Episode Michel AUDIARD - Souvenirs d'une passion - PLUIE DE STARS

 A- Michel AUDIARD

Faut pas prendre ce mec pour autre chose qu’un montreur de lanternes magiques , qu’un entomoliste de la pellicule , qu’un rat de cinémathèque , qu’un dialoguiste , qu’un réalisateur de cinoche , qu’un gars plein de talent plein écran ou par le petit bout de la lorgnette…

 

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photos (allocine.fr )

Je suis allé le chercher un jour à la gare du Midi pour le conduire rapido à son hôtel, question de se débarbouiller avant de gagner  les « beaux » studios de la radio de la place Flagey. Vous connaissez ?

 

Il n’était pas seul.

J’ai emmené également en voiture Madeleine Robinson et un pote à lui dont le nom m’échappe.

Ils venaient tous les trois participer à la fameuse émission au titre ronflant

– illuminé en lettres d’or sur la façade du bâtiment

– comme à Broadway : LES FEUX DE LA RAMPE.

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J’ai accordé une trentaine de minutes  à celui qui allait devenir bien vite mon pote à moi également :

il cause...il cause …il  cause  et c’est tout simplement fabuleux !…

Nous avons gagné Flagey et nous nous sommes isolés dans un minuscule studio.

 

- Dis-moi Michel, qui es-tu exactement et  t’es né quand ?

 

Michel Audiard : Oh ben dis donc, t’es vachement curieux, toi… Qui suis-je ? Oh putain quelle question !

Je suis né le 15 mai 1920 à Paris.  Et dans le quatorzième.

J’ai fait des études plutôt raccourcies.

Et puis je me suis essayé dans la carrière  de coureur cycliste.

Mon œil ! J’ai dû abandonner.

Très peu de Merckx pour moi !

Je suis devenu  soudeur à l’arc et tu ne me croira pas : opticien.

Oui mon pote comme je te le dis.

J’en ai eu ras le bol assez rapidement.

Alors, je me suis dirigé vers le journalisme.

Pardon du peu !

 

- Et comment t’as débuté ?

 

Michel Audiard : Alors Messieurs Dames, j’ai fait mes débuts comme porteur de journaux et à bicyclette comme…Montand.

T’as encore dans l’oreille la chanson de Prévert ?

 

-Tu parles, oui.  – « Quand on partait de bon matin

                           « Quand on partait sur les chemins

Michel Audiard :                 « A bicyclette…

 

Michel Audiard : J’en suis pas plus fier pour cela.

Alors Messieurs Dames, porteur de journaux, c’est ce que j’appelle « faire du journalisme actif ».

Mais je suis passé rapidement au journalisme passif en devenant rédacteur dans un autre journal « L’Etoile du Nord ».

 

-T’as rédigé un article ?

 

Michel Audiard : Oui Môssieur, comme faisait Gabin,  j’ai fait un reportage  sensas sur la guerre de Chine ;  à faire baver de jalousie Jean Yanne car naturellement, en Chine, j’y suis jamais allé !

C’est à la même époque que j’ai commencé à écrire mes romans.

Et alors, presqu’en même temps y a un autre mec que moi –André Hunebelle- qui m’a fait confiance et qui m’a donné l’occasion de signer les dialogues du film «  Mission à Tanger ».

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extrait de Allocine.fr (www.allocine.fr )

 

C’était en 49. Vu ?

Et puis après, toujours avec le pote André, j’ai fait « Méfiez-vous des blondes » et « Massacre en dentelles » avec un môme de ton pays : Raymond Rouleau.

 

- Quel début  de carrière !

 

Michel Audiard : Ouais .Une carrière exceptionnelle d’adaptateur dialoguiste. Je me suis tapé 80 films, enfin les dialogues.

 

Fameux, non ?

Alors maintenant, est-ce que tu vois qui je suis ?

 

- Ah oui, un peu…

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Michel Audiard : T’es compliqué, toi.

T’es sourdingue ou quoi ? Fais un petit effort quoi.

Je me creuse, moi, mézigue, pour te causer.

Je bois pas, je  fume pas, je drague pas mais je cause…

Et je flingue parfois…

Une façon comme une autre de réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard…

 

-J’me tais, j’me tais, j’t’écoute quoi ! T’as aussi réalisé des films, non ?

 

Michel Audiard : Ouais, j’ai mis en scène des films  pour lesquels j’avais écrit le scénar et les dialogues. C’est normal non ?

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages hein !  Je me suis lancé dans l’aventure !

Et j’ai réussi les mecs,  à 100 %. Alors, je m’en suis tapé d’autres.

Et chaque fois   « The » triomphe ! A tel point que lorsque j’ai entendu le cri du cormoran un soir au dessus des jonques, j’ai fait flotter le drapeau noir sur la marmite avec un autre pote  que tu connais : Jean, ben oui  quoi : Jean Gabin pour les  non familiers.

C’est bath,  non ?

 

- Michel, l’émission va se dérouler dans une quarantaine de minutes.

Je te propose  de reprendre  notre entretien cette nuit à l’hôtel. D’ac ?

 

D’ac !

 

Comme nous avions encore beaucoup de propos – quand je dis « nous » je devrais plutôt dire le mec, nous nous sommes retrouvés  le lendemain matin  dans sa chambre  avant son retour à Paris. 

 

Le lendemain matin à 8 heures…

 

- Allez Michel ; tu causes, tu causes, tu causes… Je te laisse faire.

 

Michel (ou le Mec) : Faites  « excuse » mais  c’est mon défaut.

Je cause…Peut-être qu’un jour, il faudra m’inscrire parmi les moralistes contemporains, un moraliste en casquette qui sait utiliser l’argot pour  fustiger les gens et les choses qui l’agacent.

Souvent, j’y vais à fond car je ne pense pas qu’on « soit » le peuple le plus intelligent, le plus cultivé, le plus gastronome, le plus héroïque, le plus spirituel de la terre.

Alors des fois, quand ça me démange, je glisse des phrases subversives.

Entre nous, je préfère de loin les potes aux valeurs consacrées plutôt qu’aux intellectuels hermétiques, aux technocrates à ordinateurs. J’aime pas m’intégrer à l’angoisse contemporaine J’aime pas regarder autour de moi.

 

Michel,  dans ton film

« Comment réussir dans la vie quand on et con et pleurnichard »,

ton héros tire parti de la façon aisée avec laquelle il sait  pleurer pour être honnête.

 

Michel Audiard : Oui. Et pour tout te dire, car t’es drôlement sympa, que dans ma garce de vie, j’ai été plus souvent con qu’aristocrate.  D’ac.  J’emploie l’argot. Mais en définitive, c’est pas tellement l’argot. J’emploie plutôt un langage populaire qu’un langage argotique. Sauf dans mes films de gangsters où l’on a mis plus un argot littéraire qu’un argot de voyou.

 

- Pourquoi ?

 

Michel Audiard : Because l’exportation !  Tu as remarqué mec que j’emploie très souvent des mots que les artistes emploient dans la vie courante.

Mais il y a des cons parmi les artistes, il ne faut pas les sublimer. Si un artiste est intelligent, il a un langage à lui. Il est donc normal d’utiliser ce langage puisque c’est l’artiste qui dit le texte et le tout est de mettre le langage dans un contexte.

 

La sonnerie du téléphone retentit.

C’est le chauffeur de la voiture de la RTBF qui me signale qu’il est temps de partir vers la gare du Midi.

C’est con. Mich, i ‘m cause, i’m cause mais il ne m’a pas encore révélé son désir le plus secret. Hein Michel ?

 

Michel Audiard : Je te vois venir sans en avoir l’air.

Mon projet ? Tourner une histoire de ton romancier sensas : Georges Simenon.

T’es liégeois comme lui ?

 

-(riant) Ouais.

 

Michel Audiard : Alors, je suis dans l’obligation de lire avec mon pote que t’aimes bien, Jean Carmet, tous les « bidules »  de Sim.

Je finirai bien par dégôter un très bon personnage…

Tiens par exemple un mec de ton âge qui a des problèmes. Vu ?

 

Pourquoi il m’a parlé de problèmes, le mec ?

Cela dit, quand on est…

 

Mais à l’époque de cette rencontre inénarrable et marrante  (une qualité qui devient rarissime) avec Michel  Audiard, je n’avais pas encore vu son film « Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard ».

Le lendemain, j’ai cavalé au premier ciné venu… et je me suis régalé !

Et j’ai revu des «  potes à moi » : Jean-Pierre, Jean, Jane, l’autre Jean , Evelyne , Daniel , Ginette…

Allez, je vous propose  de trouver leurs noms, c’est facile si peu qu’on aime le cinoche !

 

Je ne vais pas vous faire languir : Jean-Pierre Marielle, Jean Carmet, Jane Birkin, Jean Rochefort, Evelyne Buyle, Daniel Prévost, Ginette Garcin.

 

Salut les mecs, suite à la……page suivante…D’ac ? A la revoyure !

de Roger Simons - PLUIE DE STARS  (ENTRE SCENE ET MICRO) - 

et  Michel  Metteur En Web

 

 

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