Episode Michel BOUQUET - Souvenirs d'une passion - PLUIE DE STARS

B- Michel BOUQUET

 

L’un des grands comédiens français tant au cinéma qu’au théâtre !

Je l’ai rencontré au Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve lorsqu’il est venu jouer une œuvre dramatique d’une violente intensité : «  La Danse de Mort » de Strindberg.

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Michel Bouquet : Un travail passionnant car mis en scène par Claude Chabrol – un évènement  que Claude abandonne un certain temps sa caméra pour  tâter les planches d’un théâtre !

J’ai tourné beaucoup de films avec Claude dont le dernier : « Poulet au vinaigre ».

Bien évidemment, il est un personnage qui me restera toujours en mémoire, celui de Javert des « Misérables »

de Victor Hugo. C’est mon ami Robert Hossein qui nous a mis en action, Lino Ventura,  moi et les autres dont Jean Carmet.

 

Michel Bouquet est un comédien de haute culture, d’une grande connaissance littéraire et  théâtrale.

Un homme d’une belle discrétion. Un homme tranquille qui vous conte sa vie professionnelle  avec discernement, précision.

 

- Michel Bouquet, je  vous avais vu également en scène dans la pièce de Pinter «  Hot house ». Un texte difficile mais d’autre part, vous aviez de longs moments en scène sans dire un mot et dans le noir. 

Qu’est-ce qu’un acteur peut ressentir dans un cas pareil ?

 

Michel Bouquet : La nécessité de suivre l’action  avec une grande attention. Mais vous savez au théâtre, une action n’est jamais la même.

D’une représentation à l’autre, il y a un monde.

Surtout dans des pièces qui sont des chefs d’œuvre.

Celle que vous évoquez de Pinter a mille possibilités d’être lue, je dirais même jouée, selon les jours, selon la gravitation, la marche de la pièce au fond de chaque individu qui la joue.

Chaque soir,  nous faisons connaissance de toutes nos introspections différentes vers le cœur de la pièce, vers sa vérité profonde.

Et nous sommes tous étonnés des choses que l’on découvre. Et forcément, toutes ces choses font que la représentation devient un événement.

Bien entendu, il s’agit de rester dans la ligne d’intention d’action, avoir le sentiment du danger que constitue une représentation et le faire partager par le public.

 

Quelle saveur dans les expressions, les mots, les composées d’une phrase inventée par Michel Bouquet.

Quelle richesse de langage !

 

Michel Bouquet : Au théâtre, il y a la parole mais la parole ne dit pas tout et très souvent avec la parole, les personnages mentent. Ils mentent à eux-mêmes et mentent aux autres par la parole tandis que par l’action, la vérité qui est derrière la pièce, qui est dans la situation de la pièce, cela dit beaucoup plus la vérité que les paroles dites par les personnages.

 

Je me délecte de ses mots, de son discours.

Je me retrouve un peu comme un étudiant en art dramatique qui écoute un maître de science théâtrale venu donner une conférence sur ces sujets  passionnants quand on brûle du désir de faire du théâtre, de devenir un comédien.

Ce qui a toujours été mon cas et qui  l’est toujours du reste !

 

Michel Bouquet : La grande force d’un auteur dramatique est de construire quelque chose par derrière qui soit véritablement grand, horrifique, dangereux, terrifiant, qui ne sera jamais dit mais que la pièce contient et croyez-moi, le public ne s’y trompe pas.

Je pense que le public  est plus intéressé par ce qui n’est pas dit que ce qui est dit !

Tout au moins, c’est mon point de vue ! Le public retient vraiment mon attention. Il a besoin de la vérité, de l’art, du témoignage des grands hommes qui ont fait le théâtre.

Il a besoin aussi de savoir que ces génies que sont Shakespeare, Molière, Beckett, Pinter, tous ces grands, sont comme eux. Ce sont leurs frères qui témoignent pour eux et en fonction d’eux.

Les gens qui viennent au théâtre n’ont rien  à apprendre mais ils aiment se reconnaître et se dire que les grands auteurs parlent en leur nom et pour eux de façon à essayer de le libérer de tout ce qui peut les rendre malheureux, les angoisser et également fortifier les certitudes.

Donc, si vous voulez, tout ce travail, c’est un échange.

Et on ne peut pas prendre le public pour un imbécile parce que c’est soi-même que l’on prend alors pour un imbécile parce que la chose se retourne. 

Et parler du public, c’est essentiel que ce soit pour ceux qui se destinent au théâtre et pour tous ceux  qui aiment le théâtre.

Je me demande si je ne suis pas en train de vous ennuyer avec  tous mes propos tellement sérieux, austères…

 

- Non, tout au contraire.

C’est passionnant de vous écouter.

Je vous en prie Michel Bouquet, continuez votre exposé.

Il est d’une qualité supérieure !

 

Michel Bouquet : Je vous remercie pour ce compliment.

(Avec le sourire) Je continue  alors…

Je pense sincèrement et avec conviction que le public a  droit aux plus belles choses.

Il faut tendre vers ce but pour s’honorer soi-même.

Ce que l’acteur fait avec l’auteur, c’est essayer de trouver le plus beau témoignage possible dans la matière universelle du théâtre et la restituer humainement.

C’est là le sens de notre démarche et je considère que l’on ne peut pas se prétendre un acteur si l’on n’est pas animé de ça.

Un acteur n’a rien à apprendre au public.

Il a tout  à découvrir de lui, mais rien à lui montrer.

Et un acteur qui déraille, c’est un acteur qui se met à penser à lui comme personnage important, intéressant. Alors là, c’est fichu. S’il regarde son nombril, ça n’intéresse personne. Non.

 

- Est-ce ainsi que vous vous adressez à vos élèves  au Conservatoire de Paris ?

 

Michel Bouquet : Ah oui bien sûr. Vous savez, on ne peut pas apprendre à jouer la comédie à quelqu’un, c’est absolument impossible.

Ce que l’on peut dire à un élève, ce sont les responsabilités qui sont les siennes, de prendre le personnage tel qu’il a été écrit par l’auteur et de le respecter le plus possible.

Essayer aussi de lui faire comprendre la responsabilité d’ordre moral qui est la sienne, de respecter la vie à l’intérieur du personnage, de respecter le public qui est devant lui.

Voilà ce que l’on peut apprendre. La leçon est nécessaire …

 

Quelle  merveilleuse et intelligente démonstration de ce que représente et le théâtre et l’acteur qui s’y produit !

 

- Michel Bouquet, vous jouez les grands auteurs. Vous n’avez pas l’envie de les mettre en scène ?

 

Michel Bouquet : Ah non, pas du tout, c’est un travail particulier la mise en scène.

Moi, je suis trop occupé avec mon travail d’acteur, je ne peux pas en plus m’occuper de choses matérielles de cet ordre parce que je ne le ferais pas bien. Et puis, j’ai besoin de toute mon attention, de toute ma concentration pour mon jeu de scène.

Vous savez, jouer une pièce tous les soirs, une pièce importante  j’entends, même si on la joue deux cents, trois cents fois, c’est une épreuve terrible.

Alors, si on veut le faire  bien, c’est très compliqué.

Non vraiment, je le  répète encore, il ne faut pas mélanger les choses. On est dans une époque où l’on mélange justement trop les choses.

 

- C’est intéressant ce que vous dites là, Michel Bouquet.

Tant de gens s’imaginent que le métier d’acteur consiste uniquement à  jouer le soir.

Que c’est un métier totalement reposant et facile.

 

Michel Bouquet : Oui, je sais, cela m’a  été dit souvent…

Etre un acteur, c’est une somme de réflexions  incroyables sur des milliards de pensées.

C’est un travail énorme, gigantesque et passionnant !

 

Une fois encore, un tout grand merci Cher Michel Bouquet pour vos propos plein de richesse…

Nous vous reverrons bientôt, nous l’espérons.

Peut-être encore au Jean Vilar de Louvain-la-Neuve de notre ami Armand Delcampe, son directeur.

 

Michel Bouquet : Armand, c’est un  ami, un être très cher et quelqu’un  pour qui j’ai une très grande  admiration…

 

Qui sait ?  Michel Bouquet  reviendra peut-être  y jouer un Molière : « Le Malade Imaginaire »   par exemple…

 

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Michel Bouquet : Ce serait un bonheur  de jouer Molière ! Et plus encore ce « Malade… »

 

Michel Bouquet, une toute dernière question :

Vous avez un rêve de bonheur ?

 

Michel Bouquet : Ah non, je n’ai pas de rêve de bonheur. Je fais mon bonheur avec les choses que j’ai sous la main.

Non, non, je n’ai pas de rêve de bonheur particulier, non. On n’est pas là uniquement pour ça quand même…

 

- Merci encore pour cet entretien…

 

Michel Bouquet (souriant de son petit air malicieux) :

Merci à vous.  Votre compagnie m’a été très agréable !

 

Vraiment, un tout grand Monsieur que Michel Bouquet,

qui a commencé sa longue carrière d’acteur au lendemain de la seconde guerre mondiale…

Que le cinéma et plus encore le théâtre, lui prêtent  vie encore longtemps…

En attendant impatiemment son retour en Belgique…

Michel Bouquet est né le 06 novembre 1925.

 

26 décembre 2011 : Michel Bouquet annonce qu’il renonce dorénavant à se produire sur scène.

Il continuera néanmoins, à participer à des productions de films  tant pour le cinéma que la télévision.

 

Quelques mois plus tard…

On peut lire sur l’Internet que l’acteur français bien connu jouera bientôt au Théâtre des Nouveautés de Paris la célèbre pièce d’Eugène Ionesco   « Le Roi se meurt »,  mis en scène par Georges Werler !

Il n’a jamais que 87 ans, tout est possible…

A vous revoir au Théâtre, Cher Monsieur Bouquet !

 

 de Roger Simons - PLUIE DE STARS  (ENTRE SCENE ET MICRO) - 

et  Michel  Metteur En Web

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