• Episode 16 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE et de RADIO - Souvenirs d'une passion

    Oui et c’est d’autant plus exact le jour où je me suis rendu  en Norvège et au Canada, accompagné par une équipe de quatre comédiens, pour y enregistrer un feuilleton (40 épisodes):

    DAN COOPER, héros des bandes dessinées d’Albert Weinberg, auteur aussi de l’adaptation radiophonique.

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    L’histoire de Dan Cooper était axée sur le sabotage de l’aviation militaire canadienne.

    Cooper, major dans l’aviation canadienne et son coéquipier, le capitaine Gagnon, quittent tous deux le Canada pour se rendre en Norvège où se déroulent de grandes manœuvres militaires.

    Ils passent par la Belgique et ils y rencontrent Agnès, une infirmière appartenant à l’armée canadienne.

    Or, à peine arrivé sur le sol norvégien, l’un des ailiers de Cooper perd tout contrôle à bord de son jet et va s’écraser.

    Le même phénomène apparemment inexplicable se reproduit avec d’autres pilotes.

    Cooper et Gagnon vont mener l’enquête dans cette mystérieuse et troublante histoire…

     

    J’allais vivre ma première aventure avec Dan Cooper en Norvège.

     

    Départ de Melsbroeck en DC. 4 vers Orland (Norvège), puis, un avion militaire, un C.119 (avion transport de troupes) vers Bodö, notre destination.

     

    Nous avons reçu notre certificat de passage pour entrer dans le Cercle Polaire Arctique, d’où il est possible d’observer  le « Soleil de Minuit ».

    Donc : pas de nuit, pas de lune ! Des jours de 24 heures !  Fabuleux !

     

    C’était extraordinaire de nous voir répéter et enregistrer des séquences qui se passaient sur les quais du petit port de Bodö et ce, à 3 heures du matin ! On ne se rendait plus compte de l’heure qu’il était ! Nous avions la compagnie des mouettes qui se régalaient de ce spectacle « sonore »  inattendu !

     

    Par contre, c’était vachement dur d’enregistrer au bord du Saltstraümen, l’un des fjords de Bodö. Le vent était d’une force inouïe, la température des plus basses, les rochers de la rive, abrupte, étaient recouverts d’une couche de glace traîtresse. C’était laborieux de manipuler nos brochures.

    Mais quels décors fascinants avec cette Nature complètement déchaînée !

     

    Passé le Cercle Polaire Arctique, près de Bödö, sur le fleuve du Saltstraümen, les tourbillons d’eau qui déferlaient à toute allure, provoquaient un bruit très puissant. Les comédiens devaient dominer ce bruit.

    Ils y arrivaient facilement, naturellement, puisqu’ils se trouvaient « dans le décor véritable ».

     
    podcast(Extrait du feuilleton Dan Cooper)

    Nous étions donc en Norvège, car dans l’histoire imaginée par Albert Weinberg, intervenaient des Vikings.

    Alors plusieurs Norvégiens ont joué leur propre rôle.

    Fantastique ! Tout comme de voir à tout moment de la journée ou de la nuit – dans une clarté totale – l’auteur en train de griffonner des dialogues – je le répète – en  fonction du lieu et des habitants de la région.

     

    Nous étions pris en charge par l’armée norvégienne, nous mangions avec les officiers, nous dormions dans leurs bâtiments. 

    Parfois, nous nous évadions pour un court moment et nous allions nous balader dans la ville. Diablement belles les jeunes Norvégiennes !

     

    Nous étions un jour dans un petit restaurant. J’avais à payer la note. Je m’adresse à la caisse et je dis : « Please, give me the waf ! » La préposée me regarde, étonnée !  J’insiste:    « The waf please ! ». Je montre des billets de banque…

    La caissière, souriante, comprenant enfin ce que je veux dire :  « Oh ! OK, the Bill! » 

    Fameuse différence entre « waf » qui signifie  « gaufrier »  en wallon liégeois et « bill » ! Toute l’équipe était morte de rire !

    Je vous avoue que je n’ai jamais eu la bosse des langues… 

     

    Les accents norvégiens, canadiens, esquimaux étaient authentiques et cela se percevait à l’écoute. Non seulement les accents, mais les expressions, le langage, le vocabulaire… Passionnant !

     

    De nombreuses séquences furent enregistrées dans l’avion, ce qui donnait aux comédiens le ton juste.

    D’autres fois, j’ai essayé de reproduire une scène semblable en studio en demandant aux acteurs de parler fort mais dans le ton précis d’une conversation échangée en avion, en appliquant par la suite le son des réacteurs.

    Un résultat  moyen où l’on pouvait se rendre compte  du mixage fait en labo : bruits des réacteurs – voix des comédiens.

     

    Rentré à Bruxelles le 16 juin à bord d’un DC 6, j’allais vivre quelques semaines plus tard ma deuxième aventure Dan Cooper, cette fois au Canada.

     

    Moi mes souliers ont beaucoup voyagé …

    (Chanson canadienne / Félix Leclercq)


     

    Un mois plus tard...

    Nous avons gagné tout d’abord Chièvres en voiture. Nous attendions le petit avion qui devait nous conduire à Lahr en Allemagne.

    Nous apercevons un avion qui décolle et l’un des acteurs s’écrie joyeusement : « Tiens, voilà notre avion qui part sans nous ».

    Et nous rions. En fait, c’était bien le nôtre d’avion, mais le pilote ayant déposé des militaires et croyant sa mission terminée, était reparti oubliant l’autre mission, celle de nous emmener.

    La tour de contrôle l’a rappelé. Le petit avion – un Dakota 455-

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    a fait demi-tour et est venu se poser près de nous ; nous avons grimpé à toute vitesse dans la carlingue et l’avion a gagné Lahr sans aucun autre incident !

    Quelques heures dans cette petite ville allemande, puis le lendemain, embarquement à bord d’un Yukon CL-44 D -4,

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    un gros avion cette fois, dans lequel les sièges à rayures (brun, orange, jaune - dossiers en tweed chiné) étaient installés dans le sens opposé à la marche, car, en cas de problème grave en vol, les sièges sont projetés vers l’arrière, le choc est paraît-il, moins  brutal !… Je n’en suis pas convaincu.

     

    Après quelques heures de vol bien agréable, nous sommes arrivés à la base de Trenton (Ontario/Canada).

    En débarquant de cet excellent avion aux sièges à l’envers, après avoir parcouru environ 6.000 Kms en toute quiétude et dans la bonne humeur, Albert Weinberg, l’auteur liégeois, s’écrie avec son bon accent :« On est arrivé à Coronmeuse ! »

    Coronmeuse, c’est à Liège évidemment,  un lieu situé tout à côté du hall des foires et d’une patinoire, à deux pas du centre ville…

     

    Les  officiers canadiens qui nous recevaient n’ont pas compris la raison pour laquelle Albert Weinberg faisait cette réflexion mais nous, nous étions morts de rire.

    Cela commençait bien !

    On nous reçoit comme des VIP et l’on nous invite à monter dans le « char ». Nous rigolons tous, mais à notre tour de ne pas comprendre pourquoi  nous allions prendre un char… Nous ignorions que « char » en langage québécois signifie « voiture » !

     

    Nous avons parcouru, l’auteur, les trois comédiens et moi,

    plus de 30 000 Kms à l’intérieur du Canada pour réaliser ce long feuilleton : 382 séquences.

    De Trenton à Fort Churchill, de Fort Churchill (Baie d’Hudson) à Bagodville, de Bagodville à Chicoutimi…

    Une aventure exaltante ! Un voyage émaillé de mille souvenirs…

     

    L’intervieweur : Vous deviez disposer d’un solide budget ?

     

    Pas du tout. Tout était pris en charge par les Forces Aériennes Belge, Norvégienne et Canadienne.

    La RTB se chargeait du paiement des acteurs au nombre de quatre. Vous me direz que c’est peu de comédiens pour un grand feuilleton.

    En réalité, j’engageais sur place des acteurs ainsi que des gens qui jouaient leur propre rôle.

    Je les recrutais sur le terrain. Passionnant ! Je faisais passer un genre d’audition, j’expliquais le rôle à jouer, un petit bout de répétition, et si c’était ce que j’attendais, le rendez-vous était fixé au lendemain…

    J’ai obtenu ainsi d’excellents résultats, que ce soit en Norvège ou au Canada.

     

    L’armée canadienne avait mis à notre disposition un petit avion, avec à son  bord : le pilote, l’auteur, le réalisateur et  les acteurs, sept personnes au total.

    Formidable, non ? Cet avion « personnel » nous permettait de gagner en un minimum de temps les différentes régions où se situait l’action. Mais d’une manière totalement imprévisible ! Nous étions libres. Génial !

     

    Vous me direz : « Pourquoi se trouver sur place pour faire de la Radio ? » Tout simplement parce que c’était des plus agréables, que je trouvais une équipe technique différente dans chaque lieu, et comme je vous l’expliquais quelques lignes ci-avant, la découverte d’autochtones pour interpréter les personnages du feuilleton.

     

    Le synopsis de l’histoire avait été imaginé et écrit à Bruxelles par notre sympathique et talentueux auteur, Albert Weinberg.

    Mais les dialogues se construisaient  chaque jour, au fur et à mesure, selon les possibilités de l’endroit et les « acteurs en herbe ».

     

    Et c’était amusant de voir l’auteur écrire les textes en fonction de ces gens rencontrés sur le terrain, tel le Commandant du destroyer « Ottawa » et tout son équipage.

    Avec l’accord de l’Amirauté, nous avions l’autorisation de monter à bord pour simuler, jouer et enregistrer une alerte au sous-marin.

    On se serait cru en plein combat avec sirènes et survols de l’aéro-navale ! Gigantesque ! Jamais fait pour une Radio, de Service Public qui plus est !

     

    Quelques heures plus tard, nous étions dans une autre base aérienne où stationnaient d’impressionnants quadrimoteurs, les Argus,

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    dont la mission était de traquer les sous-marins suspects !

    Nous avons pu nous enfermer avec l’équipage dans la longue carlingue de ce redoutable chasseur de sous-marins…

    Incroyable mais authentique ! Nous étions tellement dans l’action que nous nous sommes mis à repérer le moindre submersible qui aurait louvoyé sous la mer… Extra et inédit !

     

    A la Baie d’Hudson, le Père Bel Air, étonnant missionnaire qui partageait sa vie avec les Esquimaux, a joué son propre rôle et établi des dialogues avec ses amis aux curieux vêtements de daim frangés.

    On les a tous réunis et ils se sont mis à chanter des chants typiques. Quelle ambiance inimaginable dominée par les cris et les danses d’un peuple lointain.

    Les Esquimaux qui ont donc participé au feuilleton, n’ont jamais compris pourquoi une équipe européenne venait d’aussi loin pour les enregistrer (le son uniquement) et quel en était l’intérêt principal, réel…

    Cela constituait un événement pour eux ! Et pour nous donc !

     

    Et que de belles rencontres avec ces femmes Esquimaux et aussi avec de belles jeunes femmes de Chicoutimi, un endroit que j’ai baptisé du reste : « Chicoutimi mon amour » en relation avec le titre du film d’Alain Resnais, sans plus ! Quoique…

     

    Nous devions nous rendre auprès des Indiens Montagnais, mais il y a eu une erreur sur  le plan de déplacement.

    Nous ne les avons jamais vus. Par contre, nous avons rencontré les Indiens Hurons, complètement « modernisés » donc, pas  de danses, ni de chants traditionnels ! 

     

    Avec notre petit avion, nous avons  parcouru le lendemain des centaines de kilomètres pour retrouver la trace de Gros Louis, le chef des Montagnais ! Mais sans succès.

     

    Vingt jours de tournage au Canada et retour à Bruxelles où j’ai procédé à plusieurs enregistrements au simulateur de vol à Florennes, d’un  F.104 ( avion supersonique)– au sol  bien sûr ! Les acteurs avaient pris place à l’intérieur, étant sensés être en vol !

     

    Il est certain que cette façon de procéder eut été plus difficile, voire impossible à l’époque où n’existait pas le « Fabuleux Nagra » le compagnon de toute une vie de reporter…

    (sur l’air de «  J’ai ma caméra » par Ward Single et Serge Rezvani)

     

    J’ai mon  petit Nagra

     Tu as ton p’tit Nagra…

     

    Pour la petite ou grande  « Histoire de la Radio », saviez-vous qu’avant  la deuxième guerre mondiale, lorsqu’on désirait faire une interview avec une personnalité, il fallait faire appel à tout un car de captation ?

    Et sur place, il s’agissait de déployer le nombre de mètres de fil nécessaire pour rejoindre l’endroit où se passait l’entretien.

    Et en plus, on enregistrait sur grand disque souple, incassable. Pas question de faire du montage par la suite. S’il y avait une erreur, il fallait recommencer le tout.

    Il fallait également posséder deux appareils d’enregistrement disque (des graveurs) car on disposait de peu de minutes par face. Et lors de la diffusion du document, il fallait déployer une attention vigilante pour réussir un enchaînement parfait d’un disque à l’autre !

    Temps héroïques d’autrefois ! 

    Un autre temps !  Une autre époque ! Aujourd’hui, avec le moindre petit ordinateur, on réalise des miracles …

     

    Elle est repartie vers l’Océan Indien

    Elle ne m’a laissé qu’un chagrin qui sonne

    Des messages d’amours

    Sa voix au magnétophone »

    (« La Voix du magnétophone »/ J.P.Millers-D.Barbelivien)

     

    Je voudrais tout de même vous dire que je n’ai pas connu cette fameuse époque héroïque de la Radio.

    Mais j’ai vécu toutefois celle où j’emmenais tout un matériel d’enregistrement pour faire une seule interview de quelques minutes. 

    Seul, en tramway ou bus, avec un énorme magnétophone  (le « Carad » dont je vous ai déjà parlé, très lourd) et une valise plus énorme encore contenant les fils de secteur, les microphones, des outils, les bandes magnétiques, tout quoi !

    Je me souviens du jour où j’ai grimpé les marches de l’église du Béguinage qui me conduisaient au sommet de la tour, pour enregistrer « en gros plan » les cloches.

    Il fallait être dingue ou passionné ! Je pense que j’étais les deux…

    Et je le reste toujours…

    J’aime faire ce que j’ai envie de faire ! 

     

    Aujourd’hui  -enfin déjà depuis une trentaine d’années – la captation est devenue plus facile grâce à l’autonomie du magnétophone Kudelski « Nagra » … et en ce début du vingt et unième siècle, le tout dernier modèle Nagra pèse quelques grammes et paradoxalement le micro qui l’accompagne est démesuré et, vous ne l’ignorez pas, le micro est l’une des pièces maîtresses d’un magnéto.

     

    J’ai travaillé aussi avec un tout petit Nagra de poche, que je dissimulais dans ma veste avec un micro-espion fixé dans la ceinture du pantalon ou encore fixé sous la cravate !

    Ni vu ni connu lorsque je voulais procéder à des documents sonores…  Secrets … C’est ce que je faisais souvent au cours de mes longs voyages reportages à travers la planète.

     

    Ah ! La Radio, l’extraordinaire bonheur de ma vie !

     

    J’enregistre !

    J’enregistre soir et matin

    J’enregistre sur mon chemin

    Je suis heureux, j’ai tout et j’ai rien

    J’enregistre sur mon Nagra…

    (sur l’air de «Je chante » de Charles Trenet)

     

    L’intervieweur : Vous arrive-t-il de procéder aujourd’hui encore à des enregistrements ?

     

    Oui oui, bien sûr.  Mais je ne jouis pas d’un matériel de haute qualité… Un « bête » petit cassettophone, d’une grande modestie. J’enregistre la voix, oui.  J’écoute, oui, mais quelle médiocrité !  J’ambitionne l’achat du dernier Nagra. Fastueux, tout comme son prix, colossal !

     

    L’intervieweur : Vous aimez enregistrer votre voix ?

     

    Oui oui, quelle question ! C’est évident ! Tiens, j’ai subitement une idée…

     L’intervieweur : Vous n’arrêtez pas d’avoir des idées…

    (riant) Oui et c’est tant mieux !

    Si j’enregistrais  tout mon bouquin…Pour un bonus quoi !

    L’intervieweur :  Et comme disait je ne sais plus quel écrivain : «  Si c’était à refaire… ? »

     «  Je referais ce chemin… ! »   Vous en doutez ?

     L’intervieweur : Absolument pas ! Et allez-y d’une autre de vos grandes aventures radiophoniques…. Celle de «La Grande Peur de 89 » par exemple ?

     

    1. Magnéto. . Décompte : 9 8 7 6 5 4 3 2 1Zéro. C’est parti !

     

    LA GRANDE PEUR  DE   89 …

     

    Philippe Dasnoy, directeur de la Radio, me propose de réaliser : « La Grande Peur de 89 » une œuvre de science-fiction de Max Gallo, publiée chez Robert Laffont en 1966 , dont il vient de faire une adaptation radiophonique.

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    Ce texte évoque la possibilité d’un nouveau  conflit mondial dans lequel la Chine apparaît comme leader des pays pauvres face à une coalition URSS-USA-EUROPE !

    Le conflit sera évité in extremis, entre autres par une mission diplomatique du Pape à Pékin…

     

    Bien sûr que je vais mettre en chantier cette histoire qui me fait un peu penser à celle de H.G. Wells « La Guerre des Mondes ».

    Je veux donner à cette « dramatique » un maximum  de réalisme.

    Donc, au départ, je ne veux pas enregistrer en studio et moins encore engager des acteurs.

    Les personnages de ce manuscrit sont uniquement des journalistes. Je vois mal des comédiens rendre authentiques  ces reporters-là. Même avec les meilleurs comédiens, cela sentirait le « fabriqué », le «composé», le « joué » !

    Je veux donc faire « jouer » de vrais journalistes, et quoi de mieux que d’utiliser ceux de la RTBF ? Encore faut-il qu’ils soient d’accord… 

    Tous acceptent avec joie et exaltation.

    Cela m’entraîne à modifier le texte initialement conçu pour une dramatique conventionnelle.

    Philippe Dasnoy accepte, me faisant entièrement confiance.

    J’ai donc à ma  disposition une armée de journalistes attachés à notre Radio de Service Public. Tous des grosses pointures !

    Je leur demande à chacun de modifier le texte dans leur « jargon » habituel de journaliste, à seule fin de le rendre le plus vivant possible.

    Mon souhait était de « piéger » les auditeurs en les faisant croire à des évènements dramatiques qui se déroulaient dans le monde.

    Et j’y suis totalement parvenu ! 

    Selon leurs spécialités au sein de  l’« Institut », j’établis la distribution des journalistes qui vont représenter tous ceux du monde, tant aux Etats-Unis, qu’en Asie  ou qu’en Europe !

    Une trentaine  d’« intervenants » choisis sur le gril du talent.

    Je réunis les chefs techniques de la RTBF et nous mettons au point  les nombreuses captations dans différents endroits de Bruxelles.

    Des cars dotés d’un appareillage complet d’enregistrement sont mis à ma disposition.

    Une antenne spéciale, appelée « antenne réceptrice » sera placée sur le toit de la « Maison de la Radio », captant le son en provenance de ces cars… Les services adéquats  sont déjà au parfum.

    Certains journalistes se trouveront à l’aéroport de Zaventem, sur le tarmac, les micros placés aux endroits les  meilleurs pour capter le son et éviter une saturation  provoquée par les moteurs des avions.

    Des séquences importantes seront enregistrées à cet endroit, entre autres celle où l’avion arrivant de Rome atterrit avec à son bord le Pape (qui sera joué par un vrai Italien  appartenant au Marché Commun).

    Lui et moi, avons travaillé le ton et la voix du Pape, et son interprétation était tout à fait extraordinaire, plus vrai que vrai !

    D’autres journalistes allaient se trouver dans les cars de captation qui étaient censés circuler dans les grandes  capitales et grandes villes planétaires dont New York.

    Une journaliste, envoyée spéciale aux USA, censée être à Harlem, menait les interviews en « américain » auprès de responsables/journalistes.

    Je les avais trouvés à l’Ambassade et dans certains établissements de Bruxelles.

    D’autres encore occupaient un bureau de Flagey, figurant Londres, Paris, Berlin…

    Radio-Pékin appelait Bruxelles et l’on entendait l’indicatif de cette chaîne chinoise. J’en avais demandé copie.

    Le quartier général – Centre Alpha – était basé au  studio  7 –Flagey- connecté aux cars de captation.

    Une table spéciale appelée « console de mélange » avait été fabriquée pour recevoir toutes les captations.

    J’ai répété durant deux jours, le troisième étant consacré à l’enregistrement définitif.

    Bien évidemment, plusieurs enregistrements complets de cette histoire de science-fiction furent nécessaires à seule fin de pouvoir en extraire les meilleures séquences au moment du montage final.
    Exactement comme dans un film…

    Un travail de titan, mais super passionnant !

     

    Après trois jours de montage, nous avons  écouté le tout : on vivait les évènements à un point tel…que la Direction en a interdit la diffusion !

    On voulait éviter la panique, telle qu’elle avait été vécue aux USA lors de la diffusion de « La Guerre des Mondes » de G.H.Wells,  mise en onde par Orson Welles.

    De nombreux auditeurs s’étaient suicidés à l’époque…

    Une autre époque où la Radiodiffusion jouait un rôle prépondérant dans la vie des citoyens : 1938 !

    J’étais perturbé par cet interdit mais d’autre part, vachement flatté. J’étais devenu un nouvel Orson Welles… 

     

    Plus tard, l’interdiction fut levée et l’émission diffusée à l’antenne.

     

    « La qualité de l’œuvre, le pouvoir dramatique et brillant  de la réalisation, la vérité de l’interprétation qui rassemble les journalistes de la maison, justifient que l’on mette  à l’antenne cette « Grande Peur de 1989 »  réalisée par Roger Simons.

    Cette émission dramatique, réalisée en 1968, n’a jamais été diffusée. Elle avait été  à l’époque arrêtée  par la Direction qui craignait des réactions dans le public étant donné le contexte politique international (Guerre d’Israël). »

     

    (Extrait d’une note de service du chef des émissions dramatiques, envoyée à la Direction  de la Radio – le 08/11/1976)

     

    Annonces répétées toutes les heures sur les antennes de la RTBF :

    « L’oeuvre radiophonique « La Grande Peur de 89 », un roman de Max Gallo, adapté  pour la radio par Philippe Dasnoy, interdite d’antenne, sera finalement diffusée dans  son intégralité sur nos antennes en 1976, dix ans après sa réalisation.

    Il s’agit d’une œuvre de fiction réalisée par Roger Simons et interprétée par les journalistes de la RTBF. »

     

    La Direction Radio m’avait prié de faire cette annonce une huitaine de jours avant sa diffusion.

    Ce que j’ai fait, mais malgré tout, il y a eu de nombreuses réactions venant des auditeurs inquiets demandant s’il s’agissait d’une fiction réalisée d’une façon trop vraie, trop réaliste.

    Mais c’est justement ce que je voulais.

    Une auditrice m’avait même avoué qu’elle avait téléphoné à New York pour savoir ce qu’il s’y passait réellement.

    Plusieurs  auditeurs m’ont reproché d’avoir engagé un fonctionnaire appartenant au Marché Commun, ayant trop la voix et le ton du Pape Jean XXIII !

    C’est évidemment cela  aussi que je voulais : que tout le monde pense que c’était le Pape qui parlait.

    Je triomphais donc sur tous les plans, chaleureusement  félicité par la direction de la Radio.

     

    La Grande Peur de 1989', réalisation Roger Simons (1967)
    podcast

    La Sonuma nous raconte ....

     

    Plus après, on a rediffusé l’émission et à nouveau des réactions d’auditeurs inquiets.

    Remarquez, ils auraient pu changer de chaîne et écouter France –Inter, RTL ou Europe 1, pour écouter ce que l’on disait de la situation internationale !

    Est-ce que cela signifiait que nous avions des auditeurs fidèles à ce point ?

     

    Et j’avais imaginé de commencer l’émission par l’écoute de la  « 9ème Symphonie » de Beethoven, interrompue après quelques minutes,  le « Centre Info » réclamant l’antenne en urgence…

    Inquiétude des auditeurs malgré mes annonces précisant que c’était de la fiction… Génial, non !

     

    L’intervieweur : En fait, vous avez vécu de nombreuses expériences de cet ordre d’importance ?

     

    Oui oui, mais j’adorais ça. La difficulté, le risque, l’acharnement dans les idées. Et je n’ai pas du tout changé !

    Bon. Quelques mesures de la Neuvième, d’accord ?

     

    L’intervieweur : Bien sûr ! Qui aurait l’envie de refuser !

     

    (Musique dirigée par Von Karajan et jouée par l’Orchestre Philharmonique de Berlin.)

     

    Cut. Arrêt de bande magnétique. Rideau !

     

     A la semaine Prochaine... Oufti ... A l'année Prochaine

    Michel Metteur En Web pour Roger

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  • Episode 15 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE et de RADIO - Souvenirs d'une passion

    RTB(L’Acteur, avec emphase) : « Le Comte de Monte Cristo »

     

    Monte Cristo : Adieu à tous les sentiments qui épanouissent le cœur ! Je me suis substitué à la Providence pour récompenser les bons.

    Que le Dieu vengeur me cède sa place pour punir les méchants.

     

    L’intervieweur : Oh là là ! Cà chauffe, dites donc.

    C’est une grande histoire de Dumas ! 

    Pardon : Monsieur Alexandre Dumas.

    Mon premier feuilleton en 40 épisodes réalisé pour  la RTB-Bruxelles, dans les années 60 si je ne m’abuse !

    Et c’est là que j’ai ASSASSINE LE  BRUITEUR !

     

    L’intervieweur : Diable !  Que voulez-vous dire ?

     

    Je vais vous le dire mais avec, en fond sonore, la musique de Miles Davis pour  le film de Louis Malle « Ascenseur pour l’Echafaud » …

     

    L’intervieweur : Oui, pourquoi pas ?

     

    Un matin printanier, j’ai reçu un appel  de Flagey… Fernand Abel, chef du service dramatique de Bruxelles me proposait de mettre en « ondes » cette œuvre magistrale de Dumas.

    Vous imaginez bien que j’ai accepté tout de go.

    La distribution des rôles était déjà  établie par M.Abel.

    Une vingtaine de comédiens pour interpréter une trentaine de personnages : Danglars, Morcef, Caderousse, Faria…Dantès/Monte Cristo

    … Vous connaissez l’histoire ?

     L’intervieweur : Bof ! C’est-à-dire…Ce n’est pas ma tasse de thé. Mais racontez…

     Ma première aventure d’accord mais pas l’histoire de Dumas, elle couvrirait 200 pages du bouquin. (Rires)

     

    Les enregistrements allaient se dérouler au célèbre « Studio 7 » de la place Flagey.

    Je débarquais dans ce studio en tant que réalisateur.

    Un studio que je connaissais vraiment bien l’ayant fréquenté souvent en tant qu’acteur…

    J’y avais joué de nombreuses pièces aux côtés de grands noms du Théâtre Français tels Pierre Dux, Béatrice Bretty, Fernand Ledoux, Jean Davy, Julien Bertheau…

     

    Impossible évidemment d’imposer ma méthode de travail dans l’immédiat.

    Texte en main, les acteurs jouaient leurs personnages en respectant une certaine distance par rapport au « microphone ».

    Et c’est le bruiteur attitré qui se chargeait de faire les sons, en osmose avec l’action:

    l’orage avec une grande tôle adéquate,

    la pluie avec des petits pois dans un ravier,

    des verres choqués l’un contre l’autre dans lesquels le bruiteur versait de l’eau… etc… etc

    bruiteurradio.jpg

     

    Avant, du temps de l’époque héroïque, lorsqu’un comédien devait se verser un verre d’eau gazeuse au cours d’une conversation, il ne lâchait pas sa brochure et c’était le bruiteur qui opérait à sa place. 

     

    J’ai voulu innover dans la mise en ondes et faire fi de la tradition.

    Je  n’aime pas les traditions…

    Je trouvais que l’acteur devait exécuter lui-même tel ou tel mouvement.

    Pourquoi avoir un bruiteur pour verser de l’eau dans un verre ?

    Le mouvement et le ton de l’acteur étaient bien plus naturels en le faisant lui-même.

    Et puis il arrivait parfois que le comédien continue à parler alors qu’il était censé boire…

    Pareil lorsqu’un personnage devait sortir d’une pièce.

    Il y avait dans le studio une toute petite porte (un mètre de hauteur sur 0,50cm de large) maniée toujours par le bruiteur.

    D’abord, une oreille avertie se rendait compte du trucage et souvent, il arrivait que cette porte soit ouverte et refermée dans le même temps. Alors, à quel moment le corps du personnage passait-il la porte ? Cela devenait comique !

     

    Pour moi, « le jeune fou » comme on m’appelait déjà, tout cela manquait de vérité, de mouvement, de silence, de respiration…

     

    Etonnant, surprenant, car jusqu’alors, dans le grand bâtiment de la Radio, on n’avait jamais imaginé qu’une histoire radiophonique (donc  écrite pour la Radio) pouvait être réalisée ailleurs que dans un studio…de Radio et sans  le concours du bruiteur de service, de son escalier postiche, du seau d’eau, d’une demie-noix de coco pour une charge de cavalerie et d’autres bruitages divers.

    Mon opinion à moi était que les comédiens vivaient beaucoup plus facilement leur personnage, plongés dans une certaine réalité.

    Je trouvais, et je le pense toujours, qu’une séquence de Radio devait être réalisée à peu près comme une séquence  de film (grand ou petit écran).

    Je considérais qu’un seul microphone sur pied, quatre murs, un beau tapis rouge, un plafond insonorisé, c’était de la « Radio de papa » !

     

    Un petit « poste de Radio » ; la voix du régisseur de service :

    «  Bonjour, Chers auditeurs  (une liaison  entre « Chers » et « auditeurs » comme s’il y avait un  Z),

    je vous propose  un programme de variétés musicales avec, pour ouvrir  votre émission dominicale,

    une chanson de Jean Nohain et Mireille : « Couchés dans le foin » interprétée  par Pills et Tabet.

    Grattement du 78 tours… et l’on entend alors :

     

    Couchés dans le foin

    Avec le soleil pour témoin

    Un p’tit oiseau,

    qui chante au loin…

     

    L’habitude était créée depuis les débuts de la Radio de demander aux comédiens de lire leurs textes à un mètre du micro avec, à côté d’eux, le fameux bruiteur et tous ses accessoires.

    Remarquez, enregistrer le bruit de l’eau qui tombe sur le trottoir, ce n’est pas évident…

    Même dans «  Chantons sous la pluie » ! Mais, avec de bons micros, on obtient un résultat bien supérieur à celui des petits pois secs sur une peau de tambour… C’est  ce que faisait notre bruiteur.

     

    Lorsque j’ai monté « Les Trois Mousquetaires », j’ai fait appel à la gendarmerie nationale.

    Ils ont été très gentils m’envoyant un peloton de 40 gendarmes à cheval pour une journée.

    J’ai donc groupé toutes les séquences qui demandaient cet emploi des chevaux et tout a été parfait.

     

    Cela dit, il y a une foule de bruits insolites qu’il fallait aller enregistrer sur place et ensuite les travailler en studio, les grossir ou les déformer.

     

    J’aimais beaucoup ce vieux bruiteur qui utilisait des crayons de multiples couleurs pour indiquer sur sa brochure les sons à produire. Que me pardonne ce brave Louis Norey, grand spécialiste du bruitage … en studio !

     

    Cela dit, on me traitait de « dingue », de « prétentieux », de  « jeune gamin qui veut  se faire remarquer »…

    Mais, par la suite, tous ceux qui me critiquaient ont fait comme moi ! Tant mieux, c’était un « plus » pour les dramatiques…

     

    Monte Cristo :

    Je n’ai que deux adversaires… avec de la persistance je les soumets…

    Le troisième est le plus terrible.

    C’est ma condition d’homme mortel !

     

    J’ai donc changé  cette méthode classique d’enregistrement dès mon deuxième feuilleton, une autre grosse pointure :  « Les Trois Mousquetaires » (qui étaient quatre comme tout le monde le sait) suivi par « Vingt ans après » et « Le Vicomte de Bragelone » du même Dumas.

     

    Je suis sorti des studios et j’ai enregistré en « décor naturel » comme au cinéma.

    Mes réalisations devenaient des Radios vérités.

    Je faisais des découpages « ciné ». Tout a été enregistré en extérieur, dans des châteaux, entre autres celui de Beersel, et aussi dans les ruines de Villers-la-Ville.

    roger enr dans les bois.jpg

    Tous les sons captés sur place, en même temps que le texte.

    Les acteurs adoraient cette façon de travailler, très vivante, parlante, authentique, jubilatoire !

     

    Un véritable triomphe à l’antenne : tous les jours au cours de l’émission « Actualité de midi ».

    Les auditeurs rentraient chez eux pour suivre les aventures et mésaventures de D’Artagnan, Aramis, Porthos, Athos, Planchet, Rochefort, le Duc de Buckingham, la Reine Anne d’Autriche, Constance Bonacieux, Milady de Winter… et j’en passe,

    plus de cent personnages interprétés par une bonne cinquantaine d’acteurs de talent que l’on pouvait applaudir dans nos théâtres de la capitale.

     

    D’Artagnan : Plus que jamais, jurons fidélité à notre devise : «  Tous pour un, un pour tous ! »

    Porthos : Je voudrais bien comprendre…

    Aramis : Tendez la main et jurez Porthos.

    D’Artagnan : Tous pour un !

    Tous ensemble : Un pour tous !

    D’Artagnan : Maintenant, messieurs, à table…

     

    L’intervieweur : Vous êtes radin  de nous proposer un texte aussi court pour une histoire aussi longue et passionnante.

    On a envie de connaître la suite.

     C’est gentil ce que vous me reprochez.

     

    On a commencé par m’appeler « Monsieur Feuilleton ». C’était formidable !

     

    Tant d’années après (riant), quasiment chaque jour, je rencontre des auditeurs fidèles à leur chaîne Radio, qui m’en parlent encore et qui espèrent bien les réentendre ces feuilletons, conservés par le service des archives de la radiodiffusion et  aujourd’hui également par Sonuma.

     

    Joseph Rouletabille : Le presbytère n’a rien perdu de sa propreté ni le jardin de son éclat…

     

    Ah ! Qu’est devenu Rouletabille et son « Mystère de la Chambre Jaune » ?

    Et les autres : Darzac, Mathilde, Stangerson, Larsan, Sainclair ?

     

    Joseph Rouletabille : La chambre jaune était, ma foi, fermée de l’intérieur ! Comment l’assassin s’est-il enfui ?

     

    L’intervieweur : Vous le savez bien sûr, Vous, le réalisateur.

     

    Franchement, je ne le sais plus. Et même si je m’en souvenais, je ne vous le dirais pas.

    Peut-être la RTBF remettra-t-elle un jour à l’antenne ce feuilleton au succès énorme ! Alors, le mystère continue à planer… (rires ).

     

    Et Lola, vous connaissez ?

     L’intervieweur : Lola … Montès ?  Oui.

     

    L’écuyer : Vous êtes terriblement belle !

    Lola : Vous avez l’air de penser ce que vous dites ! Mais contrairement à ce que vous dites, je ne suis pas une machine à scandale. Je fais toujours ce qui me plaît. Voilà tout !

    L’écuyer : C’est ce que l’éléphant a pensé, lui aussi, mais finalement il a appris à jouer du piano…  Maintenant, il adore la musique…

     

    Maria Dolorès Porriz y Monte, Comtesse de Lansfeld, dite plus simplement : Lola Montès !

    Un personnage que cette Lola jouée au cinéma par Martine Carol dans les années 50, sous la direction de Max Ophuls. Adaptation du cinéaste d’après le roman de Cecil-Saint-Laurent.

     

    lolaMontes.jpg

    J’ai engagé l’excellente comédienne belge, hélas décédée, Liliane Vincent pour défendre ce rôle dans la version radiophonique.

    Un très bon feuilleton dont la plupart des séquences se passaient au théâtre ! Nos micros étaient plantés dans un théâtre de la rue Mercelis !

     

    Une voix – Radio (comme un cri lugubre) : Fantômas ! Fantômas - rire sardonique –Xème épisode – rire – musique d’épouvante…

     

    Ensuite, j’ai réalisé les aventures – et quelles aventures- de   « Fantômas » imaginées par Pierre Souvestre et Marcel Allain :

    72 épisodes qui représentaient deux millions de centimètres de ruban magnétique, 90 comédiens, 187 rôles, 70 jours d’enregistrement en extérieur. Ca parle !

     

    Plusieurs séquences se passaient sur le pont d’un bateau.

    C’était l’affrontement entre Juve (l’inspecteur) et le fabuleux, redoutable et grand criminel : Fantômas.

    Au cinéma, ces personnages étaient joués respectivement par Louis de Funès (Juve) et Jean Marais (Fantômas).

    Dans ma réalisation radiophonique : Juve était personnifié par Roger Dutoit et Fantômas par Paul Anrieu !

     

    Et, à la fin de chaque épisode, on entendait à nouveau ce  long cri épouvantable, lugubre : FANTOMAS…FANTOMAS…


    C’était le générique du feuilleton dans lequel je m’amusais à effrayer les auditeurs à la façon de Hitchcock !…

     

    Je faisais également comme Alfred en m’attribuant des très petits rôles (une réplique, deux maximum) dans chacune de mes réalisations.

     

    J’en reviens à Fantômas. N’ayant pas le budget nécessaire pour emmener toute l’équipe (comédiens et techniciens) en pleine mer, je les ai fait monter sur les toits de la Maison de la Radio Flagey, de façon à avoir une profondeur de champ sonore qui rappelait beaucoup plus la mer que le vieux studio 7 !

     

    Et vous le savez, sans doute, quand on procède à l’enregistrement du texte, après plusieurs répétitions, il peut y avoir des bafouilles des comédiens ou d’autres problèmes d’ordre technique.

    Alors, comme au cinéma, on recommence autant de fois nécessaires la séquence.

    Sur ce toit « ertébéen », il y avait toute une panoplie importante d’appareils : magnétophones, micros, câbles et d’énormes haut-parleurs desquels sortaient les voix des comédiens ou plus précisément des personnages, des voix amplifiées !

    Et l’on pouvait entendre :

    Fantômas (criant) : Le bâtiment va sauter.

    (Traduction : bâtiment = bateau)

     

    De nombreux problèmes pour arriver à un son parfait !

    Et cette phrase « le bâtiment va sauter » se répétait sans cesse en sortie des haut-parleurs, en puissance maximum sur le plan des décibels.

    Ce qui affolait les gens autour du bâtiment de la Radio, entre autres les facteurs basés juste derrière l’immeuble.

    C’était l’époque où l’on parlait souvent de bombes placées dans certains endroits …

    Recommençant donc plusieurs fois ces séquences, les habitants des maisons avoisinantes sortaient de chez eux, écoutaient attentivement et craignaient l’explosion d’une bombe déposée sur le toit de la RTB…

     

    J’ai été prié d’interrompre ces enregistrements pendant un moment, le temps d’aller expliquer au « peuple du coin » qu’il n’y avait aucun danger à redouter et qu’il s’agissait seulement  d’un enregistrement.

    Formidable car c’était une belle promo pour mon feuilleton, un bon lancement si j’ose dire.

    J’ai du reste reçu une note de service émanant de la Direction Générale de la Radio, me priant d’informer le Service de Sécurité, au moins vingt-quatre heures à l’avance, d’un tel enregistrement. 

    Je me suis exécuté, bien entendu et lorsque j’ai rencontré le lendemain dans les couloirs Monsieur Maurice Henkard, directeur de la Radio dont je vous ai déjà parlé, je lui ai vu un large sourire d’entendement car cet incident égayait tout le monde…

    Et, 48 heures après, tout était remis en place, et Fantômas criait à nouveau, sur les toits de Flagey : « Attention, le bâtiment va sauter… »

     

    L’intervieweur : Avant de nous lancer dans le vide, une petite pause musicale si vous voulez bien avec la musique du compositeur polonais Wojciech  Kilar,

    pour le film de Francis Ford Coppola « Brain Stocker Dracula » 

     

    Dracula! Fantômas ! Il y a de l’idée !

     

    L’intervieweur : Et c’est parti amis lecteurs…

     

    Que je vous dise encore…

    J’ai évoqué précédemment ma façon de concevoir le Son Radio.

    Pour « Fantômas »  - du  vrai fantastique  -  j’ai demandé  à ce que l’on enregistre une porte coulissante mais je me suis rendu compte que le son était trop aigu.

    Alors, on a ralenti la bande de façon à obtenir un effet plus grave rappelant la porte à soufflets.

    Parfois, le « vrai » est moins vraisemblable que « le  faux » !

    C’est un peu pareil à l’amour, non ?

     

    A la pêche  des cœurs, je ne veux plus aller

    Car j’ai fait bien belle prise

    Elle vient d’enlever sa petite chemise

    Et je vais me régaler

    Et je vais me régaler

    Et je vais me régaler…

    (« A la pêche des cœurs »/Boris Vian)


     

    Un autre jour, j’ai fait abattre un vieux mur car j’avais besoin du son de l’effondrement d’un mur. L’effet obtenu était trop sec. Ici encore, on a ralenti la bande magnétique au montage. On a obtenu ainsi un effet plus saisissant !

     

    roger et son chien.jpg

    J’ai toujours poussé très loin mes recherches et même, je pouvais faire près de 200 Km pour enregistrer sur place les marches du perron d’un château.

    Il faut être fou, non ?

     

    Par exemple, les longs couloirs de l’Observatoire Royal Météorologique d’Uccle m’ont souvent servi pour l’enregistrement de pas dans le silence absolu, sans le moindre bruit parasite.

     

     

    L’intervieweur : Les couloirs de la RTBF à Reyers sont très longs et souvent silencieux. Pourquoi ne pas les utiliser ? 

     

    Oui d’accord avec vous, mais la nouvelle Maison de la Radio, enfin un semblant de maison qui n’a vraiment rien à voir avec Flagey, a été construite bien des années plus tard…

     

    L’intervieweur : Comment avez-vous procédé pour la réalisation de cette œuvre d’anticipation : «  La Grande Peur de 89 » ?

     

    Alors là, c’est  extraordinaire, intense mais c’est une autre aventure… percutante. Accordons une pause  aux lecteurs.

     

    L’intervieweur : Entracte ! Demandez le programme !

     

    -Vous connaissez le groupe musical « Indochine » ?

     

    L’intervieweur : Oui bien sûr.

    -Et la chanson «  L’aventurier » par ce groupe ?

     L’intervieweur : Oui.  Je vous vois venir.

    Vous allez parler de Bob Morane …

     

    -Oui.

     

    Egaré dans la vallée infernale 

    Le héros s’appelle Bob Morane

    A  la recherche de  l’Ombre Jaune…

     

    J’ai réalisé deux dramatiques avec les aventures d’Henri Vernes :

    «  L’Ombre jaune »  et « La Voix du Mainate ».

     

    BobMoraneLombrejaune.jpg

    Les enregistrements sur le terrain peuvent parfois poser des problèmes.

    Me revient en mémoire un enregistrement la nuit – vers deux heures du matin.

    Coups de feu, voitures qui s’éloignent rapidement et qui font crisser leurs pneus. Nous avions dû recommencer plusieurs fois l’une des scènes pour le son, mais également question du jeu de l’acteur.

    Une patrouille de police a entendu ces coups de feu répétés et ces voitures, il y en avait deux forcément puisque poursuite.

    Les policiers sont arrivés près de nous avec leurs chiens… policiers eux aussi.

    Je leur ai expliqué que nous étions en train de réaliser des dramatiques Radio.

    Ils ne me croyaient pas… J’ai dû leur donner des preuves que j’appartenais bien à la RTB.

    Ces preuves à l’appui, ils se sont éloignés et nous ont laissé poursuivre notre enregistrement.

     

    Une autre nuit, nous étions, les acteurs et toute l’équipe technique, dans une petite rue environnant la célèbre statue de Manneken-Pis à deux pas de la Grand Place, quoi !

    … Les pas rapides d’une jeune femme… Une voiture  s’approche près de cette femme, s’arrête, l’enlève et la jette dans la voiture. Elle se débat, elle hurle, la voiture s’éloigne à toute vitesse…

    Est-il utile de vous dire que nous avons recommencé cette séquence de nombreuses fois.

    Et bien, aucune fenêtre ne s’est ouverte, aucun rideau ne s’est écarté.

    La peur d’être témoin d’un enlèvement, voire d’un crime peut-être ?

    La trouille aussi d’être menacé ou  brutalisé en voulant intervenir dans cette  affaire de gangsters…

     

    Ces aventures de Bob Morane où l’action occupe le premier plan, comme on peut en voir souvent à la télé dans les feuilletons, auraient été impossible à réaliser en studio, d’une manière aussi vivante…

    Ou alors, on aurait senti le « fabriqué » comme ce fut souvent le cas dans les anciens films hollywoodiens…

    Le décodeur rediffuse régulièrement ces vieux films tournés dans les studios de la MGM, WARNER, UNITED ARTISTS, PARAMOUNT, FOX …

    Soyez bon observateur : vous vous rendrez compte immédiatement des scènes tournées dans des décors  carton-pâte, stuc « made in Hollywood ».

     

    L’intervieweur : Si je vous comprends bien, dans vos réalisations Radio,  vous faisiez du cinéma… sans images ?

     

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  • Episode 14 - ITINERAIRE D'UN SALTIMBANQUE FOU DE THEATRE et de RADIO - Souvenirs d'une passion

    Dites-moi, vous avez sonorisé musicalement beaucoup de films ?

     

    Des centaines et des centaines. Soit pour la télévision, soit pour des producteurs particuliers. Cela m’amusait !

    Vous savez que je suis un boulimique de travail !

     

    RTB – 04/04/79-Fiche de signalement /Confidentiel /

    Appréciation de supérieurs hiérarchiques :

     

    «  Son infatigable dévouement, sa compétence et son talent en ont fait de grands moments de Radio. »

    « Se dévoue corps et âme à ses émissions. A réussi à en faire l’un des pôles d’attraction de la Radio… »

     

     Ma philosophie à moi ?

    « Me reposer me fatigue ! Travailler me repose ! »

    A chacun son tempérament !

     

    Vingt-quatre heures par jour, ce n’est pas suffisant

    J’aimerais disposer d’un siècle par an

    Pour tout essayer, tout apprendre

    Et percer tous les mystères

    Sur la terre, dans les airs, sur les mers… »

    (Extrait de « Tempérament de feu ! » / Sheila)

     

    Changement de décor ! Caméra !

     

    Osborne : Vous êtes le nouvel officier ?

    Raleigh : Heu… oui. J’ai été au quartier général du bataillon. On m’a dit de me rendre ici.

    Osborne : Mon nom est Osborne. Je commande en second la compagnie.Vous n’aurez à m’appeler « monsieur » que devant les hommes.

    Raleigh : Bien. Merci.

    Osborne : Les autres officiers m’appellent « parrain »

    Raleigh : Ah ! Oui.

    Osborne : Quel est votre nom ?

    Raleigh : Raleigh.

    Osborne : Je connais un Raleigh, professeur à Cambridge.

    Raleigh : Oh ! C’était peut-être un parent. Je ne sais pas.

    Osborne : Nous venons de nous installer dans ces tranchées. Le capitaine Stanhope commande la compagnie.

    ("Le grand voyage"/R.C. Sherriff.)

     

    Vous me pardonnerez, mais il peut m’arriver parfois  d’être dans le brouillard de ma mémoire, de m’égarer dans cette promenade du passé…

    Tenez par exemple, je pense au début  des  « dramatiques » à la télévision belge.

    J’avais été engagé pour tenir le rôle de Raleigh, jeune officier anglais dans la pièce  de R.C. Sherriff « Le Grand Voyage » (Journey’s End), une très belle pièce  représentée pour la première fois le 27 septembre  de l’année 1929 au Théâtre Edouard VII de Paris.


    C’est loin… Ne me regardez pas comme cela…Je ne faisais pas partie de la distribution… Dinosaure, oui, mais pas encore sur notre planète à cette époque…

     

    L’intervieweur : Vous avez joué cette pièce au théâtre ?

    Non. A la télévision belge.

    Cette pièce dont l’action se déroule en 1918 dans les  tranchées devant Saint-Quentin, a été mise en scène pour la télévision par Louis Philippe Kammans, directeur alors de la Télévision Belge, un homme de grand talent !

    La diffusion – EN DIRECT – en vrai direct – a eu lieu  dans les années 50 – pratiquement à  la naissance de la télévision.

    Or, à cette époque, rares étaient les téléspectateurs et… le zapping n’existait pas ! Et qui plus est, on ne disposait que de quelques chaînes et encore ! Les gens regardaient  l’émission aux vitrines des magasins, là où on essayait de vous fourguer un appareil.

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    Mon rôle d’officier était intéressant car je « mourais » à la fin de l’histoire… Et les gens que je rencontrais par hasard le lendemain de l’émission  me reconnaissaient et me faisaient des compliments !

    La direction de l’INR avait du reste pensé à constituer une troupe de comédiens au contrat annuel pour assumer l’interprétation de nombreuses pièces.

    J’en faisais partie, mais le projet a été abandonné, ce qui ne m’a pas empêché d’être engagé souvent, toujours en qualité d’acteur.

    Je disais le mot de la fin dans cette pièce :

    Raleigh (faiblement et presque dans un souffle) : Dennis…

    Stanhope : Oui, mon vieux ?

    Raleigh : Tu pourrais… donner de la lumière. Il fait…si noir et si froid …

    Stanhope : Bien sûr. Je vais allumer une bougie et t’apporter une autre couverture…C’est mieux comme ça… Jimmy ?… Jimmy ?

    (Raleigh est toujours tranquille. Un long silence…Stanhope replace la main de Raleigh sur le lit. Raleigh est mort…  )

    J’ai provoqué une grande émotion auprès du public… (Rires).

    L’intervieweur : Vous est-il arrivé de « mourir » dans d’autres pièces ?

     Non. Pardon. Si !

    Dans « Le Cahier », un texte radiophonique écrit par mon ami Jacques Danois, hélas disparu !

    J’ai enregistré cette œuvre en studio, à la RTBF, il y a 25 ans.

     

    L’intervieweur : Mais vous l’avez jouée à la scène dernièrement, au Théâtre de la Clarencière. Je suis allé vous voir. J’ai beaucoup aimé votre jeu de scène…

     

    Je compte la rejouer bientôt ailleurs. Mais d’être dans  ce petit théâtre plein de charme, c’était émouvant pour moi. Ce théâtre se situe juste derrière les anciens studios  de la Radio et de la télévision belge de Flagey. 

    Vous savez, on ne disposait que d’un petit studio, le 5 situé en fond de couloir du rez-de-chaussée, à gauche, là où se trouve maintenant une salle de cinéma où l’on projette les films de la Cinémathèque Royale de Belgique.

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    studio-5

    Ce n’est pas grand, mais c’est la meilleure salle de ciné  (image impeccable et son parfait).

    Et tout se passait dans ce studio exigu : le journal télévisé, les émissions culturelles, les grands entretiens, les premiers jeux télévisés, et les dramatiques… On changeait les « décors » en quelques instants et les speakerines nous gâtaient par leur présence sympathique, intelligente, compétente, en annonçant les programmes auxquels nous allions assister…

    Un temps révolu à jamais…

    Oh pardon, j’y pense ! Je suis « mort »  également dans un feuilleton diffusé sur Musique 3, écrit et réalisé par l’un des techniciens de la chaîne, Philippe Stas «  Une chaise, côté jardin »

    Il y a trois ans je pense.  J’ai beaucoup aimé reprendre pour un court moment mon rôle de lecteur.

     

    Ecris-moi une lettre de rupture

    En m’expliquant toutes les raisons

    Qui t’ont fait t’évanouir dans la nature…

    (Lara Fabian/ « La lettre/Mania »)

     

    Une chambre d’hôtel à Amsterdam. La sonnerie du téléphone se met à vibrer. Je décroche.

    - Allo ?

    - A l’autre bout du fil : C’est Jean-Louis.  J’ai une mauvaise nouvelle à t’apprendre. Un camion tapissière est passé chez toi ce matin. Tout a été enlevé ! La maison est vide …

    - Et le studio ? Et les appareils ?

    - Jean-Louis : Aussi. Plus rien…Pas la moindre aiguille, pas le moindre bout de collant…Tout… Il serait bien que tu rentres sur Bruxelles le plus rapidement possible.

     

    Ce que j’ai fait ! Vous aurez compris qu’il s’agit d’une histoire d’amour qui se termine mal… Une cassure ! Une rupture !

     

    Je suis venu te dir que je m’en vais

    Et tes larmes n’y pourront rien changer

    Comm dit Verlaine «  au vent mauvais »

    Je suis venu te dire que je m’en vais…

    (« Je suis venu te dir’ que je m’en vais »/Serge Gainsbourg)

     

    Une récupération de biens personnels !

    Ce qui m’inquiétait, c’était la détérioration de mon premier « vrai » studio !

    « C’est un serpent doré qu’un anneau conjugal ! »

    (Alfred de Musset)

    Deux jours plus tard, je récupérais- moyennant monnaie- tout mon bien professionnel !

    Fallait-il encore trouver un autre lieu pour le planquer et re-fabriquer un studio d’enregistrement…

    Lorsque tout est fini

    A mon cœur je dis

    Meilleure chance une autre  fois… 

    (Ginette Reno/ « Si mes amants »)

     

    Le lundi qui a suivi cette mésaventure amoureuse, j’ai mis le doigt sur ma nouvelle résidence.

    Un grand immeuble en plein centre de la ville, toujours Bruxelles évidemment, dans lequel se trouvaient de vastes studios de cinéma aux niveaux rez-de-chaussée et premier étage.

    Par contre, le deuxième étage était libre.

    Pas d’hésitation. J’ai loué, plongé et fait construire un beau studio avec une magnifique « technique ».

    Pas de cheminées à abattre, mais le placement d’une  volée de cartons à œufs et de blocs de mousses sur les murs et les plafonds pour étouffer les bruits extérieurs.

    Pour l’insonorisation ! Une impeccable absorption acoustique !

    Heureusement, je n’ai pas dû me « taper » ces centaines d’œufs, les « cartons six œufs » m’ont été livrés en piles sans œufs…

    Une baie vitrée a été également construite avec au-dessus les petites ampoules aux clignotements rouge et vert.

    Tous les câbles ont été raccordés. Les magnétophones Carad, plus nombreux (au nombre de cinq) qui seront rejoints plus tard par les Revox A 77 branchés sur la table de mixage.

    revox-a77-618928.jpg

    Le micro dynamique partageant son étui avec d’autres micros : cardioïde, bidirectionnel,  ruban, condensateur… une forêt de fils développée rapidement…

    Quelques jours plus tard, tout était fin prêt… Le rendez-vous est fixé. Le premier enregistrement va avoir lieu.

    Des pas craquent dans l’escalier en bois qui conduit au studio.

    Les comédiens débarquent. Conversations, répétitions. Silence.

    La petite lampe rouge s’illumine.

    Décollage sur un texte anglais. Il s’agit d’une série de documents fictions au titre générique « Flash-back in History » interprétés en anglais par des comédiens belges qui manient avec facilité la langue d’Outre –Manche.

    Cut ! Pause ! Café ! Bières ! Sandwichs ! Écoute de l’enregistrement ! Excellent ! Tout est reparti !

    Le deuxième et dernier étage du 44 de la place de la Vieille Halle aux Blés, voisine de Manneken Pis, va connaître des moments des plus fabuleux !

    place de la vielle halle aux bles44.jpg

    Y’a d’la joie

    Bonjour, bonjour les hirondelles

    Y a d’la joie

    Dans le ciel par-dessus les toits

    Y a d’la joie

    Partout y a d’la joie…

    (Charles Trenet)

    Productions ininterrompues au sein de ce « studio  privé» avec, en priorité, des séries d’émissions diversifiées: des dramatiques, des feuilletons même, des émissions pour les jeunes, des entretiens  littéraires, des  interviews avec de grands noms de chanteurs, de musiciens, de comédiens !

    En un mot : un carnaval incroyable de personnalités !

     

    Et pendant ce temps…

    Mons, Mr Halsberghe me propose de reprendre la programmation, la réalisation et l’animation d’une émission pour les jeunes dont je vous en ai déjà parlé)  où l’on trouve des chansons bien entendu, des  feuilletons écrits à partir de « romans pour la jeunesse » publiés à la Bibliothèque Verte, avec en priorité  les deux écrivains à la mode : Paul Berna et Saint Marcoux.

    Gros succès à la diffusion !

    Dans la même émission "OHE LES JEUNES" découpe en séquences dialoguées d’un roman sous forme de « bibliothèque sonore ».

    C’est toujours M.Halsberghe qui en assume l’adaptation.

    Et j’en réalise une ou deux par semaine.

    Et pour ces séquences « dramatisées », j’engage de très nombreux comédiens.

    En un mot : ça boume terriblement !

     

    Et pendant ces temps-là…

    Je fais des allers-retours Bruxelles- Mons- Bruxelles… Un « long voyage » car il n’y a pas encore d’autoroute.

    Souvent, des comédiens m’accompagnent et on cause, on cause, comme disait Michel Audiard, chemin faisant. C’est joyeux et sympa !

     

    Je présente également une émission en direct deux jours  de la semaine, une émission musicale sur « Radio Hainaut » de midi à quatorze heures. Des  propos sur le théâtre, le cinéma, la chanson…

    Le studio est tout petit…Une vitre me sépare de la technique.

    Je me suis souvent énervé au cours de ces émissions car il y avait certains techniciens qui tapaient leur courrier (et une machine à écrire, cela faisait beaucoup de bruit) et ne prêtaient aucune attention à l’émission.

    Je leur faisais des signes désespérés, je frappais sur la vitre lorsque j’avais un enchaînement à faire et de ce fait, besoin du micro.

    Ils  ne réagissaient guère. Je frappais et je criais.

    Enfin, ils me voyaient, me demandaient ce que je voulais… Ce que je voulais ? L’antenne évidemment ! Ils comprenaient enfin et le rouge apparaissait sur les petites ampoules du studio.

    Je trouvais toujours le moyen de m’en tirer gaîment auprès des auditeurs et la musique se faisait entendre…

    Le silence me paraissait mortellement long et cependant quelques secondes seulement s’étaient égrenées sur la grosse horloge du studio.

    Pas terrible le titre de cette émission : «  De midi à quatorze heures »… Mais heureusement, il y en a eu d’autres…

     

    Mr Halsberghe me convoque dans son bureau et me propose de faire une émission de divertissement dans laquelle je pourrais parler de tout et de rien… Un mixing de choses diversifiées tant pour les invités, les sujets, que les musiques.

    Excitant de produire une émission complètement libre !

    Le patron : Mais tu dois trouver un bon titre… Une émission quotidienne… Réfléchis bien !

    OK ! Patron. J’ai noté des dizaines et des dizaines de titres mais sans conviction.

    Je revois le « patron »  

    Je ne trouve pas un  bon titre adéquat à cette diversité, patron. C’est sans titre finalement !

    Mr Halsberghe : Bravo ! Voilà un titre formidable. « Sans  titre ». D’accord ! Tu peux foncer…

     

    Et voilà comment peut naître une émission et celle dont je vous parle a tenu l’antenne au moins trois ans…

    Mais il y …

     L’intervieweur : … En a eu d’autres ?

     Plutôt oui. Etes-vous sûr que je n’ennuie pas les lecteurs avec toutes mes histoires ? C’est sans intérêt !

     L’intervieweur : Non, au contraire. C’est intéressant. Une certaine façon de découvrir le monde de la Radio !

    Un véritable Empire.

    N’oubliez pas de nous raconter comment vous avez réalisé les grandes dramatiques et les feuilletons…

    Vous avez toujours accordé une  importance à la présentation d’une œuvre dramatique.

     

    Totale, oui. Tant dans le texte que la musique ! Il faut capter l’attention de l’auditeur et le séduire dès la première mesure et le premier mot.

    S’il vous plaît, laissez-moi respirer.  Et plus encore mes lecteurs…

    Je leur fixe rendez-vous au prochain chapitre…

     

    L’intervieweur : Un entracte agrémenté par une musique. Laquelle proposez-vous ?

     

    La « Neuvième Symphonie » de Beethoven…

    Et au cours du chapitre suivant, vous comprendrez pourquoi j’ai choisi cette œuvre monumentale…

     

    L’intervieweur : Chouette cette idée. La 9ème, dirigée par qui ?

     

    La question ne se pose pas ! Par  Herbert von Karajan, l’un des plus grand chef d’orchestre autrichien de la moitié du vingtième siècle.

     

    Ne bougez pas, le spectacle continue à la  page suivante.

     

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