies partenaires.

    Je me souviens d’une jeune comédienne française qui interprétait ma fiancée dans cette pièce de Paul Vandenberghe : « Gringalet »,  si ma mémoire ne me trahit pas.

    Le personnage titre était interprété par une star de l’époque : Gilbert Gil que l’on appelait du reste «  le jeune premier  maigrichon ». Il n’avait vraiment pas à composer.

    J’avais une scène  où je prenais ma partenaire tendrement dans mes bras, avec - à la clé- un baiser sur la bouche.

    C’était délicieux ! Troublant ! Notre baiser était réel, pas comme dans les films hollywoodiens.

    J’avais l’envie de prolonger ce baiser, mais il était interrompu par l’entrée en scène du comédien qui jouait le rôle de mon père.

    J’avais trouvé une astuce. Je m’arrangeais avec cet acteur en lui offrant une bière en échange de laquelle il tardait à faire son entrée en scène ; deux bières, le temps était plus long…

    J’ai été triste lors de la dernière représentation. Ma belle partenaire est repartie à Paris. Je l’ai tout de même revue par la suite… au bras de son époux.

    Cette pièce a été  reprise par après, mais la distribution avait été modifiée. Je jouais toujours le jeune homme, j’avais toujours à embrasser ma « fiancée », mais  ma  nouvelle  partenaire ne me troublait pas vraiment… A chacun ses préférences !

    Je t’aime amour, quand

    J’entends ta voix

    C’est l’univers pour moi

    Je t’aime amour quand

    J’entends ta voix… »

    (Extrait de la chanson de Malena Ernman «  La voix » - Suède-Eurovision ESC – 2009)

     

    L’intervieweur : Vous avez toujours eu une voix  très  particulière qui accrochait vos nombreux auditeurs.

     

    -Oui…En fait, c’est une voix que je ne suis pas arrivé à travailler quand j’étais aux études au Conservatoire.

    Une voix sourde qui ne passait pas bien la rampe.

    Une voix qui ressemblait à celle d’Aznavour.

    Ce n’était pas l’époque d’imposer une voix semblable.

    Mais avec le temps, les goûts ont changé et cette voix est devenue agréable, recherchée même et très identifiable.

    C’est elle qui m’a fait connaître à la Radio.

     

    Alors que je jouais dans les différents théâtres de la capitale, je me suis acheté un magnétophone à fil d’acier…un  appareil anglais je pense. C’était quelque chose lorsque le fil se brisait à l’intérieur de l’appareil.

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    Il fallait des heures pour le récupérer, renouer les deux bouts…

    Mais c’est  avec cet appareil que je voulais travailler ma voix pour le théâtre, l’améliorer.

    Alors, j’enregistrais des textes et des textes. Je rembobinais le fil et je cliquais sur « play ». Mais ce n’était pas ma voix que j’écoutais mais  bien l’ambiance sonore dans laquelle je me trouvais et par conséquent, enregistrée.

    Je prêtais beaucoup plus d’attention aux effets sonores que je faisais pour l’interprétation d’un rôle qu’à la qualité de ma voix !

    Et c’est ainsi que j’ai découvert l’univers radiophonique,

    le SON.

     

     

    ( Fin 7 ème partie )  A suivre...    A dimanche prochain !

    Pour un nouvel extrait de mon livre mémoire "ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE  - Souvenirs d'une passion"

    Roger Simons

     

    Mais aussi...   Sur le blog

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  • Episode 6 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion

    L’intervieweur : Un acteur dans un fauteuil ?

     

    - Oui, et omni présent sur le plateau, recouvert d’une housse. Jean-Louis avait à coincer certains personnages. Il les happait véritablement, les serrait à les étouffer…Ah ! Ce fauteuil ! Je m’en souviendrai toute ma vie !

    Et c’est avec Jean-Louis que j’ai réalisé mes premières dramatiques radio ! Et une tournée incroyable en Allemagne où Jean-Louis  imitait Charlot !

     

    L’intervieweur : Comment cela ?

     

    -Je vous  en reparlerai  dans quelques pages…

     

    Charlie Chaplin :

    « J’aime le théâtre conventionnel avec son avant-scène qui sépare le public de l’univers des chimères ! J’aime que la scène apparaisse parce qu’un rideau se lève ou s’écarte. J’ai horreur des pièces qui se passent devant la rampe et avec la participation d’un public, de ces pièces où un personnage appuyé contre l’avant-scène explique l’intrigue. Outre que c’est un procédé didactique, il détruit le charme du théâtre et c’est une façon prosaïque de se débarrasser de l’exposition…

    (Extrait de l’ouvrage de Jacques Lorcey « Charlot – Sir Charles Chaplin – Editions Pac – 1978)

     

    L’intervieweur : Je ne résiste pas à l’envie de vous faire écouter un extrait  de la musique de Chaplin pour son film    « Les Feux de la Rampe », pardon «  Limelight » D’accord ? Je clique ?


     

    - Allez-y, plutôt deux fois qu’une ! Et pour le titre et pour la musique ! Le titre, cela  vous dit quelque chose tout de même ?

     

    L’intervieweur : Oui oui, la grande émission publique  de Roger Simons ! Vous nous en parlerez mais… Plus tard…

     

    Rires  - Musique – Et à l’écoute de cette merveille musicale !

     


    Pause musicale.

     

    L’intervieweur : J’ai vu votre photo prise pendant les représentations de : « Un monsieur qui se regrette », un vrai mec !

     

    -J’aime vous l’entendre dire ! Je n’ai pas le texte de cette pièce. Par contre, je possède celui d’une autre pièce…

     

    Joseph Bossemans : Monsieur Coppenolle…

    Coppenolle : Monsieur Bossemans, ma fille prétend que je suis un homme sans énergie, un homme qui n’a rien à dire chez lui.

    Georgette : Mais père…

    Coppenolle : Je vais vous prouver le contraire… Joseph, ton père ne s’oppose pas à cette union avec ma fille ?

    Joseph : Pas du tout !

    Coppenolle : Puisque c’est comme ça, ce soir même, j’annonce votre mariage à ma femme ! Mais j’y mets une condition.

    Joseph : Laquelle ?

    Coppenolle : Que tu ne joues pas demain contre le Daring !

     

    Ma deuxième pièce au Théâtre du Vaudeville dans laquelle j’ai retrouvé Marcel Roels aux côtés de l’immense Gustave Libeau.

    Une pièce typiquement bruxelloise écrite en brusseller : « Bossemans et Coppenolle » d’Hanswyck et Paul Van Stalle (le père de l’autre).

    Une pièce qui  raconte avec humour les bagarres inénarrables entre l’Union Saint-Gilloise et le Daring Club de Bruxelles, deux sociétés en rivalité totale !

     

    Joseph : Voyons M.Coppenolle… Le capitaine m’a fait l’honneur, pour la première fois que je joue sous ses ordres, de me confier un poste de confiance ! Les camarades comptent sur moi pour les aider à défendre la chance de l’Union…

     

    Après le souteneur du « Monsieur qui se regrette », la direction du Théâtre me confiait le personnage du jeune footballeur – Joseph Bossemans - moi qui n’avais jamais mis les pieds sur un terrain de foot ni joué –  même môme- avec le moindre petit ballon.

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    Joseph Bossemans : Monsieur Coppenolle, si maintenant, je les plaquais au dernier moment, si je trahissais cette confiance ! … Pour quelque raison que ce soit… je commettrais une action basse, vilaine, honteuse… J’aurais l’impression de déserter, comme un soldat qui abandonne ses camarades au moment du danger… Vous ne pouvez pas me demander de faire ça Monsieur Coppenolle…

     

    Mais ce qui a été extraordinaire pour moi dans cette nouvelle aventure théâtrale, c’est de jouer avec Gustave Libeau, que j’avais croisé à plusieurs reprises dans l’immeuble où  je louais, à bon marché, une chambrette au troisième étage, tandis que Monsieur Libeau, lui la star, occupait au premier étage un splendide appartement…

    Lorsque nous nous sommes rencontrés lors de la première répétition, il m’a salué avec un regard curieux, il m’avait reconnu sans doute mais il ne m’en a jamais parlé.

    L’intervieweur (prenant l’accent bruxellois) : Allei Vous !

    (Rire)

    Madame Chapeau : Tu veux une boule ? C’est  des bonnes pour la gorge ?

    C’est dans cette célèbre pièce  à 100 % bruxelloise que l’on  a pu découvrir le personnage de Madame Chapeau, toujours interprété par un acteur en travesti !

    Madame Chapeau : Ca est  les crapuleux de ma strotje qui m’ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux... Dis, tu veux une boule ?

    Ce personnage a toujours été joué par un homme. Cette fois , le rôle est tenu magistralement par une femme, Laure Gosidiabois.

    BossemanCoppenol_2017.jpg

    ( extrait du blog les feux de la rampe de cette année 2017 lors du Festival Bruxellons (note ajoutée par le WebWriteur) )

    Clac.

     

    Quelques semaines plus tard, j’ai quitté cette chambre pour m’installer plus… confortablement dans un « deux pièces » de la rue du Progrès et là, je n’y vivais plus seul… Mais ceci est une autre histoire…

     

    Albert :

    Comment combattre un archevêque ? Comment lutter contre lui ? Ce qui m’arrive n’est arrivé à personne. Cocu deux fois et par moi-même, de ma propre main. Quelle leçon ! Femme, ton nom est fragilité ! Comment après cela, peut-on avoir confiance en vous qui, à une journée d’intervalle, vous éprenez d’un rajah et d’un archevêque ?

    (Extrait : « Le Figurant de la Gaîté » d’Alfred Savoir) 

     

    J’ai un nouvel éclat dans ma mémoire  Je vous raconte ?

     

    L’intervieweur : Mais oui, je me régale !

     

    -(riant) Moi aussi. Et nos lecteurs aussi j’espère. C’est toujours la même époque. Je jouais au Vaudeville.

    Et un soir après la représentation, je rentrais chez moi quand j’aperçois rue Grétry, un homme jeune qui tapait dans les poubelles.

    Cela me fait rire. Je me rapproche et je découvre mon acteur fétiche : Gérard Philipe qui jouait  au Théâtre des Galeries la pièce d’Alfred Savoir : « Le Figurant de la Gaîté ».

    J’aurais  aimé lui parler, lui dire tout le bien que je pensais de lui, mais je n’ai pas osé le faire.

    La timidité ! Il s’est éloigné en chantant et tout en continuant son jeu musical avec les poubelles du centre ville… drôlement honorées ce soir-là !

    Ce sera ma seule rencontre avec ce comédien que je vénérais.

    Ainsi va le destin. !

     

    L’intervieweur : Vous n’avez pas eu l’occasion de rencontrer Gérard Philipe par après, à Paris par exemple ?

     

    - Non, je suis passé plusieurs fois –lors de mes pérégrinations parisiennes- devant l’immeuble qu’il occupait  au numéro 17  de la rue de Tournon, mais je n’avais pas pu obtenir un rendez-vous.

    Il était déjà malade d’ailleurs.

    Je l’ai vu – beaucoup plus tard - à Ramatuelle, dans le petit  cimetière où il a été enseveli dans son habit d’éternité, celui du « Cid ».

    Il y a un peu plus de cinquante ans de cela  -il est mort le 25 novembre 1959.  Et mes souvenirs de Gérard Philipe restent vivaces.

     

    J’ai souvent écouté ses interprétations dans : «Le Cid » - « Ruy Blas » -« Le Prince de Hombourg »- « Lorenzaccio »- « Le Petit Prince » gravées sur disque 33 tours et à chaque fois que je les écoute, je suis ému.


    Il est mort tellement jeune, à 37 ans !

    C’est Jean Vilar qui a dit : « La mort a frappé haut, elle a fauché celui-là même qui, pour nos filles, pour nos garçons, pour nous-mêmes, exprimait la jeunesse. Il reste à jamais gravé dans notre mémoire »

     

    Je revois parfois  les films dans lesquels  il a donné tout son talent, sa force, sa fantaisie, son rythme : « Fanfan la Tulipe » dans des scènes de combats avec Noël Roquevert, « Le Diable au corps » avec Micheline Presle, « La Beauté du diable » aux côtés de l’immense Michel Simon,  « Les liaisons dangereuses » avec Jeanne Moreau,  « Le Rouge et le Noir » avec Danielle Darrieux, «  La fièvre monte à El Pao » avec Maria Félix, son dernier film…

    Et le seul film pour lequel il a été réalisateur : « Till l’Espiègle ».

     

    L’intervieweur : Sa voix était caractéristique. Le ton aussi qu’il donnait à ses personnages, comme un chant lyrique…

    Je possède également les enregistrements dont vous venez de parler. Qu’aimeriez-vous écouter, là maintenant  sans hésiter ?

     

    Un  extrait  de « On ne badine pas avec l’amour » qu’il a joué avec Suzanne Flon, enregistré en direct au cours du festival d’Avignon…Avec  - en prélude -  les fameuses trompettes  du Festival d’Avignon…

     

    L’intervieweur : Les trompettes de Maurice Jarre…

     

    Perdican : Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux  ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond, mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits, et si affreux . On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui… »

    (Extrait de «On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset)

     

    Un silence émotionnel ! Le disque 33 tours est remis précieusement dans sa pochette. L’acteur mythique est reparti dans les Limbes de l’éternité…

     

    Plus tard…

     

    Excusez-moi, je m’éloigne un moment, le temps de me maquiller pour un autre spectacle que je dois jouer dans le même théâtre…

     

     

    ( Fin 6ème partie )  A suivre...    A dimanche prochain !

    Pour un nouvel extrait de mon livre mémoire "ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE  - Souvenirs d'une passion"

    Roger Simons

     

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  • Episode 5 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion

    Clopin-clopant, petit bagage en main, aidé par Any, la soeur de mon copain liégeois, chanteuse réaliste style Piaf, en représentation dans les cabarets littéraires de la capitale,

     

    Je découvre le beau Boulevard Adolphe Max (nom d’un ancien  bourgmestre de Bruxelles) et j’aperçois au numéro 146 

    Cinema_Cineac_Centre - Anspach - Bruxelles.jpg

    (photo: Cinema Bruxelles)

     

    un cinéma qui porte pour nom « Le Cinéac Nord » et en sous-titre, à la Jules Verne : « Le Tour du monde en trente minutes » Un panorama de l’actualité  nationale et internationale proposé par la Société Belgavox , fondée en 1945.

    (Belgavox possède dans ses archives plus de 5000  km de pellicule 35 mm)

     

    Un cinéma ouvert de 10 heures du matin à minuit, où l’on ne projette que des tranches d’actualités et des documentaires.

    C’est d’ailleurs dans ce cinéma que je devais passer l’après-midi le jour de mon premier mariage avec Jeanne, la liégeoise…

     

    Marc Danval (homme de radio): « Le Cinéac Nord », c’était des documentaires souvent sur les maladies et la syphilis avait un succès fou !

    (Extrait de l’ouvrage d’Isabel Biver  Cinémas de Bruxelles – Portraits et Destins – CEC Editions)

     

    L’intervieweur : Comment avez-vous trouvé Bruxelles ?

     

    L’interviewé (moi) : C’était beau Bruxelles ! C’était vivant ! C’était joyeux ! C’est bien différent aujourd’hui !

     

    Mes pas me dirigent vers le Boulevard Anspach (c’est celui qui fait la continuité avec le Boulevard Adolphe Max).

     

    J’arrive place de Brouckère, avec sa fontaine majestueuse et son grand hôtel du Métropole, où je ferai quelque temps après, en 1955, une fabuleuse rencontre avec  Issur Danielovitch Demsky – mieux connu sous le nom de Kirk Douglas- le grand acteur américain  né en 1916 à Amsterdam (quartier de New York), en tournage en Belgique pour le film de Vincente Minelli : « La vie passionnée de Vincent Van Gogh ».

     

    C’est du reste à Bruxelles, à cette époque, que Kirk a rencontré son épouse…Belge.

     

    Cinema_Metropole_Mars1962.jpg

    (Photo : Cinema Bruxelles )

    Et derrière le fabuleux hôtel, qui donnait aussi rue Neuve, le Palais du Cinéma : « Le Métropole » avec ses 3.000 places, sa fresque de Zadkine (sculpteur d’origine biélorusse) et ses vingt tuyaux d’orgues de feu…

     

    (photos: Les photos proviennent du site )

    « C’était au temps où Bruxelles rêvait… »

    (Jacques Brel)

     

    Elle a bien changé la place de Brouckère, elle a perdu de son éclat avec le temps… Toujours ces foutus démolisseurs…la place a pratiquement disparu pour céder le terrain à une petite autoroute…

     

    Il en fut de même tout à côté – sur le Boulevard Emile Jacqmain- avec ce magnifique théâtre destiné à l’opérette : « L’Alhambra », détruit dans les années septante à coups de pioches, devenu un parking.

    Quelle connerie  que ces promoteurs immobiliers !

     

    Me voici à une jetée de mètres de la Bourse, devant l’immeuble où une chambre m’a été réservée. Au troisième étage. Il y a de l’espace, au moins… 10 m2. Cela suffit au jeune acteur que je suis.

    Ma première préoccupation sera de découvrir  une grande surface pour y acheter mes premières victuailles « bruxelloises ».  Premier repas : des tartines au fromage blanc ! Délicieuses ! Tout comme la soupe à l’oignon !

     

    Et le soir de mon arrivée, après avoir téléphoné à ma mère,  heureuse de savoir que son  fils « l’artiste » était bien arrivé,  je me suis promené dans les petites rues animées de la ville.

     

    Je regardais les vitrines des magasins, je captais mon attention sur les jeunes et jolies filles que je croisais et qui m’adressaient un petit sourire craquant et tout à coup, j’ai découvert – je me retrouvais place de Brouckère – deux grands cinémas : « L’Eldorado » et « La Scala ».

     

    Le premier affichait : « Le Pirate » de Vincente Minnelli, avec Gene Kelly et Judy  Garland (une comédie musicale).

    Le deuxième :  « Les Chaussons rouges » de Michael Powell, avec Leonid Massine et Moïra Shearer (un film sur la danse).

     

    Il me restait un  peu d’argent. J’ai acheté ma première place de cinéma dans cette capitale qui allait devenir beaucoup, beaucoup plus tard, la capitale de l’Europe. Et c’est tant pis / tant mieux ! J’ai respiré l’odeur de la salle, ce que j’ai toujours aimé faire, et je me suis régalé en regardant Gene Kelly ! Je l’adore.

     

    Vous n’allez pas me croire, mais en sortant du cinéma, j’ai constaté qu’il pleuvait … allusion au film de Gene Kelly et Stanley Donen…(riant) Je plaisante,  le  célèbre film   « Chantons sous la pluie» n’avait pas encore été tourné…

     

    Deux jours après…

     

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    Je vais à mon rendez-vous au théâtre du Vaudeville – dans la superbe galerie Saint-Hubert – côté Galerie de la Reine collée à la Grand Place.

     

    -Bonjour Monsieur. J’ai rendez-vous avec Monsieur Van Stalle.

     

    Le réceptionniste (avec un bon accent bruxellois) : Il vous attend. Premier étage.

    Je grimpe les quelques marches.

    Je suis nerveux.

    Je frappe.  « Entrez »

    J’entre et je vois deux hommes installés  à leur bureau respectif :

    Les « Van Stalle - Père et Fils ». Le père a de gros dossiers devant lui, le fils, une machine à écrire.

     

    Le Père : Je vous propose le rôle d’un jeune « maquereau »  dans la pièce de Mouézy-Eon et Jean Guitton « Un Monsieur qui se regrette ».  25 représentations.  Je peux vous offrir 150 francs par représentation. Il s’agit d’une période relativement calme de par l’approche  des vacances de Pâques.

     

    J’hésite. C’est vraiment peu comme salaire. Mais pour moi, c’est une façon de démarrer à Bruxelles dans un théâtre réputé. Je marque mon accord. Je signe mon contrat.

     

    Et je vois le fils indiquer mon nom sur le projet d’affiche.

    Si j’avais refusé, le père Van Stalle – avec son zézaiement  (un cheveu sur la langue) - aurait convoqué d’autres comédiens qui auraient certainement accepté…

     

    Les matinées et les soirées étaient facturées au prix unique de 150 francs. Bien entendu, je ne parle pas des acteurs-vedettes de l’époque dont Gustave Libeau et Marcel Roels…

    Bossemans coppenolle1969.jpg

     

    Mais qu’est-ce que je me suis amusé dans ce théâtre. Je consultais régulièrement le billet de service pour voir si j’étais distribué dans la pièce suivante.

    Déçu, quand c’était « non » ; exalté, quand c’était « oui »…

     

    L’intervieweur : Quel était votre rôle dans «  Un Monsieur qui se regrette » ?

    - Flochard, un jeune maquereau donc, ou souteneur si vous préférez.

    J’avais  de nombreuses scènes avec Sylviane, j’ai oublié  le nom qu’elle portait dans la pièce, elle était très mignonne. Je jouais, sans le savoir, avec une comédienne – la maman  de Marc Ysaye  - l’homme de Radio  de la RTBF,  tout le monde  le connaît.

    Une pièce vaudevillesque dans laquelle jouait, tenez-vous bien, mon copain  Roger Dutoit…

    L’intervieweur : Oui, vous en avez déjà parlé…

    - Oui, notre rencontre  inopinée à Bruxelles, quelques semaines plus tôt, où nous avions été contactés tous les deux dans le même théâtre et pour la même pièce. 

    C’est aussi pendant les représentations de ce « Monsieur… » que je suis devenu le plus grand ami de Jean-Louis Colmant qui assumait le « personnage » du fauteuil.

     

    L’intervieweur : Un acteur dans un fauteuil ?

     

     

    ( Fin 5ème partie )  A suivre...    A dimanche prochain !

    Pour un nouvel extrait de mon livre mémoire "ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE  - Souvenirs d'une passion"

    Roger Simons

     

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