• Episode 11 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion

    J’ai dû faire trop de mouvements acrobatiques dans mes mouvements et je suis tombé.

    J’ai été bloqué pendant plusieurs jours et j’ai même dû marcher avec une canne. Je n’étais pas fier. J’avais 20 ans…

    Cela peut arriver un accident semblable au cours d’une carrière…

    Il y avait une bonne ambiance au Rideau, mais je n’ai plus été sollicité par après… Il y avait une troupe importante  engagée à l’année qui travaillait sans relâche. On n’a plus eu besoin de moi…

    Par contre, un autre grand théâtre de la capitale m’attendait : le très beau Théâtre Royal du Parc.

    Théâtre_royal_du_Parc_3.jpg

    Et c’est dans ce théâtre, voisin du Palais Royal, que je devais terminer, non pas ma vie d’artiste, mais ma carrière de comédien.

     

    J’ai passé de beaux moments dans ce théâtre à l’ancienne, véritable petite bonbonnière. Il a été restauré, mais il n’a pas changé… aujourd’hui encore, il est splendide.

    Dans le passé, à la première représentation d’une pièce on remarquait un public d’un âge « avancé » dont certains respectaient la tradition : les dames en long, les hommes en smoking…

    Mais  cela  a évolué tout de même…Heureusement, car j’ai perdu mon nœud papillon !

     

    Vraiment de très beaux moments dans ce théâtre, avec une variété de rôles intéressants.

     

    - Allez, choisissez des pièces dans ce listing !

     L’intervieweur : Je veux bien, mais je ne connais pas ces pièces-là.

    -Justement et tant mieux ! Une belle occasion de vous les faire découvrir…

     L’intervieweur : Je fonce… « Athalie » de Racine.

     Aïe aïe ! Vous le savez déjà, la tragédie n’a jamais été mon fort (riant).  Mais avec cette œuvre, ce fut sans problème. Je faisais partie du Chœur :

     

    Quel astre à nos yeux vient de luire ?

    Quel sera quelque jour cet enfant merveilleux ?

    Il brave le faste orgueilleux,

    Et ne se laisse point séduire

    A tous ses attraits périlleux… »

     -Cela vous va ?

     L’intervieweur : Tout à fait ! C’est tout ?

     -Vous en voulez encore ?  Je suis dans la longue scène IX de l’acte II interprétée par le chœur…

    O réveil plein d’horreur

    O songe peu durable

    O dangereuse erreur !…

    -La suite au prochain  épisode… Pour être franc, la tragédie ne m’a jamais passionné… Et Racine… hum hum !

    Au suivant !

    L’intervieweur : Jean-Baptiste Poquelin ?

    -Oui, j’adore Molière et « ses Précieuses Ridicules ». J’ai joué La Grange, un amant rebuté…

    Du Croisy : Seigneur La Grange…

    La Grange : Quoi ?

    Du Croisy : Regardez-moi un peu sans rire.

    La Grange : Hé bien ?

    Du Croisy : Que dites-vous de notre visite ? En êtes-vous satisfait?

    La Grange : A votre avis, avons-nous sujet de l’être tous deux ?

    Du Croisy : Pas tout à fait, à dire vrai !

    La Grange : Pour moi, je vous avoue que j’en suis tout scandalisé. A-t-on jamais vu, dites-moi, deux pecques provinciales faire plus les renchéries que celles-là et deux hommes traités avec plus de mépris que nous ?

     

    -Ah les pecques ! A l’époque, j’ai pris mon dictionnaire pour savoir ce que voulait dire le mot «  pecque ».

    L’intervieweur : Et cela signifie… ?

     - On dit cela d’une femme sotte, impertinente. Voilà un mot qui pourra vous être utile un jour !

     Puis, il y a eu aussi  un Musset que l’on joue rarement :   « Barberine », j’étais Polacco, un marchand ambulant…

     Polacco : Je baise vos mains Seigneur, je vous salue.

    Santé est fille de jeunesse ! Hé hé ! les bons visages de Dieu ! Que Notre Dame vous protège !

    C’est amusant de retrouver dans sa mémoire des étincelles de textes joués… il y a si longtemps… si longtemps…


    Longtemps, longtemps, longtemps

    Après que les poètes ont disparu

    La la la la… »

    (L’âme des poètes /Charles Trenet.)

     

    Tiens, pour rester dans la belle poésie, j’ai beaucoup pris de plaisir à jouer dans «  La Nuit de Mai » du même Alfred…de Musset.

    La Muse : Poète, prends ton luth et me donne un baiser.

    Le poète : Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?…

    Est-ce toi dont la voix m’appelle ?

    O ma pauvre Muse ! Est-ce toi ?

    O ma fleur ! ô mon immortelle !

     

    L’intervieweur : Superbe ! Je continue à feuilleter votre listing… Oh ! Je vois, vous avez joué  également Guitry au Parc ?

    - Oui. Et l’une de ses pièces créées – tenez-vous bien- en 1912 au Théâtre de la Renaissance à Paris, mais je ne faisais pas partie de la distribution (rires) .Sacha, oui !

    Le titre de la pièce : « Le Beau  Mariage ». J’interprétais le personnage du « Jeune Homme », ce que j’étais réellement à la ville !

    Et je levais le « torchon » comme on dit parfois en terme argotique. Cela veut dire : « le lever du rideau »

     Le Jeune Homme : Monsieur Herbelin est là ?  

    Le Valet de chambre : Non, Monsieur n’est pas encore rentré.

    Le Jeune Homme : Comme c’est ennuyeux,  je voulais le voir. Pourtant les courses sont terminées. Quelle heure est-il ?

    Le Valet de chambre : Il est cinq heures et demie. Si Monsieur veut attendre Monsieur…

    Le Jeune-Homme : Oui, je vais l’attendre. Est-ce que vous avez le« Paris Sport » ?

     

    En  fait ce « Jeune Homme » joue aux courses et il est venu auprès de Monsieur Herbelin pour savoir s’il avait gagné !

    Le Jeune-Homme : J’ai perdu ?

    Herbelin : Naturellement !

    Le Jeune-Homme : Pourquoi ?

    Herbelin : Parce que vous avez joué !

     

    Du pur Guitry ! Connaissez-vous celle-ci signée du Maître ?

     Sacha Guitry : On dit un galant homme et on dit une femme galante.

    Un galant homme, c’est exquis – et une femme galante, c’est horrible.

     -J’ai joué des centaines de pièces tant à la scène qu’à la Radio et à la télévision ! Un fabuleux magma !

     L’intervieweur : Contez  nous  encore quelques-unes de vos aventures…

     Il ne faut pas que je vous file une indigestion ! (Rires).

    Toujours au Théâtre Royal du Parc  sous la direction des Lejeune : Oscar et Marianne…

     

    On jouait « Baby Hamilton », une pièce anglaise d’Anita Hart et Maurice Braddell. Je ne faisais pas partie de la distribution.  Et un matin, sur le coup de huit heures, je reçois un appel du théâtre. C’était Madame Lejeune :

     (Au téléphone) : Dis donc, mon cher Roger, je vais te réquisitionner ce soir et pendant une huitaine de jours.

    André Bernier, qui joue le rôle principal dans « Baby… »

    - tu le sais bien sûr – est malade – et il ne pourra pas jouer ce soir.

    J’ai demandé à Georges Jamin – c’est un peu ton copain Georges, hein – je lui ai demandé de reprendre le rôle d’André, c’est-à-dire Bronson Hamilton.

    Et je te demande à toi de jouer le personnage de Georges : Edwards…

    D’accord ?  Arrive au théâtre dès que tu le peux.

    Je te filerai la brochure. On répétera la pièce pour  toi et Georges sur le coup de 16 heures. Ok ?

    Je compte sur toi…

     

    Edwards : Pardon, monsieur …

    Dereck : Oui Edwards ?

    Edwards : Votre petit-déjeuner est servi, monsieur.

    Dereck : Merci Edwards,  je viens tout de suite…

     

    Oui da, mais de quel rôle s’agissait-il ? Je ne connaissais pas cette pièce.

    Edwards, c’est le maître d’hôtel, omni présent en scène, mais par petits bouts avec de courtes répliques, il n’arrête pas d’entrer, de sortir, des allers-retours scène/coulisse.

    Et c’est là précisément, en coulisses que j’apprenais en quelques minutes  les répliques à jouer…

    Sarah : Edwards, j’ai entendu la sonnette. Qui était-ce ?

    Edwards : Je ne sais pas, mademoiselle,  M.Dereck a été ouvrir.

    Sarah : M.Dereck ?

    Edwards : Oui, mademoiselle. J’étais dans l’office. Mais j’ai rencontré M.Dereck venant de la porte quand je suis entré.

    Sarah : Donc vous ne savez pas qui c’était ?

    Edwards : Non, mademoiselle, il n’a fait aucune confidence. Mais, si je puis m’exprimer ainsi, il avait l’air excité, mademoiselle

    Edwards est un bonhomme d’une soixantaine d’années.

    Or, j’étais dans  le rayon de la vingtaine! J’ai donc imaginé une composition en me faisant un dos voûté, en me plaçant un faux gros bedon, en  mettant une perruque blanche et en maquillant mes sourcils et mes cheveux en blanc.

    Méconnaissable ! Comme dans « La Galette des Rois » !

    Sarah : Alors, lequel, à votre avis, est le plus probablement responsable de…l’accident infortuné de cette nuit ?

    Edwards : Ne voulant montrer aucun favoritisme, je dois dire qu’ils pourraient en être tous deux également  responsables, mademoiselle …

     

    Même le co-directeur du théâtre, Oscar Lejeune ne me reconnaissait pas !

    Tout a magnifiquement fonctionné ! Pas un raté dans mon interprétation ! Chaleureusement applaudi par le public ! Félicité par la direction !

    Une nouvelle carrière s’ouvrait à moi : celle  de jouer les « vieux beaux » - «  les vieux chnoques »   - « les vieux cons »- «  les barons et marquis »… mais toujours des personnages élégants, avec chemise et cravate ou nœud papillon, des costumes de grande finesse et bien repassés, des petites chaussures noires ou brunes très élégantes, une badine à l’occasion, et un maquillage adéquat…

    Fini les « jeunes premiers » dans ce théâtre !

    Et comme je vous l’ai dit,  je n’avais  jamais qu’une vingtaine d’années…

     

    Edwards : Mademoiselle Jeannette Laplace demande à voir M. Dereck Hamilton

     

    - Allez, la dernière, elle est « royale » !

    L’intervieweur : Vous m’intriguez !

    -Tant mieux. Avez-vous entendu parler un jour de l’acteur, Victor Francen ?

     L’intervieweur : Non !

     

    Un grand comédien d’origine belge, mais basé à Paris. Un homme très distingué ! Avec un magnifique collier de barbe et des costumes bien coupés. Il est mort en 1977.

    J’aimais beaucoup le voir à l’écran.

    Le Théâtre Royal du Parc l’avait engagé pour jouer et mettre en scène « Le Troisième Jour », une pièce de Ladislas Fodor, adaptée en français par Victor Francen.

    Je faisais partie du spectacle et j’y interprétais Monsieur Pinchas,  petit juif bedonnant, marchand de draps.

    Aussi, comme dans « Baby Hamilton », un homme de la soixantaine. J’avais pris l’habitude de me produire dans de savantes compositions. Et ici, pour ce marchand de draps, je m’étais collé une barbiche, de larges sourcils blancs et une perruque, dos voûté (réutilisation du matériel), faux ventre, costume  trop étroit…

    J’étais devenu Monsieur  Pinchas. Plus vrai que nature ! Avec un mouvement de doigts significatif du toucher de l’argent, de la radinerie quoi !

    J’avais une scène à jouer qui se passait – comme toute la pièce – au tribunal, un tribunal irréel. J’étais interrogé par le juge, joué par Fernand Abel, mon futur chef du service dramatique de la RTB.

    Il y avait aussi dans la distribution Christian Barbier (il nous a quitté il y a quelques mois) qui interprétait le rôle d’Elias Jacobson, le jardinier, accusé d’avoir volé le cadavre du prophète juif appelé Jésus de Nazareth !

    Le Procureur : Vous êtes commerçant, Monsieur Pinchas ?

    Pinchas : Oui, Monsieur le Procureur. Ma maison est solide et de vieille réputation, je me plais à le dire.

    Nathalie Pinchas et Fils, draps, toiles extra-fines, linge brodé, textiles en tous genres, articles de luxe et d’usage courant…

    Le Procureur : Le drap qui a servi de linceul et qu’on a retrouvé dans la tombe de Jésus de Nazareth, avait été acheté chez vous, n’est-ce-pas ?

    Pinchas : En effet, monsieur le Procureur, une belle toile du meilleur fil.  D’ailleurs, nous ne vendons que de la marchandise de choix.  Nathalie Pinchas et Fils, ont, depuis plusieurs générations, basé leur succès sur la qualité.

    Le Procureur : Je n’en doute pas, Monsieur Pinchas. Et vous rappelez-vous qui vous a acheté ce drap ?

     

    « Ma » longue scène se passait pendant le premier acte.

    Je m’amusais bien en jouant ce personnage.

    Ce soir-là, l’un des acteurs  qui tenait le rôle de l’huissier  annonçant les noms des témoins, dit de sa voix grave et portée :

    « Madame Esther Williams ».

    Rires dans la salle. Rires camouflés des acteurs.

    Le pauvre comédien avait probablement vu au cinéma, dans l’après-midi, le film « Le Bal des Sirènes » avec la belle nageuse Esther Williams. Distrait le soir au théâtre, il avait lancé ce nom …

    Le premier témoin à annoncer s’appelait Mademoiselle Esther… Rubens !

    J’aime autant vous dire que l’acteur- dont j’ai oublié le nom - a  été solidement engueulé. Mais durant toute la série des représentations, il n’a jamais plus commis cette gaffe !

     

    Je jouais dans deux théâtres en même temps : à 20 h 15, le premier acte du « Troisième Jour » au Théâtre Royal du Parc et à 21 h 30 le deuxième acte d’une pièce joyeuse dont le titre m’échappe pour l’instant – au Théâtre Molière - ; cela  se passait dans un bistro et j’en étais le patron.

    Alors, à la fin de ma scène sur le plateau du Parc, je prenais un taxi qui me déposait à la Porte de Namur. Un court voyage pendant lequel j’enlevais  mes « loques » de Monsieur Pinchas  pour endosser à toute vitesse la tenue d’un  jeune patron de café.

    Le « Molière » - s’il le fallait- retardait le lever du rideau, en attente de mon arrivée au théâtre.

     

    Le rideau moliéresque tombé sur le deuxième acte, je reprenais un taxi, direction Théâtre Royal du Parc, mais cette fois sans me déshabiller dans le taxi.  Je regagnais ma loge et là, je me changeais et j’attendais la fin du spectacle pour aller saluer avec mes camarades…

    Ce soir-là, la Reine Elisabeth était venue voir la pièce et avait  souhaité rencontrer les comédiens à l’issue de la représentation.

    Nous étions tous présents sur le plateau, les uns à côté des autres. La Reine est arrivée avec un magnifique sourire et a félicité chacun d’entre nous.

    Belgique20B.jpg

    Et quand elle s’est dirigée vers moi, elle m’a regardé avec insistance, intriguée, et m’a demandé si je jouais bien dans cette pièce car elle n’arrivait pas à m’identifier, ni l’acteur ni le personnage.

    - Votre  Altesse, c’est tout à fait normal. Je composais mon personnage en lui donnant un âge beaucoup plus avancé que le mien, et j’ai refait mon jeu de doigts. Elle a ri !

    Mon look était tout différent sur scène.

    Souriante, elle m’a dit alors : « Ah je vois ! Le marchand de draps !  C’était très bien… ».

     

    L’intervieweur : Un bon souvenir cela !

     - Ah oui. Bien sûr ! Pour honorer la présence de cette Reine des Belges, passionnée par la musique classique, à qui nous devons d’ailleurs le grand Concours  Musical et International qui porte son nom,  nous pourrions écouter un extrait de l’oratorio de César Franck «Les Béatitudes ».

     

    Petit à petit, je m’éloignais du théâtre… je pensais solidement à la Radio, à faire de la radio à temps plein.

    Ce qui ne m’a pas empêché de jouer encore quelques pièces, de partir en tournée,  d’être engagé au Théâtre de la Bourse et de jouer avec l’une des grandes vedettes du théâtre bruxellois ( à l’instar de Gustave Libeau et Marcel Roels) : Darman !

    Un « loustic » celui-là ! Il pouvait en faire des blagues en scène.

    Un soir, son personnage allait s’éloigner et me laisser seul. Il m’a serré la main pour prendre congé. Il avait placé dans la sienne un œuf cru !

    Tout coulait ! Le public était mort de rire !

    Et moi, la victime de cette plaisanterie,  moi qui devais rester en scène, bien ennuyé et comment me dépêtrer de cette situation… J’y suis arrivé, bien entendu et applaudit par le public !

     

    On peut  vivre de curieux moments en scènes, drôles souvent !

    C’était au Théâtre Molière. Je jouais avec Georges Jamin.

    A un moment donné, lui de dos au public, moi face au public, il clignote des yeux et fixe mon pantalon…Il voulait me signaler que ma braguette était ouverte…Je comprends ce qui se passe mais comment faire ?

    J’ai improvisé un texte, je me suis retourné et j’ai refermé cette braguette à toute allure. Et j’ai repris le fil de notre conversation…Les spectateurs n’avaient rien vus… Heureusement !

     

    Tout tout tout

    Vous saurez tout sur le zizi… »

    (« Le zizi » /Pierre Perret.)

     

    L’intervieweur : J’ai souvent  entendu parler de « trucs d’acteurs »…En connaissez-vous ?

    Oui, évidemment. Je vous en souffle un : écrire son texte, tout au moins quelques répliques sur les manchettes de sa chemise pour pouvoir jeter un oeil discret sur le texte en cas de trou de mémoire.

     L’intervieweur : Drôle ! Par contre, avez-vous vécu parfois  des situations dramatiques ?

     

    Un soir, je me rends au Rideau de Bruxelles pour voir une pièce de Feydeau, adaptée par Frédéric Dussenne en comédie musicale et dans laquelle joue Nicole Valberg, un rôle de marquise complètement folle… Elle nous fait rire durant les deux heures du spectacle.

    Nicole est une amie. J’attends sa sortie du théâtre pour la féliciter.

    Elle arrive dix minutes plus tard.

    Je la prends dans mes bras (comme on fait toujours au théâtre) et elle m’apprend que son mari,  Frédéric Latin – un grand ami également - est mort quelques heures plus tôt.

    Elle a voulu assurer néanmoins la représentation et jouer son personnage comique. Elle nous a quitté tous pour se rendre à la clinique  voir une dernière fois son époux défunt.

    Le Théâtre est souvent le reflet de la Vie ! La Vie peut devenir le Théâtre !

     

    1957- Ma décision est prise : je vais me consacrer entièrement à l’art radiophonique avec lequel  je flirte depuis plusieurs années déjà…

     

    Pour ton nez qui s’allume

    Bravo ! Bravo !

    Tes cheveux que l’on plume

    Bravo ! Bravo !

    (« Bravo pour le clown » /Edith Piaf.)

     

    J’endosse un costume de clown et je me produis à nouveau au Théâtre Royal du Parc pour interpréter ce personnage dans la pièce d’André Roussin « Bobosse ».

    Un mauvais rôle qui sera du reste coupé lors de la reprise du spectacle à Paris, mais avec un partenaire de choix : Monsieur François Perier.

     

    Je vous  reparlerai plus en détail de ce spectacle et du plaisir immense que j’ai eu de jouer aux côtés de ce grand comédien que fut François Perier !

     

    Ah ! Ce magnifique rideau rouge du théâtre ! Il reste bien en moi, je ne m’en séparerai jamais …

     

    Rideau ! Entracte ! Changement de décor !

     Changement d’emploi ! La fête continue !


    La fête bat son plein, musique et manèges

    Nougats, carabines, voyantes, femmes nues

    Du matin au soir, c’est un long cortège

    Chansons, balançoires, la fête continue

    (« La fête continue »/Edith Piaf.)

     

    Ne décrochez pas, la suite de mes  aventures sur la page à venir...

     

     

    0 commentaire
  • Episode 10 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion

    Le docteur : Madame Blanc, vous êtes une grande  hépatique, compliquée de troubles caractérisés des centres vaso-moteurs.

    Madame Blanc : C’est grave Docteur ?

    Le Docteur : Ca peut le devenir. (S’adressant au notaire)  Allez-y maître !

    Le Notaire : J’espère que tout est bien en règle et qu’aucun incident ne viendra    troubler notre réunion.

    Le Docteur : Pas de commentaires. Allons au fait. Je prie…

    Le curé : Enfin, une bonne résolution !

    Je vous présente « Les  trois cloches » de la pièce de Roger-Ferdinand « La Galette des Rois » : Georges Jamin - le docteur,  Roger  Dutoit – le notaire, et Roger Simons - le curé.

    Trois savantes compositions face au jeune premier – hum hum hum- de la pièce, Raymond Cordy (53 ans à l’époque) qui jouait Benoît (30 ans).

    Il prenait la tasse chaque soir… Nous, les trois clowns, nous entrions et sortions de scène ensemble – déjà les spectateurs riaient beaucoup car ils nous voyaient régulièrement sur les scènes bruxelloises et nous appréciaient …

    D’autant plus que dans cette pièce-ci, Georges Jamin s’était collé une grosse moustache blanche, Roger Dutoit un long costume noir de croque-mort et moi, une  tonsure, une soutane sur laquelle rebondissait un faux gros ventre et un dos voûté. J’avais 26 ans !

    Nous nous amusions tous les trois et le public, plus encore. A un point tel que nous étions affichés au billet de service sur lequel Monsieur Schauten, directeur du Théâtre Molière, avait inscrit : « Messieurs Jamin, Dutoit et Simons sont priés de ne pas faire rire leur  camarade Raymond Cordy et de ne pas tirer la couverture sur leur personnage et leur jeu de scène… ».

    Au lendemain de cette publication, nous avons encore plus fait rire les spectateurs, au grand désarroi de Raymond Cordy, que nous aimions beaucoup au demeurant.

    Faut rigoler

    Faut rigoler

    Avant qu’le ciel nous tombe sur la tête

    Faut rigoler

    Faut rigoler

    Pour empêcher le ciel de tomber…

     Faut rigoler » / Henri Salvador)

     

    Toujours au Théâtre Molière, j’ai souvent joué avec Georges Jamin. Une vraie nature comme celle de Gérard Depardieu !

    J’ai dû faire face à des situations difficiles lors des représentations du dimanche après-midi.

    Il avait tendance à s’endormir en scène, la digestion sans doute ! Alors, je devais improviser et essayer de le toucher délicatement sans que le public s’en aperçoive ! Il se réveillait d’un bond et avec dextérité, reprenait la phrase qu’il avait commencée deux instants juste avant. Comme si de rien n’était ! Il était extraordinaire l’ami Georges !

    Par après, je l’ai souvent engagé dans mes feuilletons radio et là aussi,  dans le mythique studio 7 de la place Flagey, en pleine répétition et même en plein enregistrement, il avait ces  mêmes tendances…

    Je criais alors par haut-parleur : «  Georges, c’est à vous ! ».

    Et comme au théâtre, il reprenait illico  sans la moindre bavure.

    Tout avait commencé

    Comme une pièce à succès

    Dans le décor tout bleu

    D’un théâtre de banlieue… »

    (« Fini, La Comédie»/Dalida.)

    On plante les décors !  On déplante les  décors ! Ca bouge tout le temps ! D’un décor à l’autre !

    Un décor nous conduit dans un autre lieu, une autre époque, d’autres personnages, une autre histoire, on passe du gai au tragique, du fou rire à l’émotion… Ainsi…

    le pere damien.jpg

     Quel est l’homme sacré « Saint » en 2009 ?

     L’intervieweur : Le Père Damien !

     Père Damien : « Je suis « un » avec les lépreux, quand je prêche, c’est ma tournure : Nous autres lépreux.

    Je reste pour ma vie avec mes lépreux.

    Saviez-vous qu’il existe une pièce à propos du Père Damien, écrite par Jean Silvain, créée à Bruxelles au Théâtre Royal des Galeries en 1944, puis à Paris au Palais de Chaillot en 1950, ensuite reprise à Bruxelles en 1952 ou 1953, mais cette fois au Théâtre Molière de la rue du Bastion ?

    J’avais  plusieurs personnages à défendre dans cette pièce, dont le journaliste Stoddard…

    Stoddard : Bonjour Père Damien.

    Damien : Je vous reconnaîtrais dans une foule grâce aux  photos que j’ai vues de vous dans les journaux. J’admire en vous le bel écrivain et le grand journaliste…Vous déjeunez avec moi, n’est-ce pas ?

     

    J’avais aussi à jouer un lépreux. Je n’étais pas le seul, nous étions une dizaine d’acteurs à le faire. Nous avions à «enfiler » un bas de femme sur notre visage. C’était astucieux et très valable comme idée.

    Je me souviens d’un soir où plusieurs camarades et moi-même nous sommes amusés à sortir du théâtre avec le fameux bas de femme et nous promener  dans les rues environnantes.

    On nous regardait  avec curiosité.

    Mais je ne garde pas un souvenir impérissable  de ce moment léprosien…

    Par contre, j’en garde un exceptionnel face à Mademoiselle Telcide, l’aînée de ces célébrissimes « Dames aux chapeaux verts »…

    Arlette : Pourquoi riez-vous Monsieur ?

    Jacques de Fleurville : Excusez-moi Mademoiselle, mais vous ressemblez si peu aux dames patronnesses qui viennent d’habitude.

    Arlette : Alors, laissez-moi rire aussi, monsieur car je m’attendais à voir un M.de Fleurville… enfin … pas comme vous.

    Jacques : Ah, mais pardon, moi, je suis le fils.

    Arlette : Ah mais pardon, moi, je suis la cousine des dames patronnesses…

     

    J’avais joué  le fils du grincheux propriétaire dans un premier temps à Liège… mais mon interprétation « évènementielle » se situe quelques années plus tard lors de la reprise de cette pièce, au théâtre Molière, toujours rue du Bastion, où je suis le partenaire de Madame Pauline Carton.

    Je ne suis plus le fils de Fleurville mais bien le père de Fleurville.

    Voilà un moment tout à fait étonnant au cours de ma jeune carrière que je vous raconterai dans le dernier chapitre de mon bouquin, consacré aux grandes stars du théâtre et du cinéma français.

     

    Je me maquille davantage  avec des traits blancs pour souligner l’âge (ce père doit avoir dans les quarante ans, c’est vieux cela !!!).

    La star française, grande interprète de Sacha Guitry, a joué le rôle de Telcide des centaines de fois.

    Alors, elle arrive à Bruxelles au dernier moment pour la « générale » quand nous sommes  tous sur le plateau, dans le décor,  habillé et maquillé.

    Et elle fait donc la connaissance avec ce comédien d’un âge un peu « abîmé », moi !  

    Fleurville (père) : Oui, naturellement, c’est votre sœur qui vous envoie ?

    Marie (la plus jeune des dames patronnesses) : Elle n’a pas pu venir elle-même.

    Fleurville(père) : Elle a raison,  j’en ai assez  de cette question de gouttière… Du reste, c’est bien simple, maintenant toutes ces histoires de locataires regardent mon fils. (Il appelle) Jacques, viens voir veux-tu ?

    Un autre acteur, guère plus jeune que moi, joue le fils… C’est une situation amusante…

    Et au lendemain de la première, j’arrive très tôt au théâtre – comme d’habitude- et je me dirige vers la taverne du Molière (juxtaposée à la scène).

    Je vois Pauline Carton. Je la salue. Elle me regarde, intriguée. Qui suis-je ? Forcément, je suis tout autre sans mes artifices scéniques de vieillissement.

    Quiproquo ! Dédain ! Sourire ! Conversation ! Pauline Carton m’adopte tout de suite.

    Et tous les soirs, je la rejoins dans sa loge pendant le deuxième acte. Elle n’en fait pas partie ni moi non plus.

    Et c’est là que je commence

    sans m’en rendre compte

    Mon métier de reporter et que j’enregistre ma première interview-radio  avec Telcide/Pauline.

    -Pauline Carton, dans votre livre « Les Théâtres de Carton », vous  évoquez vos débuts au théâtre et les conseils qui vous étaient donnés par votre metteur en scène…

    Pauline Carton : Oui. Il nous disait à nous, petits débutants  de ne pas parler en marchant, de ne pas laisser tomber le ton,  d’éviter tout temps froid, de ne pas nous masquer les uns les autres, de jouer bien chaud bien gai… J’ai en mémoire…

    Et elle parlait, elle parlait abondamment, elle était passionnante à écouter d’autant plus qu’elle mimait la plupart de ses propos.

    De grands moments de rire !

    Je ne lui déplais certes pas, elle  me propose d’ailleurs (comme Mary Marquet précédemment) de la rejoindre à Paris pour me présenter à de fortes personnalités du monde artistique, dont bien évidemment Sacha Guitry…

    Et cette fois encore, je n’adhère pas à cette proposition… J’ai  peut-être eu tort ! Le maître Guitry m’aurait engagé et j’aurais  fait une carrière parisienne…Qui sait ?

    En confidence, les comédiennes d’un certain âge m’ont  dragués.

    Très franchement, cela ne m’excitait guère alors que les jeunes actrices... hum hum hum…j’en ai connu pas mal !

    J’ai revu bien plus après Pauline Carton à Paris dans un grand hôtel de la rue de Rivoli où elle vivait en permanence … Elle avait bien vieilli et était devenue réfractaire aux interviews.


    Elle se rendait parfaitement compte que je l’interviewais pour une diffusion radio posthume, une fois qu’elle serait entrée dans la légende.

    Elle avait oublié que j’avais été son partenaire  bien des années avant.

    Elle était devenue très revêche avec le temps.

    Mais croyez-moi, je conserve un  souvenir émouvant, drôle, percutant de ma rencontre avec cette dame pince-sans-rire, le chignon pointé vers le ciel, sa voix à la vinaigrette, acerbe, ses regards fulgurants, persuadée qu’elle avait toujours été laide comme un pou, ses propos souvent grivois que je n’oserai pas vous répéter ici…

    Bref, un phénomène ! Une personnalité que chérissait le Maître Guitry.

    Elle jouait souvent les bonnes, et au théâtre, et au cinéma.  Combien de fois aura-t-elle dit :

    «  Monsieur, il y a là un monsieur qui demande à parler à Monsieur ».

     Ou : « Madame est servie »…

     Pauline Carton : C’est ce soir-là, je crois, seulement, que je compris que tant qu’il y aura une bicoque théâtrale où je serai figurante, souffleuse ou régisseur en second, je ne serai pas entièrement malheureuse.

    Et tant qu’un de Vous fera : «  Ah !Ah ! » d’une petite voix obligeante, après que j’aurai dit : «  Madame est servie », je serai plus comblée qu’un chien gavé de sucre qui se chauffe au soleil…

    Extrait de «  Les Théâtres de Carton »  par Pauline Carton- Librairie Académie Perrin.


     

    Ah ! Si les palétuviers,

    Vous font tant frétiller

    Je veux bien essayer

    Ah ! Sous les papa papa

    Sous les pa, les létu,

    Sous les palétuviers…

    (« Sous les palétuviers » /Pauline Carton.)

     

    Ah ! C’est quelque chose que la création artistique !  Réalité ? Illusion ? Ce qui est certain, « Ce soir, on improvise ».  D’accord Luigi ?

    Pirandello : D’accord ! Questa sera si recita a soggetto !

    Les lumières de la ville s’éteignent et la rampe s’allume en veilleuse… Dans cette pénombre retentissent les trois coups…  Rideau.

     

    Un spectateur  du parterre : Qu’est-ce qui se passe ?

    Un spectateur de la galerie : On dirait que, sur scène, ils se disputent.

    Un spectateur des fauteuils d’orchestre : Peut-être cela fait-il partie du spectacle ?

    Un spectateur âgé : Non mais, en voilà un scandale ! A-t-on jamais vu chose pareille ?

    Un vieille dame : Dieu nous protège ! J’espère qu’il n’y a pas le feu ?

    Le mari de la vieille dame : Tu es folle ? Le feu ? Où çà ?

    Qui c’est c’lui-là ? Le Docteur Hinkfuss !

    Docteur Hinkfuss : Je demande  aux acteurs de venir pour la présentation de leurs personnages.

     

    J’en faisais partie de cette troupe de comédiens réunis au Théâtre de Poche (Porte de Namur à l’époque) pour interpréter les nombreux personnages de la pièce de Luigi Pirandello :   « Ce soir, on improvise »

    theatredepoche1951.png

    photo: ( Histoire du Théatre de Poche 1951 )

    Je jouais un petit rôle, mais je ne me souviens plus du personnage – peu importe- l’important fut d’observer et d’être mis en scène par Roger Domani, co-directeur du Théâtre de Poche avec Roland Ravez.

    J’ai joué  également au Théâtre du Rideau de Bruxelles un petit rôle, un noble nommé Angus, dans la tragédie de Shakespeare « Macbeth ».

    J’ai surtout été observateur - comme avec la pièce de Pirandello…

    Et une oeuvre de Plaute « Les Menechmes » où, lors d’une représentation, je me suis foulé le ménisque au genou droit.

     

     ( Fin 10 ème partie )  A suivre...    A dimanche prochain !

     

    Pour un nouvel extrait de mon livre mémoire "ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE  - Souvenirs d'une passion"

    Roger Simons

     

    0 commentaire
  • Episode 9 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE - Souvenirs d'une passion

    Amusons-nous

    Faisons les fous

    La vie passera comme un rêve… 

    C’est le  grand charmeur des années 30/40 qui interprétait cette vieille chanson française des années 20 : Henry Garat.

    garat_photo_1.jpg

    Photos: (dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net )

    Les femmes se précipitaient sur lui et lui arrachaient  ses boutons de manchette ou un bout de sa chemise… J’ai eu l’insigne honneur de jouer à ses côtés le personnage de Jules de la Moquette dans «  Simone est comme ça » une comédie musicale d’Yves Mirande et Alex Madis.

    La Moquette (à André) : Avouez cher ami que notre rencontre ici a quelque chose d’inattendu. Nous deux dans ce coin de la Bretagne au moment où la saison bat son plein à Deauville !

    André : J’adore l’île Bréhat 

    C’était au Théâtre Molière, mais le « Chéri de ces dames »  était déjà bien malade…

    Le médecin se trouvait dans les coulisses et l’observait, prêt à agir si le besoin s’en manifestait. Et à l’entracte, on le soignait, on lui faisait prendre des  médicaments… 

    Mais il était formidable Monsieur Garat car le public ne s’apercevait de rien. C’est cela aussi le métier d’artiste ! Quoi qu’il arrive, le spectacle continue… « Show must go on » !

     

    André : Un conseil, la Moquette. Ne regardez jamais la mer à Deauville ! Ca fiche la cerise !

    La Moquette : C’est la vedette qui siffle, je me sauve…

    Tout est permis quand on rêve

    On a tous les droits

    Chérie c’est pourquoi

    Je te murmure sans trêve

    Jusqu’au petit jour

    Mon amour… 

    Qu’est-ce que cette chanson, extraite du film « Le chemin du paradis » avec Henry Garat et la vedette allemande, Lilian Harvey, a pu faire comme succès !


    Vous savez Garat a causé de sérieux ravages sentimentaux dans le public féminin.

    Il n’en était plus de même au Théâtre Molière…

     

    theatreMolière.jpg

    (carte du Blog "c'était au temps où bruxelles brussellait comme disait Jacques Brel")

    Le Théâtre Molière est devenu un lieu bien désuet aujourd’hui, c’est dommage.

    Un jour peut-être, un responsable aura la bonne idée de le restaurer. Croyez-moi, il en vaut la peine.

     

    A l’époque glorieuse de ce théâtre, Charles Schauten en était le directeur. Un homme sympathique, grand comédien qui excellait dans le rôle de Cyrano !

     

    On répétait une pièce. Puis arrivait le jour de la première. Monsieur Schauten était installé au bar de la taverne, fumant (il n’arrêtait pas de le faire) et buvant de l’alcool à un bon rythme.

    Nous, les acteurs, nous nous donnions avec nervosité – le trac au derrière – à l’interprétation de nos personnages.

     

    Pendant ce temps-là, le «patron » restait au bar, ayant donné l’ordre au régisseur de l’avertir lors des applaudissements de fin de spectacle.

    Alors, il se levait, gagnait la salle – à deux pas de lui - et applaudissait ses acteurs à tout rompre criant :  « Bravo…Bravo ».

    Or, il n’avait rien vu ! Et lorsque – à notre tour - une fois démaquillé, nous venions prendre le verre de l’amitié, il nous disait : « Excellent, tu as été formidable ! »

    Il disait un peu n’importe quoi, mais je l’aimais bien !

    Il est mort – une nuit -  dans son lit – tout comme son épouse d’ailleurs- complètement grillés tous les deux. Ils s’étaient endormis la cigarette allumée ! Une fin de vie …brûlante !

     

    Nous avons bien rigolé

    Au bistrot l’on a trinqué

    On a fait tous les cafés

    Avec les pom pom…

    Avec les pom pom…

    Avec les pompiers… » 

    « Avec les pompiers » / Fred Adison /Léon Raiter.

     

    J’ai connu le « Chant du cygne »  - non, j’exagère tout de même - au Théâtre Royal des Galeries.

    Il m’a été proposé un jour de faire la régie pour la comédie musicale de Marc-Cab et Serge Veber : « Il faut marier Maman » avec Denise Grey dans le rôle de Minouche – la maman et cinq jolies actrices jouant ses filles : Liliane, Jackie, Monique, Anne-Marie, ...et  la chanteuse comédienne bien connue à l’époque, Odette Laure.

    J’ai accepté bien entendu. Et chaque soir, en coulisse, j’étais chargé de veiller aux éclairages et surtout de veiller aux entrées en scène de ces cinq jeunes « nanas ».

    J’étais excité comme une puce car je les voyais se déshabiller… totalement, changer de robe les unes après les autres. Elles n’imaginaient pas qu’elles étaient observées par ce «  jeune » régisseur… curieux !

    J’ai connu des soirées affriolantes et remuantes, j’aime autant vous dire ! Je ne m’attendais pas à vivre mes derniers moments dans ce théâtre.

     

    En chœur, Denise Grey (que je recevrai plus tard dans mon studio de la RTBF) et les cinq  filles :

    « Connaissez-vous la Touraine ? »…

    J’ai  oublié les paroles de cette vieille chanson française.

     

    Ah là là, la douche écossaise m’est tombée dessus : du torride au glacé !

    J’étais en répétition  au Théâtre des Galeries d’une pièce qui allait bientôt se jouer.

    Tout apparemment se passait bien lorsque j’ai reçu un télégramme (l’ordinateur n’existait pas encore, ni les GSM !) m’informant que mon contrat était résilié et que  je devais  passer au bureau pour régler mes comptes…

    Qu’est-ce que j’avais pu faire de mal ?

    Est-ce que j’étais mauvais dans le rôle qui m’avait été accordé ?

    Je ne l’ai jamais su ! J’ai pris mes clics et mes clacs, j’ai pris congé de mes amis… Mes aventures théâtrales « galériennes » étaient terminées !


     

    Et maintenant, que vais-je faire

    De tout ce temps que sera ma vie

    Je n’ai  vraiment plus rien à faire…

    «Et maintenant » Gilbert Bécaud

     

    Pas de panique ! Théâtre Royal des Galeries : F-I-N.

    Mais le rideau allait à nouveau se lever au Théâtre Molière, là où j’avais connu  déjà de beaux succès et le billet de service publiait plusieurs pièces avec mon nom en tête de distribution…

    Comme par exemple « Jésus la Caille » de Frédéric Dard, d’après le  roman de Francis Carco, avec Roger Simons dans le rôle titre, Roger Dutoit (Pépé-la-Vache) , Jean-Louis Colmant (La Puce)

    Jésus : … j’ai envie de t’esquinter, de te faire mal…Va-t’en ! mais va-t’en donc ! Je me fous de tout !

    La Puce : Eh Monsieur La Caille !

    Jésus : Ah c’est toi…

    La Puce : Vous avez des ennuis ?

    Jésus : Oui, à cause d’elle.

    La Puce : Elle vous a plaqué ?

    Jésus  Oui, c’est fini.

    La Puce : Ah ! Les gonzesses…j’ai bien vu avec ma frangine c’qu’elles valent ; faut toujours les cogner ! On leur en donne l’habitude, après, ça devient du travail…

    Dites,  vraiment, c’est fini pour de bon ?

    Jésus : Pour toujours. Vois-tu la Puce,  j’peux même pas dire que j’l’aime.  J’aime personne… Oh ! je me dégoûte et j’sais plus ce que je veux… ( il fond en larmes).

    La Puce : Chialez pas, M’sieur la Caille. J’suis ici… avec vous moi.

     

    J’ai adoré cette pièce. On devrait la remettre à l’affiche du reste. L’extrait qui précède se situe à la fin d’un acte. Et sur la réplique de La Puce, le rideau doit tomber.

    Or, ce jour-là, il ne tombe pas. Nous devons improviser… et  parler et faire des mouvements …

    C ‘est délicat car  Jésus et La Puce sont tous deux homosexuels…

    La Puce se rapproche de Jésus, de plus en plus tendre… Le rideau ne tombe toujours pas…Nous allons devoir faire semblant de nous filer un patin…

    Rien ne se passe… Alors, je pique une colère, je me lève et cours vers  le « jardin » en criant, toujours en larmes : « Fous-moi la paix… » Je quitte la scène et je cherche le régisseur.

    Je l’aperçois au foyer en train de boire une bière avec un copain…Je l’engueule …

    Moi : Fais tomber le rideau quoi…T’es con ou quoi ?

    Il descend le rideau à toute vitesse, le public n’y voit que du feu ! Il applaudit ! Cela peut arriver dans le métier.

    La Puce : J’ suis là, M’sieur la Caille …Et si vous voulez bien, j’vous  gagnerai du pèze…

    Le spectacle terminé, je me démaquille, change de vêtements, quitte le théâtre et rentre chez moi.

    Or, à l’époque, j’habitais rue Ten Bosch, dans le haut de  l’avenue Louise… Je n’avais pas de voiture, et souvent, je rentrais à pieds. L’avenue Louise était très agréable pour la promenade avec son large espace et ses arbres, nombreux et magnifiques.

    Eh bien, chaque soir, j’avais à mes trousses un ou deux messieurs bien sympathiques qui me draguaient gentiment… Il faut croire que j’étais très convaincant dans l’interprétation de mon personnage de Jésus la Caille !

     

    Je suis artiste

    J’ai un numéro très spécial

    Qui finit en nu intégral

    Après strip-tease

    Et dans la salle je vois que

    Les mâles n ‘en croient pas

    Leurs yeux

    Je suis un homme, oh !

    Comme ils disent !…

    (« Comme ils disent », Charles  Aznavour.)

     

    Si je vous dis : Raymond Cordy. Que répondez-vous ?

    L’intervieweur : Un acteur français qui faisait partie des seconds rôles du cinéma français dans la première moitié du vingtième siècle.

    -Bravo. Je vous offre une galette, pas n’importe quelle galette ! La galette des rois.

    ( Fin 9 ème partie )  A suivre...    A dimanche prochain !

    Pour un nouvel extrait de mon livre mémoire "ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE  - Souvenirs d'une passion"

    Roger Simons

     

     

     

    0 commentaire