Episode ARDANT - Souvenirs d'une passion - PLUIE DE STARS

A-  FANNY ARDANT  

 

Mon métier de journaliste - dans le domaine artistique - m’a permis  de fréquenter pendant une vingtaine d’années le célébrissime Festival de Cannes.

J’y ai rencontré des centaines de stars : hommes et… femmes !

Des  rencontres parfois éphémères  sur la Croisette , sur la plage du Majestic, dans la salle de presse, au cours d’un déjeuner ou d’un dîner, ou même au cours d’une nuit festif  dans un bar de la ville, mais aussi  dans leur chambre d’hôtel  (Carlton – Martinez – Majestic).

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Et là, la rencontre a toujours été passionnante :

 

Orson Welles -  Kirk Douglas - Jean-Claude Brialy -

Miou Miou – Marie Christine Barrault – Lauren Bacall - Annie Girardot - Jeanne Moreau – etc)

 

Et ELLE !

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Et tous les autres… sauf Roman Polanski que j’ai suivi dans les longs couloirs du Carlton – Nagra et micro en main – essayant d’obtenir quelques mots, mais non, il a fui le lâche, préoccupé sans doute par un autre rendez-vous … féminin…Avec qui ?

 

Elle : « On a tous une grenade dans le cœur, ce qui est important c’est le moment où on la dégoupille ! »

 

Elle est née à Saumur  l’année où nous quittaient Christian Bérard, Charles Dullin, James Ensor, Maeterlinck…

L’année où Clouzot réalisait «  Manon », Cocteau  « Orphée »…

L’année où Rita Hayworth épousait Ali Khan et pendant laquelle Gene Kelly tournait  « Un jour à New York »  avec Sinatra…

 

Elle est née sous le signe du Bélier,  c’est tout dire :   énergique, vive d’esprit, curieuse,  aventureuse,  leader en amour, élément : le feu…

Une longue femme brune, secrète, mystérieuse, sensuelle en diable, avec sa voix envoûtante   et sa démarche de magicienne.

Belle ! Fascinante ! Mouvante et émouvante ! Follement drôle !  Insaisissable !  Imprévisible ! Elle est la passion et le romantisme !

 

Elle m’a reçu dans sa suite  du Carlton, un matin de mai vers onze heures, en déshabillé suggestif, troublant.

J’étais avec « la femme d’à côté », ce film complètement  fou  sur un amour fou réalisé par François Truffaut, l’un des hommes de sa vie avec lequel elle a  eu une petite fille : Joséphine !

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Fanny Ardant : «  La femme d’à côté »  me ressemble dans la mesure où je suis plutôt négative.


« Benvenuta » faisait mon admiration par la  possibilité de sublimer quelque chose qui finissait dans cette histoire qui était celle d’une passion très forte. C’était comme la réponse de « La Femme d’à côté ».

Et c’était intéressant pour moi de l’avoir tourné dans cette sorte de chronologie.

 

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- Fanny Ardant, vous le savez, votre voix est inimitable, à la fois ferme et languissante, grave et chantante qui est elle même chargée de passion mal contenue.

 

Fanny Ardant : Quel merveilleux compliment vous me faites !

 

Je vais craquer si je la regarde  trop – ou  la contemple plus exactement – elle aime  employer les mots justes…

 

Fanny Ardant : Tout ce que les autres veulent que je sois, je finis toujours par le devenir.

De toute façon,  le fil conducteur du cinéma, c’est l’amour !

 

J’aurais aimé qu’elle dise  que le fil conducteur de sa vie, c’était l’amour !

 

Fanny Ardant : La profession d’actrice n’est pas quelque chose d’assez fort pour définir quelqu’un.

La seule chose qui vous définisse, c’est la passion que vous avez pour ce métier.

 

- Fanny… (Est-ce que j’allais oser  ne dire que son prénom ? J’étais quelque peu intimidé, fébrile)…Ardant, qui vous a permis d’éclater : le théâtre ou la télévision ?

 

Fanny Ardant : La télévision. Remarquez, j’ai une véritable passion pour le théâtre.

Je pense du reste que je suis arrivée dans ce métier grâce au théâtre, au texte, à la poésie, aux personnages qui vivent dans des situations extrêmes !

 

J’ai débuté dans  « Polyeucte ».

J’avoue – aujourd’hui encore – avoir connu la plus grande peur de ma vie.

J’ai repris le rôle d’Isabelle Adjani  dans «  Mademoiselle Julie ». Ce fut une grande joie.

Toute comédienne rêve de jouer ce personnage.

Alors quand on me l’a proposé, j’y suis  allée par amour et passion du  théâtre, amour de ce rôle, amour de Strindberg, amour de tout quoi.  Je suis  une femme toujours entière !

C’est au moment où je jouais   « Electre » de Giraudoux que Nina Companeez  m’a découverte et engagée pour ce feuilleton télé  au succès mondial : « Les Dames de la côte » …

Et c’est en jouant dans cette histoire que François m’a remarquée et m’a  proposé de jouer avec Gérard dans « La femme d’à côté » Un vrai cadeau !

 

François c’est bien sûr Truffaut !

Gérard  c’est Depardieu ! Il n’y en a pas deux !

(Rires de Fanny)

 

Fanny Ardant, comment faites-vous le choix d’un rôle ? C’est à partir de l’histoire ou du metteur en scène ?

 

Fanny Ardant : C’est beaucoup plus à partir d’un personnage et de l’histoire. Je ne pourrais pas  faire quelque chose qui me déplaît mais aussi il y a l’envie, la curiosité de travailler avec quelqu’un que j’ai beaucoup admiré de l’autre côté de la barrière. Quelqu’un que j’aime comme André Delvaux, Alain Resnais.

Avec Alain,  il y a eu de grandes découvertes d’acteurs dans « L’amour à mort ».

J’ai eu l’impression qu’il m’avait utilisée pour me montrer dans un personnage  dans lequel on n’était pas habitué de voir , c’est-à-dire une sorte  de paix , de sérénité , d’altruisme , de me tourner vers les autres , et pas toujours le rôle d’une femme qui dit : « Et moi, et moi et moi ! »

Et j’ai beaucoup aimé la délicatesse d’André Delvaux. Il a l’art de mettre en scène des choses énormes mais comme cela, comme un peintre. Et il est toujours d’humeur constante malgré les angoisses que peut vivre un metteur en scène !

Je partage d’ailleurs cette idée avec André qu’un tournage doit être une fête perpétuelle. Il ne faut pas perdre un moment de cette fête parce que l’on ne  sait pas quand cela reviendra ni combien de temps on restera unis avec  ces gens que le hasard a réunis pour un court moment.

 

Midi sonne à l’église cannoise…

Egoïstement, j’espère qu’elle ne l’entend pas… Il y a plus d’une heure que je la respire avec  fièvre et passion  et que mon bras droit commence à  me faire mal, je le tends de tout son long avec le micro au bout pour capter les propos de la belle Barbara…

 

Fanny Ardant : On s’est beaucoup amusé, Jean-Louis Trintignant et moi en tournant  ce film de François «Vivement dimanche »   où - c’est exact - je jouais Barbara, la secrétaire qui va mener l’enquête. C’était d’un grand enthousiasme et d’une grande pudeur de la part de François et puis j’avais  l’œil de Jean-Louis… Cela vous met en péril et en même temps vous émeut.

 

- Fanny Ardant, je dois vous rendre au festival. Vous monterez ce soir les fameuses marches rouges…

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Vous voulez  bien m’accorder une seconde encore ?

 

Fanny Ardant : Volontiers ! Comment pourrai-je vous la refuser !

 

- Merci. Je sais que vous aimez énormément dire  les beaux textes. Vous pourriez me dire deux vers de Rimbaud ?

 

Fanny Ardant : Non, car je suis très intimidée par votre présence. J’aimerais vous dire, non seulement deux vers de Rimbaud, mais cent, et ce,  à la mer. Ce sera pour plus tard  lorsque vous viendrez  à nouveau me rencontrer – non pas à l’hôtel – mais dans ma loge au théâtre pour y vivre son ambiance .Vous aimerez je crois.

 

Je ne crois pas Fanny, j’en suis sûr ! Je n’ai plus jamais eu l’occasion de la revoir.

Oui, il y a quelques mois à Bruxelles lorsqu’elle venue jouer « Music Hall » mais  il n’a pas été possible de lui parler en toute intimité. Rimbaud n’aurait pas convenu. Mais il n’est jamais trop tard dans la vie…

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Cela dit,  je reste séduit par cette magnifique comédienne, tellement et merveilleusement femme au premier degré…

 

« L’étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,

« L’infini roulé blanc de ta nuque à tes reins

« La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles

« Et l’Homme saigné noir à ton flanc souverain. »

(L’Etoile a pleuré rose/Rimbaud)

 

« …Je ne parlerai pas, je ne penserai rien ;

« Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

« Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,

« Par la Nature – heureux comme avec  une femme…

(Sensation/Rimbaud)

 

de Roger Simons - PLUIE DE STARS  (ENTRE SCENE ET MICRO) - 

et  Michel  Metteur En Web


 

 

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